RTBFPasser au contenu

Chroniques

Un gouvernement d'urgence contre les violences faites aux femmes?

Un gouvernement d'urgence contre les violences faites aux femmes?
05 mars 2020 à 08:12 - mise à jour 05 mars 2020 à 08:122 min
Par Bertand Henne

Près d’un Belge sur deux déclare avoir été exposé (victime, auteur ou témoin) à une forme de violence sexuelle. C’est le chiffre interpellant d’un sondage réalisé pour SOS viol et Amnesty international.

Ce sondage recoupe plus ou moins d’autres données comme celles recueillies par le très sérieux Institut européen d’égalité des femmes et des hommes. Dans une étude qui date un peu (2014), mais qui fait référence, l’institut pointait que ces violences sexuelles touchaient majoritaire des femmes.

60% des femmes belges expliquaient avoir été harcelées.

35% des femmes belges de plus de 15 ans disaient souffert de violences sexuelles.

25% de femmes belges déclaraient avoir été déjà forcées à avoir des relations avec un partenaire.

Ces chiffres confirment malheureusement ce que ceux et celles qui s’intéressent aux violences de genre savaient déjà, nous sommes face à un phénomène de société, un phénomène massif. Le mouvement #metoo a été le révélateur d’une immense souffrance.

Les faits sont là et les faits nous disent qu’il y a urgence. La sonnette d’alarme est tirée depuis plusieurs années par des associations féministes.

Message au fédéral

L’urgence budgétaire est sur toutes les lèvres, bien logiquement. L’urgence climatique aussi. Mais ces deux urgences divisent des partis qui de gauche à droite ont légitimement des visions de société différentes. Ces urgences divisent aussi du nord au sud avec des réalités et des électorats différents.

L’union est donc compliquée. Et le menu du futur gouvernement risque d’être bien terne, peu mobilisateur. Alors pourquoi pas se saisir de la question des violences faites aux femmes? Le sujet est beaucoup moins marqué gauche droite (un peu parfois). On devrait pouvoir y trouver une “cause nationale” avec les régions et les communautés.

Le cas espagnol

En Espagne la violence de genre, surtout la violence intrafamiliale, est devenue non sans mal une cause nationale. Tout commence en 1997 quand Ana Orantes 60 ans, mère de famille, vient témoigner à la télévision. Elle vient raconter ses 40 années de souffrance de femmes battue. Une semaine plus tard son mari la brûle, vive.

Le pays est prêt à une révolution. Une loi organique contre la violence de genre est votée en 2004. Statistiques transparentes, juge spécialisé, mesures d’éloignement, bracelet électronique pour mari violent. Puis en 2017 c’est un pacte national contre les violences de genre il va encore plus loin. Il prévoit 200 mesures (pas toujours mise en ouvre d’ailleurs) : aide financière pour les victimes, formation des policiers, fin des gardes partagées des enfants pour les pères condamnés. On y trouve aussi l’ambition de lutter contre le sexisme dans les médias, dans la pub, à l’école avec de la sensibilisation.

Tout n’est pas parfait dans l’exemple Espagnol. Mais il a le mérite de montrer que la passivité n’est qu’une option. Qu’il y en a une autre, la détermination et que c’est possible dans un pays fédéral, parfois très divisé.

"Wir Shaffen das", on peut faire face. Alors que les partis impliqués dans la formation fédérale sont vainement à la recherche d’une cause mobilisatrice, alors qu’ils sont à la recherche d’un récit positif, en voilà un.  C’est le moment ou jamais de déclarer l’urgence contre les violences faites aux femmes.

Articles recommandés pour vous