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Un circuit international réservé aux femmes sur CS : GO, mais pourquoi faire ?

IEM Katowice 2019

Fin 2021, ESL, organisateur de tournois esportif très établi dans le secteur, annonçait la mise en place d’un circuit international 100% féminin sur CS:GO, une première dans son histoire. Mais pourquoi donc créer des ligues réservées aux femmes dans une discipline comme l’esport supposée " mixte " ?

Un circuit en plusieurs parties

Le circuit féminin proposé par ESL est semblable au circuit principal : des événements en LAN viendront clôturer des ligues régionales disputées en ligne.

Les grandes finales réuniront les trois meilleures équipes d’Europe et d’Amérique du Nord, rejointes par une équipe d’Asie Pacifique et d’Amérique du Sud. Ces huit équipes au total s’affronteront pour une cagnotte totale de 150.000 € (contre 750.000 € pour la ligue principale).

En plus de cette compétition ESL annonce également que des tournois ponctuels et des Cash Cups récurrentes verront bientôt le jour, le tout encadré par un "conseil des joueuses" comme cela se fait dans le circuit officiel.

Circuit féminin ESL
Circuit féminin ESL ESL

Pourquoi un tel circuit ?

Soyons clair dès le début, les équipes d’esport sont supposées être mixtes. Il a existé, et il existe toujours des équipes composées d’hommes et de femmes qui jouent ensemble. L’exemple le plus récent est sans doute l’équipe "Evil Geniuses" et sa line up mixte sur Valorant.

En effet le jeu vidéo n’est pas qu’une affaire de garçons : selon une étude du SELL (Syndicat des Editeurs de Logiciel de Loisirs) publié en 2020, 47% des joueurs de jeux vidéo sont des femmes. Et d’après Women in Games, en France seules 6% des femmes sont représentées sur la scène esportive francophone.

Alors pourquoi sont-elles si peu nombreuses ?

Les raisons sont tristement nombreuses.

  • La représentation

On peut citer en premier le manque de représentation féminine à haut niveau, qui n’encourage pas les joueuses à faire le pas vers une professionnalisation de leur activité. Ne jamais voir de compétitrices à un niveau professionnel peut être un frein pour beaucoup de joueuses occasionnelles hésitant à franchir le pas.

Et de l'autre coté, les femmes qui atteignent les sphères professionnelles du jeux vidéo sont souvent victimes de harcèlement sur leur lieu de travail, comme les récents scandales chez Ubisoft, Activision-Blizzard ou encore Riot Games nous l'ont encore montré.

Toujours peu de joueuses lors des événements Esports. Ici à l’ESL African CS : GO Championship.
Toujours peu de joueuses lors des événements Esports. Ici à l’ESL African CS : GO Championship. ESL
  • Le marketing

Ensuite, le secteur des jeux vidéo est connu pour être un secteur majoritairement masculin. Logique lorsque l’on sait qu’à une époque les jeux vidéo étaient vendus comme un passe-temps de garçon : la première génération de gamers a donc été largement masculine. Heureusement les choses évoluent mais, aujourd’hui encore, les filles sont poussées vers des jeux ou des rôles plus " féminins ".

 

  • Le harcèlement en ligne

Et enfin, lorsqu’une femme décide de tout de même s’essayer à l’esport, c’est souvent pour essuyer des remarques sexistes dans le tchat du jeu. Encouragés par l’anonymat relatif d’un pseudo en ligne, les joueurs les plus toxiques n’hésitent pas à se lâcher… Quand un homme peut se faire "flame" (injurier) parce qu’il est mauvais au jeu, une femme essuiera presque toujours des remarques qu’elle gagne ou qu’elle perde, juste parce que c’est une femme.

 

Ils [les comportements toxiques] sont légion tant dans le jeu vidéo au sens large que dans l’e-sport, en amateur comme à haut niveau, et ils ciblent tous les joueurs. Mais les insultes qui visent les filles sont plus fréquentes, plus violentes aussi car souvent d’ordre sexuel, avec le terme "viol" qui revient sans cesse. C’est très difficile à supporter.

- Servane Fischer, gameuse et service juridique e-sport chez Ubisoft pour le Figaro

Les avantages d’un circuit féminin

Mais certains se demandent alors pourquoi cloisonner si le but est de rassembler tout le monde sur un pied d’égalité ? Après tout, l’Esport se veut être une discipline mixte, contrairement à certains sports traditionnels où le sexe/genre peut avoir des conséquences sur les résultats : toutes et tous sont égaux face à leur clavier/contrôleur/écran.

Ndlr : L’accessibilité aux jeux vidéo est un tout autre problème, pas forcément lié au sexe/genre : en réalité nous ne sommes pas tous égaux face à un contrôleur et des initiatives comme le Xbox Adaptive Controller essayent d'y apporter une réponse.

Woman Star League Invitational en Indonésie (Mobile Legends : Bang Bang)
Woman Star League Invitational en Indonésie (Mobile Legends : Bang Bang) Moonton

Si l’on continue la comparaison avec le sport traditionnel, on peut prendre en référence la coupe du monde féminine de football : aujourd'hui, de plus en plus de femmes s'adonnent au football.

La dernière édition de la coupe du monde féminine de football (2019) a été suivie en direct par 1,12 milliard de personnes, contre 1,2 million pour la première édition. On est encore bien loin des 3,5 milliards de la coupe du monde "masculine", mais le football féminin dispose aujourd’hui d’une vraie exposition et d’un public grandissant.

Et c’est là le tout le pari d’ESL : reproduire le schéma des sports traditionnel pour offrir aux joueuses une scène compétitive saine et sûre afin de promouvoir l’esport chez les femmes. Avec cette exposition devrait venir l’engouement du public, et le nombre de joueuses devrait augmenter naturellement, rattrapant petit à petit les compétitions classiques devenues masculines.

Vers de meilleurs jours

Les jeux vidéo ont beaucoup à jouer sur le terrain de l’inclusivité dans les années à venir, qu’il s’agisse d’esport ou de public ciblé.

Utiliser d’autres archétypes que le héros masculin blanc hétéro, ou arrêter de sexualiser un personnage dès qu’il est féminin serait un bon point de départ et si certains studios l’ont déjà bien compris, attention à ne pas vouloir surfer sur une vague d'inclusion sans en être réellement convaincu...

Mais faut-il considérer la création de cette ligue comme l'aveu d’échec d'une vrai discipline inclusive ou plutôt comme le transition obligatoire vers une vraie mixité dans le circuit professionnel esportif ?

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