Chroniques

Union européenne: le Glyphosate du capitaine Haddock

Anne Blanpain

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10 juin 2016 à 07:52 - mise à jour 10 juin 2016 à 07:52Temps de lecture2 min
Par Anne Blanpain

Les études ne sont peut-être pas d’accord entre elles sur le danger du Glyphosate, en revanche, la procédure d’autorisation de cet herbicide est une redoutable tueuse de crédibilité politique des états membres et de la Commission européenne.  L’autorisation de mise sur le marché du Glyphosate court jusqu'au 30 juin. Et le renouvellement de cette autorisation colle aux basques des Européens comme le sparadrap du Capitaine Haddock. 

La Commission européenne a d’abord proposé de renouveler l’autorisation de cette molécule pendant 15 ans. "Bof" ont répondu les Etats membres dont certains se demandent tout de même s’il n’y a pas de risques. "Prolongeons alors l’autorisation pour 9 ans" a corrigé la Commission, comme ça si c’est dangereux ça ne l’est que 9 ans. "Bof" ont répondu les mêmes états toujours pas convaincus. "Pas 15 ans, pas 9 ans … 18 mois alors?", a tenté la Commission,  promettant de nouvelles études pour voir si c’est vraiment dangereux. "Et puis d’ailleurs, dit la Commission. Autorisons cette molécule au niveau européen et puis les Etats qui le souhaitent pourront l’interdire chez eux". Parce que c'est bien connu, le Glyphosate, dangereux ou pas, aura le bon goût de ne pas traverser les frontières quand il se retrouvera dans l’eau ou sur les légumes qui auront été traités dans un pays qui autorise le Glyphosate mais qui seront vendus dans des pays qui l’interdisent. C’est ça le marché unique aujourd'hui, unique mais pas tout à fait. Certains agriculteurs pourront utiliser le Glyphosate, d’autres ne pourront pas, et tant pis pour la concurrence.

Des Etats qui se tâtent

Vous me direz que si les Etats membres pensent que c’est dangereux, ils n’ont qu’à refuser l’autorisation et qu’on n’en parle plus. Ah oui mais non. Les états ne savent pas. Ils ne sont pas assez nombreux à dire oui, ils ne sont pas assez nombreux à dire non, ils ne savent pas. Ils se tournent vers la Commission européenne qui se tourne vers l’Agence Européenne de Sécurité Alimentaire qui dit qu’il n’y aucun danger mais qui, faute de moyens n’a plus beaucoup de crédibilité en termes scientifiques. Du coup les Etats se tâtent. Et s’ils se tâtent trop longtemps, en toute fin de procédure, la Commission européenne peut décider seule. Mais franchement, faudrait savoir. Généralement on accuse la Commission de prendre trop de place, trop de pouvoirs, ok mais alors allez-y les 28. Prenez vos responsabilités, décidez !
Ici, on sent bien que certains Etats ne verraient pas d’un trop mauvais œil que ce soit la Commission européenne qui fasse le sale boulot à la place des Etats membres. Qu'elle prenne les décisions politiquement sensibles.
Les Etats membres jouaient déjà le même petit jeu quand il s’agissait d’autoriser la culture d’organismes génétiquement modifiés (OGM).
C'est lourd, c'est lent, c'est peu transparent, et si c'est censé ramener la confiance des citoyens dans les procédures européennes, c'est juste raté.

 

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