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Regions Bruxelles

Une maison de repos qui a perdu un tiers de ses résidents fait enfin son deuil

Une maison de repos qui a perdu un tiers de ses résidents fait enfin son deuil
11 mars 2021 à 17:20 - mise à jour 11 mars 2021 à 17:203 min
Par Bruno Schmitz

C’était il y a pile un an. Le 11 mars 2020, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) décrète que le Covid-19 est désormais une pandémie mondiale. Le même jour, la Belgique annonce ses premiers décès dus à la maladie. Dans une maison de repos de Crainhem, en périphérie bruxelloise, c’est aussi le début d’une période très, très difficile. Plus d’un résident sur trois va mourir en l’espace de quelques jours.

Alors, un an plus tard, le personnel de l’institution a voulu enfin organiser une vraie cérémonie de deuil et d’hommage. Avec les résidents.

Le home Atrium a perdu 15 de ses 40 résidents en une semaine en mars 2020
Le home Atrium a perdu 15 de ses 40 résidents en une semaine en mars 2020 B. Schmitz - RTBF

Des résidents encore marqués

Une cérémonie sobre. Tous les résidents actuels de l’institution ont été rassemblés dans la grande salle, celle qui sert aussi de réfectoire. L’un des responsables de l’institution invite d’abord pensionnaires et personnel a respecté une minute de silence en souvenir des défunts, avant de diffuser deux chansons. Marco Borsato et Céline Dion, en néerlandais et en français puisqu’ici on compte des résidents qui parlent chacune des deux langues, Crainhem étant une commune à facilités.

Le personnel se rend alors à l’extérieur pour y lâcher une quinzaine de ballons blancs, qui portent chacun le prénom d’un des pensionnaires décédé lors de cette funeste semaine de mars 2020.

Ici, chacun se souvient de ce jour du 11 mars 2020. "Cela nous est tombé dessus d’un coup, on n’a rien compris. La peur s’est répandue dans l’institution", indique Céline Attié, ergothérapeute et responsable des soins du home qui coordonne la cérémonie du jour. "Nous avons eu un premier décès le 11 mars, puis tout s’est enchaîné dans les jours qui ont suivi".

On ne savait pas combien de temps cela allait durer. On ne savait pas, non plus, combien de morts il allait encore y avoir.

Parmi les victimes, l’épouse de Paul, âgé lui aujourd’hui de 82 ans. "On n’a pas eu le temps de réaliser ce qui se passait. Tout d’un coup ma femme était partie. Cela s’est passé sur deux-trois jours à peine. Aujourd’hui, je ressens beaucoup d’émotion. Cette cérémonie m’a rappelé ce qui s’est passé. Je suis d’ailleurs toujours en train de faire mon deuil".

Nicole, 86 ans, fait partie des "chanceuses", comme elle dit, qui sont encore là aujourd’hui. "C’est le destin. Et il est plus fort que nous. Oui, j’ai eu peur à l’époque. On ne savait pas combien de temps cela allait durer. On ne savait pas, non plus, combien de morts il allait encore y avoir".

Céline Attié a voulu que la résidence puisse enfin faire son deuil et rendre hommage à ses défunts de mars 2020
Céline Attié a voulu que la résidence puisse enfin faire son deuil et rendre hommage à ses défunts de mars 2020 B. Schmitz - RTBF

Enfin quelques sourires

Avec sa directrice, Céline Attié va aller jusqu’à rester dormir sur place, à l’intérieur du home, pendant 40 jours consécutifs. D’abord, pour ne pas contaminer sa propre famille. "Nous étions l’une des premières maisons de repos touchée en Belgique et, à l’époque, il n’y avait pas de matériel ou presque. Pas de masques ou d’éléments de protection. Nous ne voulions pas risquer de contaminer d’autres personnes à l’extérieur. Mais, en même temps, il n’était pas question de laisser tomber nos résidents".
Il fallait compenser les absences de nombreux membres du personnel tombés malades. "La moitié environ a dû être écartée, sur une trentaine de personnes. Or, le service aux pensionnaires devait se poursuivre. On s’est donc dit, avec ma directrice, tant pis, même si on doit y passer nous-mêmes, on aura fait tout ce qu’on pouvait pour que nos résidents en sortent vivants. C’était vraiment ça, en fait, on ne pensait plus à rien d’autre. J’ai vraiment cru que moi aussi j’allais y passer. Mais, finalement, j’ai eu de la chance et je n’ai pas attrapé le Covid jusqu’ici".

Heureusement pour ce home, la situation s’améliorera après cette semaine de mars 2020 et il n’y aura plus de décès dans l’institution dus au Covid jusqu’à aujourd’hui. A l’heure qu’il est, les résidents ont bien été vaccinés et la vie normale reprend petit à petit sur place. Les sourires, aussi, reviennent un peu sur les visages. "Un petit peu, oui, heureusement", explique l’aide-soignante Gertrude Elule Lyase.
 

Une partie du personnel lors du lâcher des ballons en hommage aux résidents décédés
Une partie du personnel lors du lâcher des ballons en hommage aux résidents décédés B. Schmitz - RTBF

Un dernier clin d’œil symbolique

La cérémonie du jour a notamment servi à pas mal de résidents et de membres du personnel à faire leur deuil, à pouvoir reparler de ce qui s’est passé il y a un an, alors que le rush de la lutte contre l’épidémie semble être passé.

Lors du lâcher de ballons à l’extérieur de l’institution, l’un d’eux, avec le nom d’une résidente décédée est d’ailleurs resté coincé quelques instants à la gouttière de la toiture, comme s’il ne voulait pas s’envoler. "C’est symbolique", sourit Gertrude Elule Lyase. "Elle a sans doute voulu rester pour nous donner le courage de continuer à nous occuper de ceux qui sont encore là".

Les ballons qui se sont envolés et un qui s'accroche, symboliquement diront certains, à la toiture
Les ballons qui se sont envolés et un qui s'accroche, symboliquement diront certains, à la toiture B. Schmitz - RTBF

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