Séisme en Turquie et en Syrie

Un mois après le séisme en Turquie, des salles de classe sous tentes pour poursuivre l’éducation des enfants

L éducation d urgence des enfants qui vivent dans les camps de sinistrés en Turquie

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Par Natalie Massart, avec Vincent Van Hove, Sibel Ceylan, Corentin Laurent et Pascal Bustamante

Un mois après le séisme qui a touché la Syrie et la Turquie, le consortium 12-12 s’est réuni pour soutenir l’action d’ONG actives sur le terrain. La province d’Hatay, dans le sud Est de la Turquie a été parmi les plus touchées.

Sur les lieux, l’UNICEF apporte une attention particulière aux enfants encore traumatisés. Nos envoyés spéciaux se sont rendus sur place.

Dans le camp installé par l’UNICEF près d’Antakya, des enfants comme les autres

Ils crient, jouent, rient, se chamaillent. Ils bricolent et dessinent aussi dans les espaces qui leur sont dédiés. Tout semble normal. Mais, dans les salles de classe improvisées sous tentes, certains indices ne laissent pas indifférentes les équipes de psychologues. "Les effets de ce tremblement terre et les pertes qu’ont subies ces enfants se reflètent dans leurs dessins" explique Suraya, l’une des psychologues présente dans le camp.

"Leur manière de dessiner leur maison est différente à présent. Parfois, elles sont partiellement démolies. Ou alors, elles sont bizarrement penchées. Une petite fille a dessiné une maison intacte mais a ajouté une note pour dire que la maison était construite en acier. Ils dessinent aussi, à côté de leurs maisons, des représentations de ceux qu’ils aiment et qu’ils ont perdus et écrivant combien ils leur manquent. Nous avons aussi observé qu’ils ajoutent des heures et des dates correspondant à celles du séisme", détaille-t-elle.

En classe aussi, nous trouvons de jeunes adolescents qui sont plus conscients de ce qui leur est arrivé : "même si ce n’est pas comme à la maison, nous avons quand même un abri, un endroit où apprendre, on est peut-être un peu plus chanceux par rapport à d’autres enfants car nous n’aurons pas de retard dans nos cours", avoue l’un d’eux à nos envoyés spéciaux.

Pour ces jeunes, retrouver une classe presque normale, c’est se permettre de garder espoir et d’envisager de penser à l’avenir.

Les professeurs qui enseignent dans le camp viennent des quatre coins de la Turquie à l’appel du gouvernement. Mais tout est à reconstruire explique Ozkan Gumus, coordinateur du ministère de l’éducation : "Nous avons perdu la grande majorité des professeurs de la région… Soit parce qu’ils ont des morts ou des blessés dans leurs familles, ou parce que psychologiquement ils ne vont pas bien. Il faut que les professeurs d’autres villes se relaient ici."

Régression

Encadrer les enfants, identifier ceux qui ont le plus besoin de soutien pour les aider à surmonter leur traumatisme et reprendre le cours de leur vie, la mission de l’UNICEF et des ONG sur place s’avère particulièrement délicate.

Nos envoyés spéciaux ont recueilli le témoignage de Sardjan Hoschgar, psychologue chez Médecin du monde : "L’un des symptômes que l’on peut clairement observer est qu’ils ont de grandes difficultés à être séparés de leurs parents. Cela montre que l’enfant vit une régression. Par régression, nous entendons, par exemple qu’un enfant qui avait acquis la propreté ne s’en trouve plus capable. Un enfant qui a acquis la capacité de se fier au monde et donc, d’accepter d’être séparé de ses parents, soudain perd cette capacité", précise Sardjan.

"Même si ces problèmes peuvent, à première vue, paraître simples, ils sont les symptômes du fait que leur structure cognitive est sérieusement endommagée", ajoute l'experte. "Ce que nous conseillons à ceux qui ont subi ce genre de désastre et de traumatisme est de retourner à une routine sociale habituelle le plus vite possible tout en s’éloignant des lieux et des situations qui ont été à l’origine de leur trauma. Ce qui doit être fait afin que ces symptômes n’évoluent en syndrome de stress post-traumatique, c’est de retourner à l’école. C’est essentiel pour que les enfants guérissent."

Pas de réponse magique

L’impact sur les enfants, au niveau national, est immense. On l’a compris, la reprise la plus rapide possible de l’éducation est vitale pour eux. Mais pour les autorités turques comme pour les ONG, le chantier est d’une ampleur inégalée car Il y a enfants et enfants " explique Jean Benoît Manhes, coordinateur de mission de l’UNICEF pour la région affectée par le Séisme de Turquie. 

Il y a les nouveau-nés, il y a les enfants de la petite enfance en deçà de 8 ans et il y a la masse des adolescents. Les enfants, c’est de zéro à 18 ans et déplore-t-il, il n’y a pas de réponse magique qui couvre l’ensemble de cette classe d’âge sur l’ampleur des destructions."

Car se pose aussi la question des orphelins que le séisme a privés de leurs parents. Officiellement, ils sont quelque 1.600.

"La stratégie de l’UNICEF avec le gouvernement turc est double poursuit Jean Benoît Manhes : d’abord identifier si l’enfant est orphelin parce qu’il peut juste être séparé de ses proches, puis trouver une famille élargie. Et là, c’est une chance de la Turquie d’avoir une conception familiale et de soutien assez élargi. Dans le pire des cas, il faut recourir à un système de familles d’accueil turques qui sont formées et aidées pour accueillir ces enfants."

Fidèle à sa vocation, l’UNICEF tente de s’occuper de tous les enfants. En temps de catastrophe les besoins sont immenses : "Les problèmes des enfants ce sont les problèmes des adultes multipliés par cent : le logement, un abri, l’accès à l’eau et à la santé. On estime aujourd’hui – et c’est une évaluation toujours provisoire – qu’au moins un million et demi d’enfants sont touchés à un niveau ou un autre. "

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