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Littérature

« Une affaire conjugale », le nouveau roman d’Eliette Abecassis, chez Albin Michel

« Une affaire conjugale », le nouveau roman d’Eliette Abecassis, chez Albin Michel
10 sept. 2010 à 11:383 min
Par Christine Pinchart

Christine Pinchart a rencontré Eliette Abecassis qui ne mâche pas ses mots : « autant l’amour est aveugle, l’amour embellit, c’est le phénomène de la cristallisation dont parle Stendhal.  Autant dans le divorce il y a une haine qui est d’une lucidité implacable".

Christine Pinchart a rencontré Eliette Abecassis qui ne mâche pas ses mots : « autant l’amour est aveugle, l’amour embellit, c’est le phénomène de la cristallisation dont parle Stendhal.  Autant dans le divorce il y a une haine qui est d’une lucidité implacable".


Le divorce est une épreuve initiatique ?

Eliette Abecassis : Oui, on se découvre soi-même, capable de faire des choses qu’on aurait jamais imaginées, parce que c’est une épreuve extrême ; on est dans une survie et une lutte vitale, où on fait le bilan d’années d’errance. Surtout quand il y a des enfants. Ce qui est déroutant dans un processus de séparation, c’est de se rendre compte de l’illusion dans laquelle on a vécu. On a accès à la face cachée de l’autre, et souvent au pire. 

Agathe, le personnage principal, se rend compte de sa mise entre parenthèse ?

Eliette Abecassis : Elle réalise qu’elle a vécu de manière indigne, sans estime d’elle-même. Et surtout elle découvre qu’elle a vécu aux côtés de ce qu’on appelle un pervers narcissique, un manipulateur qui a deux faces. Une face séduisante, et l’autre terrible, qui a provoqué cette remise en question.  C’est un homme qui ne la valorisait jamais, et dans la libération de cette mauvaise image de soi, il y a une sorte d’arrachement à soi-même, une renaissance qui fait que c’est un drame initiatique.

 Le paradoxe dans cette relation, c’est que le mari ne veut pas divorcer ?

Eliette Abecassis : C’est vrai que les hommes, même s’ils sont malheureux dans leur couple, ne veulent pas divorcer. Plus de 75 % des femmes demandent le divorce, mais les hommes ont tendance à profiter de leurs deux vies, de leur maîtresse, et puis ils apprécient de rentrer chez eux, et aiment profiter d’un foyer rassurant. Mais elle aussi est terrifiée par le changement, pour elle et pour ses enfants.  Ce sont les signes ultimes qui vont la contraindre à sauter le pas.

Elle doit assumer l’effondrement du mythe du mariage et de la famille ?

Eliette Abecassis : Tous les mythes s’effondrent dans le divorce. Tous les idéaux et notamment le mythe amoureux, celui du coup de foudre, l’idéal romantique, l’amour éternel ;  elle va découvrir que l’amour n’est pas éternel, et que si on en prend pas soin au quotidien, il se perd dans le sordide.


 Avec les nouvelles technologies, vous démontrez qu’on n’a plus droit à l’erreur ; que le célèbre « ne jamais avouer » est rangé aux oubliettes ?

Eliette Abecassis : D’abord il y a une traçabilité ; combien de couples se séparent à cause d’un texto, ou d’un message sur un ordinateur. Et puis chacun a accès aux sites sociaux et tout se joue entre le salon et la chambre à coucher. Nous sommes dans l’air de la vérité, les masques se lèvent, et les preuves sont là. Contraints d’avouer, peu de couples résistent à la trahison.

Agathe va aussi découvrir que les amis ne sont pas ceux que l’elle croyait ?

Eliette Abecassis : C’est tout son entourage qui se recompose ; c’est une guerre dans laquelle il faut prendre parti. Certains amis vont montrer ce qu’elle appelle une neutralité malveillante. Parfois on n’a pas le choix, il faut prendre parti, et elle se retrouve isolée, en découvrant qui sont ses vrais amis. Et le pire c’est la trahison familiale, c’est ce qui projette Agathe dans l’épouvante. 

Pour clore, un mot du rôle des avocats, qui profitent allègrement de la détresse, de la culpabilité et de la naïveté des couples ?

Eliette Abecassis : Tout à coup, Agathe se retrouve à la tête d’une petite entreprise, avec son avocate, son notaire, son expert-comptable, le détective, le psychologue et le médiateur. Ce sont des métiers qui vivent du divorce,  et qui profitent de la faille. L’avocate a intérêt à ce que ce divorce dure le plus longtemps possible, ça fait augmenter ses honoraires. Tous ces métiers ont plutôt tendance à aggraver la situation, même s’ils prétendent la résoudre.

Il émane de cette histoire, un parfum de vécu, une implication indéniable. L’épreuve est redoutable, et invite à la réflexion.

Christine Pinchart

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