Belgique

Upcycling : "On a déjà assez de matériel dans le monde. On n’a pas besoin de produire plus pour faire de nouvelles pièces"

© Iryna Khabliuk / EyeEm

20 oct. 2022 à 17:11Temps de lecture4 min
Par Lisa Beken

En 2021, près d’un Belge sur deux a acheté au moins une fois en seconde main. C’est ce que révèle une enquête réalisée pour Comeos, la fédération du commerce, auprès de 600 Belges. S’il s’agit d’un choix économique pour certains, pour d’autres, c’est avant tout une volonté de changer leur manière de consommer.

La question du changement climatique et la nécessité d’une économie plus durable prennent de plus en plus de place. Changer de mode de consommation, mais aussi de production. L’une des manières d’y arriver, c’est l’upcycling, soit le fait de créer à partir de ce qui existe déjà. C’est ce que font deux jeunes créateurs de modes sélectionnés pour la 37e édition du festival d’Hyères, un concours de mode très prestigieux.

Des créateurs de mode écoresponsables

Diplômés en juin dernier respectivement de l’Académie des beaux-arts et de La Cambre, Alizée Loubet et Fernando Miro s’inscrivent dans cette nouvelle pratique qu’est l’upcycling. Et à l’occasion du festival de la mode, les deux jeunes stylistes ont pu exposer pour la première fois leurs créations.

"Ce pantalon par exemple, c’est une rencontre entre deux pantalons. Le devant est en jeans, et l’arrière est en cuir. À l’endroit de la rencontre des deux pièces, il y a des franges. Il y a un ennoblissement qui vient donner du relief et de la vibration à ce pantalon", explique Alizée en décrivant l’une de leurs pièces.

Participer au festival, c’était pour eux l’occasion d’affirmer leur position sur la direction qu’ils entendent prendre. "Notre collection, c’est une sorte de révolte contre l’uniformisation des vestiaires masculins. L’idée, c’est de croiser des pièces, et de se les réapproprier. Le marcel est fait à partir d’un tissu de fin de stock. Et le blouson jeans, c’est de la seconde main qu’on a retravaillé pour le rendre plus moderne et pour apporter de la liberté dans la garde-robe masculine", relève Fernando.

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Pour les deux amis basés en Belgique, il était impensable de lancer leur marque sans prendre ce positionnement écologique. "En fonction des pièces que l’on a envie de faire, on fait le tour des magasins de seconde main à Bruxelles. On essaie vraiment de partir de l’existant. Notre point de vue vis-à-vis de l’industrie de la mode, c’est que l’on a déjà assez de matériel dans le monde", note le jeune homme. Et de poursuivre : "On n’a pas besoin de produire plus pour faire de nouvelles pièces. En tant que jeune designer, on ne peut plus travailler comme on travaillait avant. On doit juste penser autrement."

Outre leur préoccupation pour les questions climatiques, les deux jeunes n’ont finalement plus eu d’autres choix que de faire de la récupération. Pour leur 3e collection, présentée à lors de la Fashion Week de São Paulo, au Brésil,

Après deux collections présentées lors de la Fashion Week de São Paulo, au Brésil, les deux jeunes n’ont plus eu d’autres choix que de faire de la récupération, faute de budget. "On a alors pris tout ce qu’il y avait autour de nous pour créer cette troisième collection. Et c’est à ce moment-là que nous nous sommes dit que c’était ce que nous avions envie de faire. Ça avait vraiment du sens pour nous de créer du nouveau en utilisant ce qui existe déjà", raconte Fernando.

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Un intérieur 100% récup'

© Nafi Rêve

Utiliser des meubles de seconde main pour meubler l’appartement d’une cliente, c’est le challenge du moment de Nafi Rêve. Décoratrice d’intérieur, elle a à cœur de n’acheter que des meubles de seconde main pour ses clients : "je chine tout. Je recycle le mobilier dont les gens ne veulent plus pour le réutiliser dans d’autres habitations".

"En France, on produit plus de deux millions de tonnes de déchets d’ameublement chaque année. Je suis convaincue que nous pourrions arrêter de produire du mobilier pendant quelques dizaines d’années. Et de tout de même continuer à avoir de beaux meubles, mais que l’on achète dans le marché de l’occasion", explique la chroniqueuse déco du 6-8 et d’On n’est pas des pigeons.

Au-delà de l’aspect écologique, la seconde main présente d’autres avantages. "Aller dans le marché de l’occasion permet d’acheter du mobilier plus noble que ce que l’on aurait pu se permettre si on était allé vers du neuf. Ça permet aussi de créer un intérieur qui est unique, intemporel. Puis, il y a ce supplément d’âme aussi."

Les Belges, de plus en plus convertis à la seconde main

Nafi n’est pas la seule à être convaincue du besoin de changer de mode de consommation. Marc Dujardin est propriétaire de deux magasins d’occasions, il a constaté une augmentation des ventes ces dernières années. "Après le confinement lié à l’épidémie de coronavirus, nous nous sommes rendu compte que les gens se tournaient vers la seconde main. Retaper des meubles, ça n’effraye plus les gens. Cela fait plus de sens pour eux d’acheter d’occasion un meuble unique et de le transformer plutôt que d’acheter dans une grande chaîne et d’avoir tous les mêmes intérieurs."

La clientèle a, elle aussi, changé : "maintenant, nous avons de plus en plus de jeunes qui viennent. Il y a une vraie tendance à revenir vers des meubles anciens. Ils reviennent à la mode en quelque sorte."

Le marché de la seconde main en Belgique est en pleine croissance. Hors voiture d’occasion, il représente un chiffre d’affaires annuel d’1,5 milliard d’euros, selon une enquête réalisée pour Comeos. Dans cette même étude, on apprend que le marché des meubles de seconde main pèse 140 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. Soit environ 7% du marché total de l’ameublement.

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