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Une ancienne sugar baby témoigne: "je gagnais 8 à 10.000€ par mois"

Une ancienne sugar baby témoigne: "je gagnais 8 à 10.000€ par mois"
12 févr. 2018 à 15:442 min
Par Benjamin Carlier

Jusqu'il y a quelques mois, quasi personne ne parlait des sugar babies, ces jeunes prostituées dont la réalité est souvent plus glauque que sucrée.  Une publicité polémique a changé la donne et c'est bien là son seul mérite, elle a mis en lumière le phénomène de plus en plus répandu de la prostitution étudiante. Nous avons rencontré une jeune fille qui s'est prostituée pendant près de sept ans pour payer ses études. Un engrenage duquel elle a eu beaucoup de difficultés à sortir.

Le jour, elle fréquentait les auditoires d'une Haute Ecole.  Le soir, elle recevait des clients pour des prestations sexuelles tarifées.  Lucie a connu cette vie pendant toute la durée de ses études supérieures.  Et c'est un peu par hasard qu'elle a commencé à vendre son corps. "A l'époque, j'avais 17 ans et je voulais partir de chez moi pour plein de raisons familiales.  J'avais une copine qui faisait ça et ça m'a paru facile, j'ai mis des annonces et ça s'est fait comme ça" explique-t-elle.

Grâce aux petites annonces et à internet, elle a très rapidement trouvé des clients.  Ce qui n'était qu'au départ un moyen de financer ses études et quitter la maison est rapidement devenu un revenu financier très confortable. "Pour une heure, c'était entre 250 et 350 euros.  Un mois tournait entre 8 ou 10.000 euros par mois" précise Lucie.

Lucie a travaillé principalement pour une clientèle aisée.  Elle n'a dû faire face à un client violent qu'une seule fois.  Mais elle a eu beaucoup de mal à définitivement décrocher. "Ça s'est arrêté plusieurs fois parce que psychologiquement, je ne tenais pas trop le coup.  Et puis après, on retombe dedans parce qu'on a des choses à payer et on se dit que c'est ce qu'il y a de plus simple".

Aucun chiffre fiable n'est disponible sur le nombre d'étudiants qui se prostituent.  On évoque un millier de jeunes concernés mais le phénomène serait en tout cas en augmentation ces dernières années.  Renaud Maes, sociologue à l'Université Saint-Louis et auteur d'une étude sur la prostitution étudiante explique: "Il y a des moyens aujourd'hui qui n'existaient pas autrefois, notamment des sites internet, des applications qui permettent plus facilement d'avoir accès à la prostitution étudiante.  Donc, on peut supposer que ça permet une augmentation du phénomène".

La prostitution peut faire beaucoup de dégâts chez les femmes.  Sonia Verstappen, une ancienne prostituée est déjà allée à la rencontre de jeunes étudiantes pour les mettre en garde sur les dangers de démarrer une telle activité. "La prostitution peut faire des dégâts.  Il y a des personnes qui ne sont vraiment pas faites pour ça, il y a des personnes que la prostitution peut détruire" dit-elle.  

Pour Lucie qui a aujourd'hui un emploi stable, la prostitution est loin derrière elle.  Mais elle a mis beaucoup de temps pour se reconstruire. "Ça m'a apporté plein de choses et plein de force de caractère.  Maintenant, ça laisse des séquelles.  Je crois qu'on ne voit plus jamais les hommes de la même façon déjà.  Il faut un long moment pour se reconstruire et pour reprendre confiance en ses capacités intellectuelles, j'ai envie de dire".

Si elle a réussi à s'en sortir grâce à l'un de ses clients, elle estime que la plupart des jeunes filles qui ont démarré en même temps qu'elle continuent à se prostituer aujourd'hui.

La réalité de la prostitution estudiantine

JT 19h30

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