Cinéma

Une victoire pour le cinéaste Thierry Michel qui pourra présenter son dernier film au Congo

La présentation du film de Thierry Michel intitulé 'L’Empire du Silence' au festival du film de Carthage à Tunis, Tunisie.

© BELGA DIDIER DE HOE

Le cinéaste belge Thierry Michel présentera le week-end prochain, lors de trois projections au Palais du Peuple (le parlement congolais), son nouveau film, "L’Empire du silence", un plaidoyer en faveur de la lutte contre l’impunité qui règne depuis des décennies en République démocratique du Congo (RDC), a-t-il annoncé mercredi à l’agence Belga.

L’avant-première mondiale de ce documentaire – le treizième que le cinéaste consacre à la RDC et au Zaïre, l’ancien nom de cette colonie belge – a eu lieu fin octobre à Bruxelles. Thierry Michel avait alors annoncé son intention de projeter son film en RDC, mais en précisant qu’il n’avait pas obtenu de visa.

Depuis les choses ont changé, a-t-il expliqué depuis Kinshasa à l’agence Belga. Il a obtenu son visa grâce à l’intervention des plus hautes autorités de l’Etat congolais et présentera à trois reprises, vendredi, samedi et lundi, son film dans la grande salle (800 places) du Palais du Peuple, le siège des deux chambres du parlement (Assemblée nationale et Sénat).

L’entrée sera gratuite, mais l’accès ne sera autorisé que sur invitation.

Le réalisateur compte également présenter son film dans les sept provinces martyres de RDC où il a été tourné.

"C’est incroyable", a souligné Thierry Michel, qui a eu dans le passé, lors de ses tournages et ensuite, de nombreux démêlés avec les régimes des présidents Mobutu Sese Seko, et Laurent-Désiré et son fils, Joseph Kabila, qui n’a quitté le pouvoir que début 2019, à l’issue d’élections contestées. Il a notamment été expulsé à plusieurs reprises.

"Il faut que l’avant-première congolaise de 'L’Empire du silence' soit une grande soirée populaire ouverte au public kinois", a-t-il ajouté au média en ligne Adiac (agence d’information d’Afrique centrale).

Ce film décrit, souvent sans fard, les massacres qui ont endeuillé le pays depuis la fin du règne du dictateur Mobutu en 1997 et qui se poursuivent, principalement dans la partie orientale.

Il y évoque, témoignages à l’appui, les atrocités commises par les armées étrangères (notamment rwandaise et ougandaise) et leurs milices supplétives congolaises, les forces gouvernementales et les groupes armés locaux et étrangers responsables de centaines de milliers de morts parmi la population civile et les réfugiés rwandais qui avaient fui leur pays après le génocide de 1994.

Le réalisateur, souvent primé pour ses films, donne notamment la parole au docteur Denis Mukwege, le gynécologue connu comme étant "l’homme qui répare les femmes" victimes de violences sexuelles et co-lauréat du prix Nobel de la paix 2018 avec la Yézidie Nadia Murat.

Ce gynécologue réclame à cor et à cri la fin de l’impunité en RDC et plaide en faveur de la mise sur pied d’une justice transitionnelle pour juger les responsables de crimes de guerre et reconnaître les droits des victimes.

"L’Empire du silence" sert de base à la campagne internationale #JusticeForCongo, qui réclame que la communauté internationale et les autorités congolaises "agissent pour que le peuple congolais obtienne justice et puisse vivre enfin en paix". Cela passe par la mise en place d’un processus de justice transitionnelle, d’une commission vérité réconciliation, comme en Afrique du Sud, ou encore la création de tribunaux internationaux post-conflit comme au Rwanda ou en Sierra Leone.

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