Cyclisme

Un Tour, un exploit : 2013, un ex-fan des " cheese-cake " roi du vent et des bordures

Le champion de Grande Bretagne décroche un nouveau succès sur les routes du Tour de France lors de la 13e étape de l'édition 2013
07 juil. 2020 à 05:00Temps de lecture3 min
Par Rodrigo Beenkens
Vent et bordures sur les routes de Saint-Amand-Montrond... Cavendish s'impose, Valverde grand perdant du jour
Vent et bordures sur les routes de Saint-Amand-Montrond... Cavendish s'impose, Valverde grand perdant du jour Belga

"L'étape du jour aura été une sorte de combat de boxe", s'exclame Daniel Mangeas, le speaker officiel du Tour de France sur la ligne d'arrivée à Saint-Amand-Montrond. Cela faisait longtemps, très longtemps qu'une étape de plaine n'avait plus été aussi passionnante. Une étape de transition, pensait-on ? Pas le moindre répit au cours des 115 derniers kilomètres ! 

Vendredi 12 juillet 2013 - étape 13 : Tours - Saint-Amand-Montrond 173 km

Le Tour part de Tours, la ville aux 35 marchés, où l'Allemand Marcel Kittel s’est imposé la veille pour la troisième fois déjà dans ce centième Tour de France. C’est l’étapes des châteaux : Chenonceau, Breuil, Génillé, Montrésor, Argy, Touchenoire, Levroux, Châteauneuf-sur-Cher. Chris Froome porte le maillot jaune pour le cinquième jour consécutif.

A plus de 115 kilomètres de l'arrivée, sous l'effet d'un fort vent latéral, voici un premier coup de bordure. L'équipe Omega Pharma QuickStep a décidé de mettre le feu. A l'exception de Steegmans, ils sont tous là : Terpstra, Chavanel, Kwiatkowski, Trentin, Velits, Pineau, Martin et Mark Cavendish. Sur les interminables lignes droites traversant le Berry, c'est un véritable rouleau compresseur qui se met en route. Kittel, premier maillot jaune du Tour et tombeur de Cavendish la veille, est le premier piégé. A la mi-course, c'est au tour de Alejandro Valverde, lâché suite à une crevaison dans la zone de ravitaillement. Malgré les efforts désespérés de tous ses équipiers (seul Nairo Quintana n'a pas été sacrifié), l'Espagnol concèdera près de 10 minutes et perdra toutes ses illusions. 

Isolé, Chris Froome est piégé à 30 kilomètres de l'arrivée par les coureurs de l'équipe Saxo Tinkoff. Ce sont eux qui attaquent le maillot jaune. Ils ne sont plus que 14 devant dont Alberto Contador et cinq (!) équipiers : Bennati, Tosatto, Rogers, Roche et Kreuziger. Contador réalise ainsi une excellente opération.

L’arrivée est jugée à Saint-Amand-Montrond, troisième pôle français de l’industrie de la bijouterie, connu pour son musée de l’or et ville natale du jeune français Julian Alaphilippe lequel vient de passer professionnel au sein de l'équipe cycliste Klein Constantia, réserve...de la QuickStep. 

A la sortie du dernier virage, Chavanel devance Peter Sagan et Cavendish lequel attend patiemment dans la roue du maillot vert. Lorsque Chavanel coupe son effort, Sagan hésite. Une hésitation fatale. Cavendish produit son effort et, dans ces cas-là, impossible de le remonter. Déjà vainqueur à Marseille neuf jours plus tôt, il remporte une victoire magistrale dans le Cher, au terme d'une étape de folie et d'une journée incroyable. C'est son 25e succès d'étape sur le Tour, soit autant que le champion français d'avant-guerre André Leducq. C'est un autre André, Greipel qui remporte le sprint du peloton dans lequel se trouve Froome lequel concède 1'09.

Parfois critiqué pour la façon dont il joue des coudes depuis le début du Tour, on le découvre souriant comme ont l'avait rarement vu. Il va même faire demi-tour pour aller serrer son équipier Jérôme Pineau dans ses bras. Il devra encore attendre trois ans avant de porter enfin le maillot jaune.

Cavendish est né sur l’île de Man, un paradis fiscal au nord du Pays de Galles, dans la mer d’Irlande qui n’appartient ni au Royaume Uni ni à la Communauté européenne mais dépend de la couronne britannique. Rebelle, frondeur, instinctif, impulsif, impétueux, et parfois arrogant, ce monarque du sprint, ce Mozart du onze dents est capable de pleurer la mort de son chien et de donner un coup de casque à un adversaire ! " Cav ",  c’est l’homme obus, une fusée de poche ! Sa force c’est de savoir toujours déterminer l’endroit exact où il doit lancer le sprint. Son coup de reins dans les 50 derniers mètres est décisif, dévastateur, comme sa double accélération foudroyante et son sens du placement qu’il a longtemps travaillée sur la piste.

Quand il gagne, cet ex-fan des " cheese-cake " qui pesait 85 kilos à 18 ans (!), offre des montres personnalisées à ses équipiers pour les remercier. Gagner, il l’a fait à trente reprises sur les routes du Tour de France. Seul Eddy Merckx (34) a fait mieux.

Et pourtant, à l'époque en Grande Bretagne, le maillot de David Beckham était considéré par les enfants comme beaucoup plus " cool " que les cuissards de Cavendish...

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