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Belgique

Une défense d’éléphant découverte en mer du Nord : "C’est une pièce particulièrement exceptionnelle"

L'invité dans l'actu

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08 févr. 2022 à 08:04Temps de lecture4 min
Par Ambroise Carton sur la base de la séquence "L'invité dans l'actu" menée par Sophie Breems

C’est une découverte importante qui s’est faite un peu par hasard dans les eaux territoriales belges et qui va enrichir notre patrimoine. La Belgique est désormais propriétaire d’une défense d’éléphant de forêt. Cet animal a vécu dans nos contrées il y a 130.000 ans environ. Thierry Smith, paléontologue au Musée des sciences naturelles, était ce mardi l’invité de Matin Première pour en parler.

La défense, longue de près de trois mètres, "a été découverte par un bateau de pêche à la crevette, à quelques kilomètres en face du port de Zeebrugge, à environ une dizaine de mètres de profondeur", raconte-t-il.

Il s’agit d’une défense d’éléphant de forêt qui a vécu avant le mammouth. En quoi cet animal est-il différent d’un mammouth ?

"On sait reconnaître la défense très facilement parce qu’elle est presque droite. D’ailleurs, on appelle cet éléphant l’éléphant des forêts ou l’éléphant à défenses droites. Ce n’est donc pas du tout une défense comme celle d’un mammouth, elle ne forme pas une courbe. Et cet éléphant a vécu avant les mammouths.

C’est une pièce particulièrement exceptionnelle parce qu’on a très peu de fossiles de cette période-là, qui est une période interglaciaire, donc une période entre deux glaciations où il y avait justement des forêts, où la température était plus élevée.

Ce genre de pièce est très rare en Belgique puisque ces éléphants ont existé en Belgique avant la période glaciaire qu’on connaît beaucoup mieux et pour laquelle on a beaucoup de fossiles."

Ça prouve qu’il n’y avait pas d’eau alors entre le continent, l’Europe, et la Grande-Bretagne ?

"C’est en fait plutôt le contraire, parce que comme on est dans une période interglaciaire, le niveau des eaux est justement remonté puisqu’il y a moins de glace, alors que durant la période glaciaire qui suit, au contraire, on a des ponts entre l’Angleterre et la Belgique où les mammouths peuvent traverser. La côte n’est pas au même endroit, elle était un peu plus vers la mer, de quelques kilomètres, et les éléphants pouvaient donc vivre jusque-là."

Il y avait donc quand même encore de l’eau et c’est le territoire qui était sans doute un peu plus grand et qui a permis à cet éléphant de forêt de vivre. Cet éléphant de forêt a même prospéré pendant de longues années. Il en existe encore aujourd’hui ?

"C’est assez intéressant parce que ça ne fait que quelques années que les gens qui font de la biologie moléculaire ont montré que ce Palaeoloxodon antiquus, qui s’appelait avant Elephas antiquus — on pensait que c’était proche de l’éléphant d’Asie — était au contraire proche d’une des deux espèces d’éléphants d’Afrique, Loxodonta cyclotis, qui est un éléphant malheureusement en voie d’extinction, l’éléphant de forêt actuel d’Afrique, qu’on retrouve notamment dans le nord de la République démocratique du Congo."

Ce serait donc son ancêtre ?

"C’est un parent très proche. Il y a eu toute une série d’espèces de ces Palaeoloxodon."

Une belle défense qui est encore en très bon état. Est-ce que cette découverte est un espoir pour les scientifiques, de découvrir encore d’autres fossiles de cette faune de l’époque, il y a plus de 130.000 ans ?

"C’est un grand espoir pour les paléontologues parce qu’apparemment, le site fossile, même s’il est sous l’eau, qui se trouve en face de Zeebrugge, est assez unique au niveau de la mer du Nord puisqu’on trouve d’habitude des fossiles de la période glaciaire et ici on trouve des fossiles d’une période plus ancienne. Ce qui serait intéressant, c’est de trouver le restant de la faune associée et pas seulement celle de l’éléphant de forêt."

Cette découverte est possible parce qu’il y a de la pêche, parce qu’il y a du dragage qui remue le fond marin ?

"Oui, exactement, c’est comme ça qu’on fait. Là, il faudrait presque pêcher expressément pour les fossiles, c’est peut-être un peu plus compliqué, mais le reste est toujours là, oui."

Est-ce qu’on va entamer plus de recherches au sein du Musée des sciences naturelles ou une collaboration qui pourrait se faire pour aller rechercher d’autres fossiles ?

"Disons que c’est ici une recherche fortuite, on est nous-mêmes un peu surpris. On doit se remettre un peu en question, si c’est faisable, rentable, malheureusement, parce que la recherche est comme ça aujourd’hui, si c’est rentable de lancer des expéditions sous l’eau ou par bateau pour trouver le restant de la faune.

Et il faut voir comment ça se trouve, si c’est éparpillé ou si on peut y retrouver des couches plus ou moins en place, puisqu’il ne faut pas oublier qu’il y a un dépôt de sable qui recouvre tout ça sous l’eau.

C’est effectivement grâce aux chaluts, en charriant, en grattant le fond, qu’on peut récupérer des fossiles, mais ça peut quand même être à une certaine profondeur dans le sédiment parce que les filets vont vraiment prendre une partie du sédiment en même temps que la faune qui se trouve au fond au fond des mers."

Qu’est-ce qu’on pourrait découvrir, par exemple ? Qu’est-ce qu’il y avait à l’époque de ces éléphants des forêts ?

"Il y a toute une série de descendants de la faune africaine qui s’y trouve. On pourrait y retrouver des lions, des ours. Ce ne sont pas les mêmes que les lions des cavernes ou les ours des cavernes, c’est justement à chaque fois des périodes un peu plus anciennes, mais toute cette faune associée, des loups, toute cette faune qui vivait à cette époque-là, il y a plus de 100.000 ans, entre 100 et 500.000 ans."

La défense que l’on a retrouvée par hasard en faisant une pêche à la crevette appartient maintenant au patrimoine belge ?

"Oui, il faut savoir que la mer du Nord, c’est du patrimoine fédéral, donc ça appartient à tous les Belges. C’est d’ailleurs pour ça que cette défense s’est retrouvée chez nous, au Musée des sciences naturelles."

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