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US Open

US Open : Roger Federer, un absent très présent dans les esprits et les conversations

Roger Federer n’est pas présent à l’US Open. Le reverra-t-on un jour à New York ?
30 août 2021 à 05:00Temps de lecture4 min
Par Christine Hanquet

L’US Open, le dernier tournoi du Grand Chelem de la saison de tennis, commence à New York. Sans Serena Williams, sans Rafael Nadal, sans Roger Federer, sans le tenant du titre, Dominic Thiem. Ils et elle sont blessés. Mais c’est l’état du Suisse qui inspire le plus d’inquiétude chez les fans, et d’interrogations chez tous les amateurs de tennis.

Reverra-t-on Roger Federer en compétition ? La question est lancinante, et personne n’a la réponse. Même pas lui, sans doute. Obligé de subir une troisième opération au genou en un an et demi, il restera éloigné des terrains pendant une longue période. Il a promis de tenter de revenir, mais il a précisé que ce serait difficile.

L’ancien numéro un mondial vient d’avoir quarante ans. Qu’il revienne ou pas, qu’il parvienne encore à gagner des matches ou pas, il ne jouera plus pendant des années, c’est certain. Comment appréhende-t-il ce moment des adieux ?

Tentative de réponse avec Mathieu Aeschmann. Il est Suisse, et il est journaliste pour le quotidien "Le Matin". Il a suivi toute la carrière de Roger Federer. Et il le connaît d’autant mieux qu’il a partagé les bancs d’écoles et les courts d’un tennis-études avec le champion, durant l’adolescence.

Mathieu, pensez-vous que Roger Federer est serein, face à cette idée d’une future retraite, quel que soit le moment où elle interviendra ?

La dernière fois qu’on s’est posés tranquillement autour d’une table, avec lui, et qu’on a évoqué cela, c’était fin 2019. Et à ce moment-là, il était très serein. Il disait même qu’il ne voulait pas chasser l’idée de la retraite de sa tête. Parce que cette perspective pouvait l’aider à apprécier ses derniers tours de piste. Quand on a l’impression que cela va bientôt se terminer, tout devient un petit peu plus fort. Et d’autre part, cela l’emplissait d’une certaine gratitude. C’est vraiment le mot qu’il avait utilisé. Quand on sent que cela va finir, on se retourne vers son passé, et on se rend compte de toutes les belles choses qu’on a vécues. Donc, il ne voulait pas du tout chasser l’idée de la retraite, et il était serein. Seulement, c’était fin 2019. Ensuite, il y a eu le Covid, il y a eu ses opérations au genou. Et son état d’esprit actuel, on ne peut que le supposer. Je pense que ce qui se passe depuis quelques mois dans sa carrière, ce n’est pas idéal. Il a fait beaucoup d’efforts pour revenir. Il n’est déjà pas facile d’arrêter, mais c’est toujours mieux de pouvoir le faire comme on veut, et avec un corps qui tient le coup. C’est la même chose pour tous les sportifs. Je dirais qu’il était donc serein à l’époque. L’est-il encore totalement maintenant, je ne sais pas. En tout cas, Roger Federer est assez philosophe, quand même. Je pense qu’il n’a pas trop peur de l’après-carrière, a priori. Cela ne veut pas dire qu’il est forcément ultra-serein, mais il n’a pas peur de l’après-carrière.

Roger Federer n'a plus joué depuis Wimbledon

Pensez-vous qu’il serait encore sur le circuit à quarante ans, si Rafael Nadal et Novak Djokovic n’avaient pas existé ? N’aurait-il pas été lassé plus vite sans l’émulation procurée par ces rivalités au sommet ?

Ce sont des questions qui nous passionnent, mais c’est difficile à dire. J’aurais tendance à dire qu’ils se sont forcément poussés les uns les autres. La course aux records était un moteur à un moment donné, et l’est probablement un peu moins maintenant pour Federer, parce qu’il voit le rendement des autres, et surtout de Djokovic. Mais oui, ils se sont motivés les uns les autres, assurément. Il est vraiment difficile de répondre à cette question, parce que si Federer avait joué quinze ans plus tôt, il n’aurait sans doute pas tenu jusqu’à quarante ans. Jouer à cet âge-là paraissait totalement incongru. Cela dit, j’en suis persuadé, sa longévité a été rendue possible par sa faculté à prendre du plaisir à tout. C’est-à-dire dans une interview, dans un voyage, dans une chambre d’hôtel, dans un match, dans une salle de kiné. Si vous n’arrivez pas à être dans l’instant et à trouver du plaisir dans ces petites choses qui font la vie d’un joueur de tennis, vous ne tenez pas vingt ans comme ça. C’est impossible.

Les trois grands en sont à vingt Grands Chelems chacun. Pour les passionnés, c’est peut-être la situation idéale, mais on se doute bien que cela ne va pas durer. L’US Open commence, et Novak Djokovic en est le grand favori. Roger Federer, que l’on pensait au-dessus de tout le monde il y a dix ans, va peut-être finir troisième, dans ce classement des victoires en Grand Chelem. Pensez-vous que cela l’ennuierait beaucoup de n’être "que" le troisième ?

Bien sûr, si vous lui demandez de choisir, il préférerait être devant. Après, ce n’est pas comme une finale d’un 100 mètres, quand vous pouvez finir deuxième pour un centième, ou que vous ratez la médaille pour un rien. Ici, on parle d’une carrière qui s’est construite sur deux décennies. Il a vu les autres avancer, il a vu sa propre évolution. Ce n’est pas du tout le même type de déception. Il les a eues, ses victoires. Federer l’avait même dit : "j’ai eu mon moment, quand j’ai dépassé les 14 Grands Chelems de Sampras". Ce qui compte, c’est d’avoir eu son moment. Et d’autres auront leur moment. Je pense que pour cela aussi, il a développé une forme de recul, avec le temps. Mais on ne va pas se mentir, je pense qu’il aurait préféré terminer devant. Comme la plupart des amoureux du tennis en Suisse, qui sont un peu obsédés par cette quête du record de Grands Chelems. Mais peut-être que lui est le moins obnubilé par cela, en Suisse, parmi les amateurs de tennis.

Comment vous, vivez-vous ces quarante ans de Roger Federer, et sa future fin de carrière ?

Je dois vous dire que je suis assez zen. Parmi ses fans, et parmi les amateurs de tennis, certains ressentent une espèce de panique à propos de l’après-Federer, du vide que cela va occasionner. Je ne ressens pas la même chose. Peut-être parce que finalement, je trouve que le crépuscule d’un champion, c’est assez touchant, c’est beau. J’aime assez regarder ce qui perdure, chez Federer. Lors du dernier Wimbledon, on l’a vu vacillant par moments. Certaines personnes ne supportent pas de voir un Federer qui n’est pas au top. Moi j’ai plutôt l’impression que l’on voit encore tout ce qui fait la magie de Federer, même quand il n’est pas au top. J’ai envie de vous dire que je me réjouis de voir la fin. Même si elle n’est pas victorieuse, même s’il ne part pas sur un triomphe, cette fin va être belle. Parce que c’est Federer.

Mathieu Aeschmann a écrit un livre, "Agir et Penser comme Roger Federer", dans lequel il explique comment les qualités de ce champion peuvent aider chacun d’entre nous, au quotidien. Et pas seulement sur un court de tennis. Un ouvrage paru aux Editions de l’Opportun.

Ecoutez l’interview de Mathieu Aeschmann…

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