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Un centre fermé de retour pour personnes en situation irrégulière sera bientôt construit à Jumet

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23 mars 2022 à 16:51Temps de lecture3 min
Par Thomas de Brouckère avec agences

Cela fait plusieurs années qu’on en parle mais cette fois le projet avance.
Jumet (Charleroi) va bientôt accueillir un nouveau centre de retour fermé pour les personnes en situation irrégulière. Un accord est intervenu au sein du gouvernement fédéral. Ce dernier a approuvé la construction de trois nouveaux centres fermés (dont celui de Jumet) et un centre de départ, créant 400 places de plus affectées au retour forcé de personnes en séjour irrégulier.

Uniquement des délinquants

Dans un communiqué, le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration Sammy Mahdi, explique que "Le centre de retour fermé de Jumet offrira 200 places et sera utilisé en priorité pour le retour des personnes en séjour irrégulier qui constituent une menace pour l’ordre public ou causent des nuisances. Il s’agit notamment d’anciens détenus qui ont été condamnés pour des infractions telles que des cambriolages, des délits sexuels ou des violences. Mais aussi les personnes qui commettent des délits mineurs (comme le vandalisme), les dérèglements du comportement et les toxicomanes, et qui donc entrent en contact avec la police. L’arrivée d’un centre de retour fermé à Jumet donnera à la police de Charleroi la possibilité d’éloigner les criminels en séjour irrégulier des rues de manière plus ciblée et de les enfermer en vue de leur rapatriement".

On ne gardera pas des familles et des enfants en détention.

Pas de familles, pas d’enfants

Le projet de ce centre ne fait pas l’unanimité. Depuis le début, la Ville de Charleroi s’y est opposée mais l’accord intervenu change la donne. La porte-parole de la Ville nous explique que désormais, la Ville impose deux conditions principales. La première, c’est qu’aucune famille et aucun enfant ne doivent être incarcérés dans ce centre et il ne doit accueillir que des personnes qui ont commis des infractions.


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Sammy Mahdi nous assure que cette condition sera respectée : "Absolument, c’est un point qui fait partie de l’accord de gouvernement et qui est important pour tous les partis de la majorité fédérale. On ne gardera pas des familles et des enfants en détention. Ce n’est absolument pas l’ambition de ce gouvernement. On se focalise sur des personnes qui causent des problèmes d’ordre public. Pas d’enfant, pas de familles mais un groupe bien spécifique pour qui il est compliqué d’organiser un retour volontaire. Mais pour tous les autres, on va continuer à travailler sur des démarches individuelles et d’accompagnement qui sont nécessaires".

La Belgique a justement été récemment pointée du doigt par un comité de l’ONU pour avoir violé la Convention relative aux droits de l’enfant dans le cadre de la détention en centre fermé d’enfants migrants. Des faits qui remontent à 2018 et 2019.

L’ampleur

La deuxième condition imposée par la Ville concerne l’ampleur du projet. Il doit rester en adéquation avec l’ambition du centre qui doit accueillir environ 200 personnes en situation irrégulières. Pour résumer, le centre devra être en mesure d’accueillir ces personnes dans des conditions décentes. Des discussions entre la Ville et le gouvernement fédéral doivent se tenir dans les mois qui viennent pour peaufiner le projet.

Sammy Mahdi qui estime que ce centre est important pour une ville comme Charleroi, "C’est nécessaire. En 2021, près de 1300 personnes en séjour irrégulier ont été interceptées par la police à Charleroi. L’arrivée d’un centre de retour fermé permettra de détenir ces personnes en vue de leur renvoi dans leur pays d’origine et de garantir une meilleure approche de la criminalité dans une grande ville comme Charleroi".

Le secrétaire d’État ajoute que la proximité avec l’aéroport facilitera les transferts dans des conditions "plus humaines". Le centre fermé devrait être construit sur un site de la police fédérale et devrait créer 235 emplois.

En colère

Parmi les opposants au projet, il y a le collectif citoyen "Charleroi solidarité migrant.e.s". L’un de ses membres, Valter Iurlaro affirme que le gouvernement tente de criminaliser des personnes qui n’ont rien fait, "Ce gouvernement reprend la rhétorique de l’ancien secrétaire d’État Théo Francken. On va enfermer des personnes qui ne sont coupables de rien. On ne peut pas enfermer des personnes qui n’ont rien fait et qui n’espèrent qu’à recevoir l’autorisation de rester sur le territoire. Nous ne sommes pas contre le fait d’enfermer des criminels mais nous avons des prisons pour ça".

Mais le projet n’a pas encore abouti, il reste plusieurs étapes dont l’octroi d’un permis par la région. "Si ce permis devait être autorisé, alors nous plaiderions pour la création d’un centre d’accueil Fedasil plutôt que ce centre fermé",  explique Valter Iurlaro. "Charleroi solidarité migrant.e.s" compte bien continuer à s’opposer au projet de ce centre fermé.

 

 

 

 

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