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Un "hard Brexit" serait dangereux pour les économies britannique et européenne

Dominic Raab, le ministre britannique chargé de négocier le Brexitavec son homologue européen, Michel Barnier.
22 août 2018 à 09:11 - mise à jour 22 août 2018 à 09:11Temps de lecture3 min
Par RTBF La Première

Dominic Raab, le ministre britannique chargé de négocier le Brexit avec l’Union européenne, a rencontré hier son homologue européen, Michel Barnier. Dans sept mois, le Brexit doit avoir effectivement lieu, mais les modalités pratiques du divorce ne sont toujours pas fixées.

On est loin d’un accord. Hier, les Européens et les Britanniques ont fait savoir qu’ils allaient négocier en continu jusqu’à mars 2019, la date effective pour le Brexit.  Pour Alexis Poulin, analyste politique et ancien directeur pour la France du média en ligne Euractiv. Dominic, Raab déclarait, avant sa rencontre avec Michel Barnier, qu’un "no-deal" aurait des conséquences fâcheuses pour l’Union, qu’on le paierait au niveau européen pendant une génération et que le Royaume-Uni s’en sortirait finalement grandi.

Les menaces d’un pays qui n’a rien à perdre

En clair, le ministre britannique déclare que l’Europe a intérêt à vraiment accepter, dans les grandes lignes, les propositions ou les conditions de sortie des Britanniques. Ce sont des menaces à peine voilées.

Faut-il voir dans cette démarche le cri du désespoir de quelqu’un qui n’a plus rien à perdre ? Alexis Poulin se dit perplexe sur les capacités des Anglais à négocier. "La stratégie ancienne consiste à toujours attribuer la responsabilité à l’europe, à répéter que les Européens sont trop durs avec les Britanniques et que ça ne fonctionnera pas, c’est une musique qu’on a toujours entendue dans les grands pays européens. Et après c’est le Conseil européen qui gère tout ça."

D’abord un débat intérieur

Il y a selon lui, dans cette façon de négocier deux jeux différents: le jeu européen et le jeu intérieur britannique, le jeu de parti des conservateurs de Theresa May, qui a été en grave crise cet été. " Il y a justement eu un séminaire sur le Brexit où Boris Johnson a quitté le gouvernement et a été remplacé depuis par Monsieur Hunt. On voit bien que le plan de Theresa May, quand il a été posé sur la table, était un plan pour essayer d’apaiser son parti d’abord pour voir ce qu’elle pouvait faire, garder le pouvoir ou pas."

N’arriver à aucun deal serait catastrophique

Parlant des proposition britanniques, Michel Barnier l’a dit mardi à demi-mot: "On en prendra connaissance, mais les négociations ne se feront pas sur ce plan-là, c’est à peu près clair ". Alexis Poulin se demande si le changement d’équipe, en plaçant des gens plus de faits de ce qu’il serait possible de faire ne va pas faire évoluer les choses. "Mais la négociation... vous savez comment ça marche, dans les arcanes européens il y a un pas en avant et trois pas en arrière, et puis il y a tout ce qu’on dit à la presse pour peser, faire pencher la balance et montrer les forces en présence. De toute façon, les deux parties ont intérêt à s’entendre, que ce soit pour le Royaume-Uni comme pour l’Europe. Ce serait catastrophique de n’arriver à aucun deal, de se dire qu’on a quand même fait un bout de chemin ensemble au sein des institutions européennes et finir comme ça serait dramatique. " Et cela en termes symboliques, mais plus encore en termes financier analyse Alexis Poulin : On voit bien que si on veut faire une Europe de la défense, il va falloir à un moment ou à un autre impliquer les Britanniques pour avoir une armée de grande ampleur. "  Même chose en matière économique où les échanges demeureront encore extrêmement importants. "Londres reste une grande place financière, mais aussi une grande place économique, que ce soit dans le domaine de la nouvelle économie, des start-up ou autres, et encore un pôle d’attractivité international et mondial pour ce qui est de l’Europe. Il va donc falloir trouver des accords. Aujourd’hui, clairement, on ne sait pas quel sera le périmètre de ces accords puisque les problèmes sont la libre-circulation des personnes et la frontière irlandaise, qui sont deux graves problèmes qui paraissent insolubles aujourd’hui."

Il reste encore sept mois jusqu’à mars 2019, date à laquelle le Brexit devrait être effectif. Ça montre que la situation est loin d’être claire et qu’il reste du pain sur la planche.

Alexis Poulin pense que les bonnes volontés sont là et que les équipes sont sur le pont H-24 pour essayer de trouver un accord. On parle de livre blanc, mais on ne sait pas exactement quelle sera la teneur de cet accord. Il y a une volonté de sortir la tête haute ou de trouver quelque chose qui sera un Brexit, et non pas un no-deal ou un " hard Brexit ", qui serait dangereux pour l’économie britannique et pour l’économie européenne.