RTBFPasser au contenu
Rechercher

Une histoire du nationalisme flamand à travers les familles Schiltz et De Wever

Une histoire du nationalisme flamand à travers les familles Schiltz et De Wever
19 juin 2019 à 12:41 - mise à jour 19 juin 2019 à 12:41Temps de lecture5 min
Par RTBF La Première

Quelle est l’histoire du nationalisme flamand ? C’est que nous allons voir à travers le parcours de deux familles anversoises : les Schiltz et les De Wever. Deux familles qui se sont croisées sur fond de guerres, de séjours en prison et de luttes pour le pouvoir. Le n° 8 du magazine Wilfried vient de consacrer un article à 'Une histoire du nationalisme flamand'. Son rédacteur en chef, le journaliste François Brabant, nous en parle.

Septembre 1944, Liège, Charleroi, Bruxelles, puis Anvers sont libérées. Commence une période d'épuration. On va faire payer ceux qui se sont compromis avec l'occupant allemand, les éjecter de l'Etat belge.

Qui sont les collaborateurs ? Non seulement les personnes qui ont pris part activement au soutien au nazisme, mais aussi ceux qui, de façon plus tacite, ont appuyé la main-mise du nazisme en Belgique, et en particulier les membres du VNV - Ligue nationale flamande, le grand parti nationaliste flamand des années 30. C'est, au départ, un parti nationaliste indépendantiste flamand de droite radicale, mais il va virer vers l'extrême droite la plus dure et la collaboration la plus extrême avec le nazisme, sous la présidence de Staf Declercq


La famille De Wever : une lignée de militants nationalistes

Tous les membres du VNV seront inquiétés au sortir de la guerre. Ce sera le cas de l'instituteur Léon De Wever. Il est responsable de la section du VNV à Mortsel, mais il n'est pas un nazi convaincu. Il se retrouve emprisonné au Fort de Berchem, accepte un accord qui le prive de ses droits politiques et lui interdit tout métier de fonctionnaire. Il se retrouve sans emploi, avec six enfants à charge. 

C'est la déchéance d'un homme qui était respecté et qui pour survivre, devient vendeur ambulant. Toute sa vie, il cultivera la haine de l'Etat belge. Ses enfants en subiront les conséquences : moins d'argent, moins d'études. Son fils Rik De Wever deviendra un militant nationaliste flamand très virulent, plus extrême que son père qui n'était pas un idéologue, ni un fanatique de la cause flamande.

Bart De Wever ne cache pas que cette histoire a marqué toute sa famille et qu'elle est un moteur pour lui. Pour le journaliste François Brabant, il est intéressant de voir une lignée sur trois générations de militants nationalistes flamands - Léon le grand-père, Rik le père, Bruno et Bart, les fils, qui tous les quatre en tirent des leçons divergentes. Bart De Wever est moins extrême que son père, avec une vision plus pragmatique. 

Ce qui est intéressant quand on voit ces familles des Schiltz et des De Wever, c'est que certes c'est l'histoire du nationalisme flamand mais c'est une histoire avant tout anversoise. Depuis le début du 20e siècle, Anvers est vraiment la place-forte, le foyer d'où rayonne le nationalisme flamand. On peut dire que c'est le hasard que les deux plus grandes figures du nationalisme flamand de l'après-guerre, Hugo Schiltz et Bart De Wever, soient anversoises. Mais je ne pense pas que, si l'un avait été ostendais et l'autre de Hasselt, l'histoire se serait écrite de la même manière.


Vers le renouveau du nationalisme flamand

Après la guerre, en Flandre, les familles issues des collaborateurs sont appelées les zwarte nesten, les nids noirs. On sait très bien qui sont les blancs et qui sont les noirs, les Zwarten. Dans le Limbourg, en Flandre occidentale, ils sont traités en parias, ostracisés, montrés du doigt parfois pendant plusieurs décennies. "Cela a été moins le cas à Anvers, et c'est pourquoi c'est une histoire anversoise", souligne François Brabant.

Déjà avant la guerre, la plupart des hommes politiques anversois étaient actifs dans le combat pour l'autonomie flamande. Les bourgmestres d'Anvers auront une certaine bienveillance envers les anciens collaborateurs et leurs familles. Certains seront assez vite réintégrés dans l'administration. La grande ville offre aussi plus d'anonymat. Ce tissu associatif nationaliste se remaille à Anvers au début des années 50 et c'est de là que va partir le renouveau du nationalisme flamand.

La Volksunie (Union populaire) est fondée en 1955, à Anvers. C'est un parti de droite ou de centre-droite, conservateur, libéral sur le plan économique. Mais son ferment est surtout la question communautaire, institutionnelle. Son objectif : transformer la Belgique en un Etat fédéral.

Le premier président est Frans Van der Elst, un avocat. Il veut reconstruire un parti nationaliste flamand, mais sans commettre les erreurs du passé. Il n'est pas question d'aventurisme, mais de jouer à fond la carte institutionnelle, avec toujours comme objectif final l'indépendance de la Flandre. Et cela restera la vision du nationalisme flamand pendant tout le demi siècle à venir.


De la Volksunie à la NVA

Hugo Schiltz a 17 ans en 1944. Il a grandi dans une famille de la classe moyenne, très anversoise, pétrie de nationalisme flamand. Son père a combattu pendant la guerre de 14-18. Hugo Schiltz sera arrêté au Fort de Berchem pour avoir appartenu à la NSJV, de la jeunesse flamande nationale-socialiste. Son emprisonnement constituera un moment existentiel pour lui : épris de mysticisme, de religion, de poésie, de politique, il y réfléchira à comment rendre le nationalisme flamand compatible avec la démocratie. 

Jeune avocat, il est élu conseiller communal nationaliste indépendant sur la liste du parti chrétien-démocrate, le CVP. Il rejoint la Volskunie en 1963 et apporte un peu de respectabilité, de fraîcheur, de progressisme, à ce parti qui traîne l'image d'un repaire de collabos. Il la rend plus séduisante pour le Flamand moyen. Il en devient le président au début des années 70 et en fait le vecteur de tout un bouillonnement de la contre-culture flamande et de thèmes nouveaux.

Pendant ce temps, Rik De Wever a rejoint à Anvers le VMO, Vlaams Militanten Order, une sorte de service d’ordre lié au mouvement nationaliste. Ses enfants baignent dedans très jeunes, ils participent aux camps de jeunesse du VNJ. La section de Kontich rejoint la dissidence d'extrême droite, néo nazie, ce que regrette Rik De Wever.

En 1977, le Pacte d'Egmont sera la seule fois où on va essayer de résoudre d'un coup tout le contentieux communautaire belge, de redessiner la Belgique en un Etat fédéral. Contre toute attente, cela va fonctionner. Le courant passe bien entre Hugo Schiltz et André Cools, le président du PS. Hugo Schiltz y laissera des plumes, toute sa vie, il traînera l'image du traître au sein de son parti, c'est encore en partie le cas aujourd'hui à la NVA. Les radicaux ne veulent en effet pas que la Belgique fonctionne. A la suite de ce Pacte d'Egmont, toute une aile de la VU va partir pour créer le Vlaams Blok.

2001 marque la fin de la Volksunie, suite à la nouvelle réforme de l'Etat qui se concrétise avec les Accords de Lambermont. A nouveau, les radicaux y sont opposés. La VU déjà en crise, chute. L'aile nationale radicale de Geert Bourgeois l'emporte. Les vainqueurs se regroupent sous un autre sigle, ce sera l'Alliance Néo-Flamande, la NVA.

François Brabant raconte l'histoire du nationalisme flamand, ici

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous