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Cyclisme

Un nouvel arrêté royal pour sécuriser les courses cyclistes : " Fini l'amateurisme ! "

Jean-Luc Vandenbroucke, accompagné des autorités communales mouscronnoises, lors de la présentation de la Ronde de Mouscron
09 mars 2020 à 08:00Temps de lecture3 min
Par Samuël Grulois

Qui osera encore à l'avenir mettre sur pied des courses cyclistes ? Suite à plusieurs accidents graves, et notamment celui ayant coûté la vie il y a quasi un an (NDLR : le 17 mars 2019) au jeune coureur Stef Loos, happé par une voiture lors d'une épreuve organisée dans le Tournaisis, un nouvel arrêté royal est entré en vigueur en Belgique le 1er janvier 2020. Un arrêté royal un peu passé inaperçu mais qui responsabilise bien plus qu'avant les organisateurs et les bourgmestres. 

Sous l’intitulé " Arrêté royal réglementant les courses cyclistes et les épreuves tout-terrain ", on stipule notamment ceci : " Outre l’engagement obligatoire d’un directeur de course, l’engagement d’un coordinateur de sécurité est obligatoire " ou encore " Les organisateurs doivent, pour chaque course, fournir la preuve qu’une assurance a été souscrite qui garantit, en cas d’accident se produisant à l’occasion de l’épreuve, les conséquences pécuniaires de la responsabilité civile pouvant incomber aux organisateurs eux-mêmes, aux signaleurs, aux coureurs participants ". Et puis, les autorités communales sont également visées puisque l’arrêté stipule que " le bourgmestre de référence s’assure que chaque partie connaît clairement ses responsabilités ".

Jean-Luc Vandenbroucke est le patron du Grand Prix Samyn et du Binche-Chimay-Binche. Cette année, pour la première fois, il mettra aussi sur pied le lundi de Pâques deux courses supplémentaires, une pour dames et une pour cadets, sous l'appellation commune "La Ronde de Mouscron". Avec une obsession : la sécurité. Jean-Luc Vandenbroucke en a parlé avec Samuël Grulois.

Jean-Luc, j’imagine que ce nouvel arrêté royal complique encore un peu plus le cahier des charges et… le budget des organisateurs ?

" Oui, prenez par exemple la mise sur pied de mes deux nouvelles courses à Mouscron. Le budget va tourner aux alentours de plus ou moins 25 000 euros. Et c’est le poste consacré à la sécurité qui sera le plus élevé. Pour la course féminine, on doit quand même trouver 350 signaleurs ! Et puis, on va mettre l’accent sur les ambulances, les médecins… Je veux que cette Ronde de Mouscron soit organisée avec professionnalisme comme mes autres courses, le Samyn et Binche. Ce nouvel arrêté royal n’est pas piqué des vers ! Il met la responsabilité sur les bourgmestres, sur le directeur de course, sur un nouveau personnage désormais obligatoire dans l’organigramme de toutes les organisations… le coordinateur de sécurité. Tout ça pour essayer de minimiser les risques en sachant que le risque zéro n’existe pas en cyclisme. Notre terrain d’expression, c’est la route et non une pelouse de football, une piscine ou une piste d’athlétisme. Nous sommes confrontés aux aménagements urbains et à l’indiscipline des automobilistes aussi. "

En tant qu’organisateur, le risque d’être désigné responsable en cas de grave accident, voire en cas de décès, ne vous stresse-t-il pas un peu ? ?

" Ça nous responsabilise ! On doit remettre le boulier compteur à zéro et ne pas vivre sur nos acquis. Désormais, la priorité absolue c’est la sécurité des coureurs. "

Croyez-moi, la veille d’une de mes courses, je ne dors plus ! Il faut vraiment être vacciné avec un rayon de vélo pour se lancer dans l’organisation d’épreuves cyclistes. Il faut être un peu maso sur les bords…

Prenons l’exemple de la chute de Wout Van Aert dans le chrono du dernier Tour de France à Pau. Le coureur est tombé après avoir accroché une barrière dans un virage et il a menacé d’attaquer l’organisateur ASO en justice. On pourrait finalement vous traîner devant un tribunal après chaque chute… Ça fait peur, non ?

" Croyez-moi, la veille d’une de mes courses, je ne dors plus ! Il faut vraiment être vacciné avec un rayon de vélo pour se lancer dans l’organisation d’épreuves cyclistes. Il faut être un peu maso sur les bords… Il faut vraiment vivre dans ce milieu. C’est déjà compliqué de réunir le budget. Et puis, il y a la sécurité. Que ce soit les débutants, les filles ou les coureurs du Tour de France, celui qui est sur un vélo mérite une sécurité totale. On ne peut pas prendre ça à la légère. "

A notre époque, il n’y a vraiment plus de place pour l’amateurisme, même pour les courses de jeunes ?

" Il n’y a certainement plus de place pour l’amateurisme, c’est clair ! Avec la privatisation de la route trois heures avant le passage des coureurs, il est plus facile d’appliquer les règles de sécurité sur le Tour de France… Chez les jeunes, les débutants, les juniors, les espoirs et chez les filles, le danger est finalement beaucoup plus présent ! C’est là que nous, les anciens professionnels, devons améliorer l’organisation des courses en mettant l’accent sur la sécurité. "

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