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Belgique

Une étape vers la sortie du nucléaire ? L’Europe dit "oui" au plan belge et au financement des futures centrales à gaz

27 août 2021 à 10:57Temps de lecture5 min
Par Jean-François Noulet

Ce sera l’un des dossiers politiques de la rentrée, celui du débat autour de l’approvisionnement énergétique de la Belgique. La décision a été prise de fermer les sept réacteurs nucléaires des centrales belges d’ici 2025 en étalant les mises à l’arrêt entre 2022 et 2025.

Pour assurer la transition énergétique, il faudra de nouvelles capacités de production, des alternatives au nucléaire. Mais comment convaincre des investisseurs de se lancer dans l’aventure de nouvelles centrales au gaz, par exemple, ou dans d’autres moyens de production renouvelables sans la garantie de la rentabilité ? C’est pour cette raison que le Gouvernement belge a mis sur pied le CRM, le Programme de rémunération de capacité. En gros, les investisseurs qui se lanceront dans la construction de nouvelles unités de production d’électricité auront la garantie de rentrer dans leur frais. C’est une sorte de subside qui devait obtenir l’accord de la Commission européenne. Aider des investisseurs à financer leurs centrales respecte-t-il les règles européennes de la concurrence ? L’Europe vient de trancher, c’est oui. Le CRM imaginé par la Belgique est validé.

Des enchères dès octobre

Puisque l’Europe marque son accord, le nouveau mécanisme d’investissement pour assurer l’approvisionnement en électricité du pays après la sortie du nucléaire sera mis sur les rails dès octobre.

Concrètement, le gouvernement fédéral a prévu une vente aux enchères des capacités de production. Tous les acteurs du marché pourront y participer. Les entreprises qui garantiront de nouvelles capacités de production aux prix les plus bas seront sélectionnées et recevront des subventions publiques. On vise ici la construction de centrales électriques au gaz qui seront en mesure de produire de l’électricité une fois les réacteurs nucléaires à l’arrêt et lorsque les sources d’énergie renouvelable, comme les éoliennes, ne seront pas suffisantes. Grâce au mécanisme du CRM, les exploitants des futures centrales au gaz recevront une aide financière. Lorsque leurs centrales seront mises à l’arrêt parce que l’on utilisera en priorité les énergies renouvelables, ils seront indemnisés.

Avec cette première vente, la Belgique espère s’assurer une capacité de production de 2,3 gigawatts d’ici 2025 grâce à la construction de deux ou trois centrales électriques au gaz.

Une deuxième vente aux enchères devrait avoir lieu en 2024. Elle visera à assurer une capacité de production supplémentaire de 1,5 gigawatt à l’horizon 2025. Cette deuxième vente aux enchères concernera des projets moins lourds dans les énergies renouvelables, dans les capacités de stockage ou de flexibilité, par exemple des mécanismes qui permettraient à des entreprises de réduire à certains moments leur consommation d’électricité. Là aussi, le mécanisme du CRM, validé aujourd’hui par l’Europe, s’appliquera. Les investisseurs sélectionnés lors des enchères obtiendront des subsides de l’Etat grâce au Programme de rémunération de capacité.

Au total, ce CRM devrait coûter à l’Etat entre 238 et 250 millions par an.

Le feu vert de la Commission, la voie vers plus d’énergie renouvelable ?

Pour la ministre belge de l’Energie, Tine Van der Straeten, l’accord de la Commission européenne au mécanisme de CRM ouvre "La voie vers une énergie 100% renouvelable". La décision européenne confirme que le mécanisme d’investissement imaginé par la Belgique est nécessaire pour atteindre l’objectif climatique du "Green Deal européen". "Grâce au mécanisme d’investissement approuvé, les personnes qui souhaitent investir dans notre pays peuvent désormais le faire. De nombreux projets sont prêts pour le développement des énergies renouvelables, des batteries, de la gestion de la demande et de la capacité flexible. Rien ne s’oppose à la réussite d’une enchère", estime la ministre Van der Straeten.


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Dans sa décision, la Commission européenne reconnaît que, dans ses projets de transition énergétique, la Belgique va plus loin que ce qu’on lui demande. Selon la commissaire adjointe Vestager, les conditions de durabilité et les plans de relance belges garantissent que les centrales électriques flexibles deviennent neutres sur le plan climatique. "Il ne s’agit pas d’une condition nécessaire à l’approbation, mais elle contribue aux objectifs du Green New Deal", déclare Margrethe Vestager.

De son côté, la ministre belge de l’Energie estime que le mécanisme d’investissement, le CRM, apporte "calme et certitude au marché de l’énergie, ce que les investisseurs demandent à juste titre depuis des années". "Le mécanisme d’investissement est une sorte de police d’assurance qui garantit la fourniture d’énergie au coût le plus bas possible", indique Tine Van der Straeten.

La ministre indique que, d’ici 2030, près de la moitié de la production d’énergie belge proviendra des énergies renouvelables, soit "le double de ce que nous avons aujourd’hui", communique la ministre. Le mécanisme d’investissement permettra d’avoir plus de flexibilité sur le réseau de manière à utiliser en priorité l’énergie renouvelable lorsqu’elle est produite. Actuellement, il arrive que les éoliennes de la mer du Nord soient éteintes lorsque le vent souffle, car il y a trop d’électricité et trop peu de flexibilité. C’est le monde à l’envers", communique la ministre belge de l’Energie.

Le plan belge prévoit aussi l’investissement dans des technologies qui rendront les centrales électriques climatiquement neutres.

Le débat sur la prolongation de réacteurs nucléaires pas définitivement clos

Cependant, la coalition gouvernementale Vivaldi s’est ménagé une porte de sortie lorsque l’accord de gouvernement a été négocié. Deux réacteurs, Tihange 3 et Doel 4, pourraient être prolongés.

Lorsque les enchères prévues en octobre seront terminées, le gouvernement examinera les offres mises sur la table par les investisseurs et pourra vérifier si, avec les nouveaux investissements envisagés, telles que de nouvelles centrales électriques au gaz, la sécurité d’approvisionnement énergétique sera assurée. Si le gouvernement devait estimer que ce ne serait pas le cas, l’accord de constitution de la coalition Vivaldi prévoit qu’il sera possible de modifier le calendrier de sortie du nucléaire pour prolonger des réacteurs nucléaires pour une capacité de 2 GW, soit deux réacteurs.

Au sein de la coalition, il n’est pas sûr que tous les partis soient prêts à entériner une fois pour toutes la fermeture des centrales nucléaires. Dans le débat actuel sur le réchauffement climatique, l’idée de construire des centrales au gaz, émettrices de CO2 à la place de réacteurs nucléaires est perturbante, notamment du côté du MR.

Le mois de novembre, celui de l’évaluation des enchères, risque donc d’être aussi celui de nouvelles discussions politiques sur l’opportunité d’enterrer définitivement ou pas le nucléaire belge.

Le mode d emploi : Étape sortie du nucléaire

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