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"Une technologie pas assez mûre" : pourquoi la STIB abandonne ses tests de véhicules autonomes sans conducteur

Le véhicule électrique sans conducteur de la STIB n’a pas donné de résultats concluants.

Une technologie prometteuse mais pas assez mature. La STIB abandonne ses tests de véhicules autonomes, de type bus, sans conducteur. Deux ont été menés en juin 2019, puis à l'hiver 2019-2020. Le troisième essai, qui devait transporter des passagers en condition réelle, dans la ville, entre une station de métro et un hôpital bruxellois a finalement été annulé. "La STIB reste cependant attentive aux développements de cette technologie", assure Françoise Ledune, porte-parole de la société des transports publics bruxellois. 

Douze passagers, 10 km/h

Retour sur le premier test, pour comprendre la perte de confiance de la STIB par rapport à ce type de projets de mobilité. Juin 2019, dans le parc de la Woluwe, est mis en service SAM-E. C'est un véhicule autonome électrique, mesurant quatre mètres sur deux et pouvant transporter jusqu'à douze passagers (six assis, six debout) ainsi qu'un accompagnateur. Vitesse: 10km/h. Durant trois mois, les promeneurs de l'espace vert ont pu monter à bord et déambuler dans les chemins.

L'occasion pour la STIB et les concepteurs de SAM-E de voir comment réagit son radar tridimensionnel ayant une portée pouvant aller jusqu'à 200 mètres. Objets en mouvement, bâtiments, personnes, cyclistes, un sachet au sol: SAM-E voit tout, est capable d'analyser la situation et de réagir.

Une première prise en main pour la STIB et une manière de familiariser le public à un engin du futur. "C'est déjà une préfiguration du futur de la mobilité", explique à l'époque Brieuc de Meeus, patron de la STIB. Coût de location du véhicule pour la société: 600.000 euros.

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C'est le deuxième test, mené de mi-novembre 2019 à mi-février 2020, qui va montrer les faiblesses de la technologie. Il a lieu sur le site de l'usine Solvay, à Neder-over-Heembeek. C'est un espace fermé mais qui accueille les voitures qui entrent et sortent sur le site.

Des arrêts intempestifs

"Cette technologie est prometteuse mais pas assez mûre pour pouvoir être mise en œuvre dans un contexte de transports publics", explique Françoise Ledune, au sujet de ce deuxième essai dans un environnement plus proche de la réalité urbaine, plus complexe que dans le parc de la Woluwe, moins dégagé aussi. "D'abord, les navettes autonomes sont relativement lentes. Ensuite, elles ne peuvent transporter que très peu de personnes. Enfin, au niveau de la sécurité, elles sont configurées de manière à éviter tous les obstacles, mais de manière parfois artificielle. Elles s'arrêtent de manière intempestive. Quand elles vont frôler une voiture, elles vont s'arrêter. Cela ne permet pas une véritable circulation fluide dans un contexte de transports de personnes."

Lorsqu'arrive le troisième test, les choses se compliquent. Il est prévu en mars 2020. Le Covid vient tout interrompre. Il n'empêche: le défi était osé. Le véhicule sans conducteur devait transporter des usagers de la station de métro Houba à l'hôpital Brugmann, à Laeken. Donc, en ville, au coeur de la circulation automobile. Un parcours risqué avec aussi des tourne-à-gauche et des traversées de rails de tram, mais bénéfique par exemple pour des patients à mobilité réduite qui doivent rejoindre l'établissement hospitalier pour une consultation ou des soins.

En printemps 2021, la STIB relance le marché. Mais devant des offres insatisfaisantes en termes de garanties de sécurité, elle décide de ne rien signer.

La même conclusion à l'étranger

"En analysant les tests précédents, nous en concluons que la technologie n'est pas suffisamment mûre. C'est également la conclusion de nos partenaires, dans d'autres pays qui ont testé cette technologie. C'est la raison pour laquelle on ne va pas poursuivre le projet", ajoute Françoise Ledune. De Lijn, la société de transports publics flamande a elle aussi abandonné son projet. Un véhicule avait notamment été mis en service à l'aéroport. 

"La porte n'est pas fermée. On analyse les évolutions, nous voulons innover en matière d'autonomie du transports publics. Mais ce n'est pas pour tout de suite. Il y a également d'autres manières de mettre en œuvre l'autonomisation. Je pense à l'autonomisation du métro qui pour des raisons de sécurité et d'augmentation de fréquence est appelé à devenir plus autonome."

Le premier grand test de métro sans conducteur est annoncé pour fin 2024. Les véhicules seront mis en service sur le dernier tronçon de la ligne 5, à partir de Ceria. 

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