Une Catalogne indépendante est-elle viable économiquement?

Une Catalogne indépendante est-elle viable économiquement?

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04 oct. 2017 à 16:10Temps de lecture1 min
Par Anina Meeus

Si on se limite aux aspects réels de l’économie, la réponse est oui. " Vu le PIB de la Catalogne, sa spécialité productive, son faible taux de chômage et son taux d’emploi, la Catalogne pourrait devenir un 29ème état de l’Union européenne tout à fait viable, avec une prospérité même supérieure à celle de plusieurs membres de l’Union ", explique notre compatriote Eric Dor, professeur d’économie et directeur de recherche à l’IESEG de Lille. " Mes inquiétudes portent surtout sur les aspects financiers. Avec sa dette publique régionale et sa partie de la dette publique espagnole, la Catalogne commencerait sa vie de nouvel état avec une dette publique de 115 à 134 % de son PIB. Pour un nouvel état, qui pourrait ne plus bénéficier du bouclier européen, c’est une source d’inquiétude. Et même si la Catalogne abandonne la zone euro, sa dette sera toujours libellée en euro ".

Grandes banques, petit pays

Les banques catalanes sont importantes. La taille globale de leur bilan équivaut environ à trois fois le PIB de la Catalogne., fait remarquer Eric Dor. " On se retrouverait avec le syndrome d’un petit pays avec un secteur bancaire trop gros. Ne pas avoir le bouclier de l’euro et tout l’appareil institutionnel qui va avec, ce serait risqué ". Eric Dor souligne aussi d’autres risques : l’indépendance de la Catalogne pourrait détruire son commerce international, avec le reste de l’Espagne et avec les autres pays européens. " On peut aussi imaginer une hausse des droits de douanes ou un blocus de la part de l’Espagne ".

Aujourd’hui, la Catalogne transfère des ressources nettes vers les autres régions d’Espagne. Argument pour Madrid d’empêcher l’indépendance, argument pour les indépendantistes de la demander. " Les indépendantistes catalans voudraient être traités comme les Basques qui lèvent l‘entièreté de l’impôt sur leur territoire et en rétrocède une part à Madrid ", rappelle Eric Dor. Et il conclut : " Il faut négocier. Et on aurait déjà dû négocier depuis longtemps ".

Retrouvez l'interview d'Eric Dor par Eddy Caekelberghs dans Au bout du jour