Les décodeurs RTBF

"Une surinterprétation du degré d'organisation des terroristes" selon un criminologue

Exceptionnellement, les décodeurs consacrent deux débats à l'arrestation de Salah Abdeslam.

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20 mars 2016 à 13:08 - mise à jour 20 mars 2016 à 13:08Temps de lecture3 min
Par A.L.

Les conditions d'arrestation de Salah Abdeslam posent de nombreuses questions quant à ses motivations, le type de soutien qu'il a reçu. Pour parler de l'enquête autour du terroriste de Paris, Nathalie Galant, avocate d'Abid Aberkan, le logeur de Salah Abdeslam à Molenbeek, Thomas Renard, expert en contre-terrorisme et Michaël Gantinne, criminologue à l'ULG sont autour de la table des Décodeurs.

"Salah était aux abois, faire appel à un membre de sa famille était moyen le plus sûr de se faire attraper" annonce d'entrée Nathalie Gallant. En effet, après son retour improvisé à Bruxelles depuis Paris, c'est la deuxième fois qu'il appelle à l'aide. "Cela montre certains traits de sa personnalité, sans doute de l'improvisation, de l'impulsivité" ajoute l'avocate.

"Les réseaux djihadistes recrutent dans les cercles familiaux et dans les réseaux d'amis très proches. C'est donc un élément important de l'enquête. Peut-on tirer des conclusions sur le fait que Salah s'est fait interpeller avec ses proches?" questionne Thomas Renard. Cela ne veut pas forcément dire qu'il a été lâché par l'EI. L'enquête va devoir le démontrer."

Voulait-il mourir en martyr?

"Une surinterprétation du degré d'organisation des terroristes" selon un criminologue

"Ce côté improvisé, cela montre qu'il y a peut-être une surinterprétation du degré d'organisation des groupuscules terroristes", précise Michaël Gantinne. "Mais se pose aussi la question de la motivation personnelle, il n'a pas été jusqu'au bout dans les attentats et aussi lors de son arrestation. Il ne s'est pas tué ou fait tuer, ou il n'a pas eu les moyens de le faire."

L'expert en contre-terrorisme, Thomas Renard, ajoute que "cela peut démontrer un individu dans le doute ou qui manque de soutien. Voulait-il mourir en martyr?"

"Les motivations du kamikaze, précise le criminologue de l'ULG, sont subjectives, personnelles et religieuses, et sociales. Le martyr vise un statut, veut vivre quelque chose de beau dans l'au-delà. Il se dit que sa famille aura de l'argent et bénéficiera de son aura, qu'il va trouver un sens à sa vie, à ses inquiétudes."

Quid de la lutte contre le radicalisme?

Pour discuter du vécu de la population molenbeekoise et la lutte contre le radicalisme, trois intervenants sont autour de la table. La bourgmestre MR de Molenbeek, Françoise Schepmans, Bernard Clerfayt, bourgmestre DéFI de Schaerbeek et Olivier Vanderhaegen, fonctionnaire de la prévention à Molenbeek.

"La colère porte sur la stigmatisation de la commune et de sa population, explique le fonctionnaire. Il faut différencier le réseau terroriste de la communauté locale."

Françoise Schepmans parle d'un "réseau de délinquants que se sont radicalisés, organisé en réseau mafieux. Il faudra assécher ce terreau de radicalisme qui a pu se développer dans cette partie de Molenbeek."

Bernard Clerfayt, bourgmestre DéFI, rappelle que "le suivi des personnes radicalisées c'est le boulot des enquêteurs judiciaires et non des bourgmestres et de la police locale. La police locale peut recueillir des informations et la transmettre vers la police fédérale, qui elle peut agir et prendre les mesures nécessaires."

La bourgmestre de Molenbeek précise: "On cible la personne, nous décryptons les activités et le profil "administratif" de l'individu et les transmettons à la police fédérale. Nous agissons de même pour certains lieux et établissements de la commune."

Notre porte d'entrée, c'est la famille

Olivier Vanderhaegen, explique une autre approche de lutte contre le radicalisme. "Notre approche préventive est faite au niveau des familles. Par définition, il est très difficile de travailler avec des jeunes qui sont en processus de radicalisation, parce qu'ils sont en rupture. Notre porte d'entrée est donc la famille. Il faut renforcer le lien affectif entre la famille et le radicalisé, travailler sur son insertion socio-professionnelle, son estime, son identité positive au sein de groupe de jeunes."

"C'est un travail de long terme, avec plus de moyens, de soutiens donnés aux écoles, aux personnes de terrain, afin de construire des stratégie de moyen-terme." ajoute Bernard Clerfayt.

"Il faut aussi permettre d'avoir des policiers issus de la diversité, engagés directement par la commune" conclut Françoise Schepmans.

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