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Une œuvre invisible d’Yves Klein vendue à un million d’euros

"Zone de sensibilité picturale immatérielle Série n°1, Zone n°02" d’Yves Klein (1959) a été adjugé à plus d’un million d’euros.

On dit parfois que tout se vend, tout s’achète. Sotheby’s en a eu la preuve lorsqu’elle a mis aux enchères "Zone de sensibilité picturale immatérielle Série n°1, Zone n°02" d’Yves Klein. Ce récépissé, destiné à authentifier la cession d’une œuvre invisible de l’artiste français d’après-guerre, a été adjugé pour le double de son estimation haute.

Yves Klein n’a cessé de remettre en question le statut de l’objet d’art. Qu’est-ce qui fait art ? Son potentiel immatériel ? Dès le tournant des années 1950, il part en quête d’un art immatériel. "Zone de sensibilité picturale immatérielle Série n°1, Zone n°02" témoigne des expérimentations de l’artiste français autour du vide et de l’immatériel. Ce certificat d’authenticité est né quelques mois après le vernissage de l’exposition "Le Vide" à la galerie Iris Clert à Paris, le 28 avril 1958. A cette occasion, l’espace avait été vidé de tout son contenu. Mais, pour Yves Klein, la galerie était loin d’être vide puisqu’elle était saturée de "sensibilité picturale à l’état pur".

L’artiste a poussé cette réflexion à son paroxysme avec ses zones de sensibilité picturale immatérielle. Yves Klein a vendu ces zones invisibles et intangibles d’espace vide qui n’existent qu’en termes conceptuels entre 1959 et 1962, en échange d’un poids d’or pur. Les acheteurs recevaient un récépissé, conçu pour ressembler à un chèque de banque. Ils avaient alors deux options : conserver le reçu et faire en sorte que la zone immatérielle correspondante devienne transférable par la revente, ou le brûler dans le cadre d’un rituel.

Durant cette cérémonie, le récépissé donné en or pour l’œuvre devait être brûlé devant des témoins choisis par l’artiste, tandis que ce dernier jetait le même or dans la Seine. Selon Sotheby’s, il y a eu trois cérémonies de transfert, toutes bien documentées. Si certains acheteurs se sont prêtés au jeu, d’autres ont contourné les règles et ont choisi de conserver leur reçu. C’était le cas de l’antiquaire Jacques Kugel, qui avait acquis son récépissé auprès d’Yves Klein le 7 décembre 1959.

Il est passé sous le marteau chez Sotheby’s le 6 avril dernier, à l’occasion de la vente parisienne "Collection Loïc Malle : Only Time Will Tell". La maison de Patrick Drahi estimait que cette zone de sensibilité picturale pourrait atteindre entre 300.000 et 500.000 euros. Elle a finalement été adjugée à plus d’un million d’euros à un collectionneur européen anonyme. On est toutefois loin des 23,6 millions de livres sterling (environ 28,4 millions d’euros) qu’a atteints la toile "Le Rose du bleu" en 2012 chez Christie’s à Londres. Un record jamais inégalé pour une œuvre d’Yves Klein.

Dans les années 50, l’idée de vendre une œuvre immatérielle comme "Zone de sensibilité picturale immatérielle Série n°1, Zone n°02" semblait totalement loufoque. Elle l’est beaucoup moins aujourd’hui grâce aux NFT, ces jetons numériques vérifiés attestant l’authenticité d’une œuvre. "De nos jours, le concept d’une œuvre d’art en tant que reçu peut sembler moins étranger, une nouvelle génération de collectionneurs se précipitant pour acheter des NFT, qui sont des certificats prouvant la propriété de… la NFT", note Sotheby’s.

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