Santé & Bien-être

Une durée du sommeil allongée est associée à un risque plus élevé de démence

dreaming and sleeping concept.

Les liens entre la qualité du sommeil et le risque de démence font l’objet de nombreuses études. Celles-ci sont parfois contradictoires : certaines ont montré un risque de démence plus élevé lorsque la durée de sommeil était inférieure ou égale à 6 heures chez des patients de 50 à 60 ans par rapport à une durée de sommeil dite normale (7 heures). D’autres, comme cette nouvelle étude française travaillant sur une longue durée (14 ans), associent une longue durée de sommeil à un risque accru de démence.

14 ans de sommeil

Au total, 1748 participants, âgés de 65 ans et plus, en bonne santé cognitive, ont été suivis sur la durée dans 3 villes (Dijon, Bordeaux et Montpellier). 182 cas ont développé une démence au cours de la période étudiée.

Les trajectoires de sommeil des personnes ont été évaluées à intervalle régulier, au départ, puis après 2, 8, 10, 12 et 14 ans : "la durée de sommeil, la durée des siestes, le temps passé au lit, les heures de coucher, de lever mais aussi la somnolence", tout cela a été mesuré, et ce, jusqu’à 14 ans avant le diagnostic d’une démence, explique Clémence Cavaillès, chercheuse en épidémiologie (INSERM, Institut des Neurosciences de Montpellier) et première auteure de l’étude.

"On a regardé ces trajectoires de sommeil dans deux contextes", poursuit-elle. "Dans le contexte d’un vieillissement cognitif sain (donc, chez des sujets qui n’ont pas eu de diagnostic de démence au cours de leur suivi) et chez des sujets dans un vieillissement cognitif pathologique (chez qui on a diagnostiqué une démence)."

Les résultats montrent que de plus longues durées de sommeil nocturne, ou une augmentation de la durée du temps passé au lit sont associées à une plus forte incidence de la démence, et ce, jusqu’à 12 ans avant l’apparition des symptômes de la maladie.

Pendant la nuit…

Il est clair que le vieillissement altère le sommeil et qu’avec l’âge, la qualité des nuits se détériore. Or, le sommeil joue un rôle dans l’élimination de certains déchets accumulés durant la journée, dont deux types de protéines (bêta-amyloïde et tau) associées à la maladie d’Alzheimer. Une hypothèse est donc qu’un sommeil perturbé élimine moins de ces protéines, qui par accumulation, contribuent à détruire des neurones.

Ce n’est pas la première fois que des chercheurs mettent en évidence une augmentation de la durée quotidienne de sommeil chez les personnes qui développent par la suite une démence. En 2017, une équipe américano-australienne a étudié 2000 personnes d’environ 70 ans sur une période de 13 ans. Elle a également montré qu’une augmentation de la durée du sommeil est fortement associée au risque de développement d’une démence.

Pas nécessairement contradictoire

Pour Clémence Cavaillès, ces résultats ne sont pas si contradictoires qu’il n’y paraît. En somme, et c’est le cas de le dire, c’est davantage la qualité du sommeil qui impacterait le risque de démence, les personnes dormant plus pouvant avoir une nuit fragmentée et un sommeil de mauvaise qualité.

"Avoir une longue durée de sommeil, ce n’est pas synonyme d’avoir une bonne qualité de sommeil", explique la doctorante. "Souvent, lorsqu’on dort beaucoup, c’est plutôt un reflet justement d’un sommeil qui va être fragmenté, avec de nombreux éveils durant la nuit, et donc on va essayer, puisqu’on se réveille souvent pendant la nuit, de compenser, de dormir plus longtemps, pour être en meilleure forme le matin".

Un marqueur précoce

Cette étude montre à quel point la piste du sommeil est intéressante en tant que signal d’alerte dans cette maladie qui ne connaît aucun traitement, la démence. "Les efforts de la recherche vont se diriger vers les facteurs de risque", conclut Clémence Cavaillès, "et le sommeil est donc un paramètre potentiel. Vu les résultats de cette étude, on pourrait se dire que le sommeil pourrait être un marqueur précoce, un signal d’alerte de survenue de démence."

L’étude ayant été réalisée sur des patients de 65 ans et plus, il serait intéressant de l’étendre sur des patients plus jeunes, à partir de 40 ans, pour étoffer les connaissances.

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