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Un Belge sur cinq est surqualifié pour son emploi

Un Belge sur cinq est trop éduqué pour l'emploi qu'il occupe, et ne gagne donc pas le salaire auquel il pourrait prétendre.
31 déc. 2019 à 07:46Temps de lecture2 min
Par J.C.

Un Belge sur cinq est en situation probable de suréducation, dans un emploi qui requiert un niveau d’éducation moindre que celui obtenu. Le fait de travailler dans un secteur différent de celui de ses études ou le fait de travailler à temps partiel pour compléter ses revenus sont parfois volontaires, mais c’est parfois contraint, faute de mieux ou en attendant de trouver un job mieux adapté au niveau de formation. Les cas de figure sont en fait très nombreux.

Il n’empêche que cette suréducation est une forme de déclassement, puisque les personnes concernées sont pénalisées en termes de revenus, avec un salaire plus faible que ce à quoi elles peuvent prétendre en théorie. Une problématique individuelle donc, mais pas que.

Valentine Jacobs, doctorante à l’ULB, précise: "Ça peut diminuer la productivité dans les firmes parce qu’il peut y avoir des problèmes de satisfaction au travail et un taux d’absentéisme plus élevé pour ces personnes-là, donc ça va diminuer la productivité des entreprises".

C’est important parce qu’outre le chômage et le temps partiel non choisi, la suréducation est une autre forme de sous-utilisation des compétences humaines sur le marché du travail.

Pire pour les personnes issues de l'immigration

Les personnes issues de l’immigration sont encore plus concernées, en particulier celles qui sont nées en Asie, en Europe de l’Est ou au Maghreb. Elles ont jusqu’à 25 ou 26% de chances d’être en situation de suréducation, et dans ces cas-là c’est rarement volontaire et on peut même parler de discrimination salariale.

Le marché du travail belge n’est pas connu pour être particulièrement accueillant pour ces personnes issues de l’immigration. Si vous combinez la persistance d’une discrimination à l’embauche, des difficultés dans la reconnaissance des diplômes qui ont été obtenus à l’étranger et l’acquisition nécessaire d’une ou plusieurs nouvelles langues, la probabilité d’être suréduqué augmente.

Mais est-ce qu’être surdiplômé n’est pas uniquement temporaire ?

Il y a là deux écoles. Si on caricature un peu, il y a deux courants de pensée économique. D’un côté, il y a ceux qui estiment que décrocher un emploi, même pour lequel on est trop qualifié, permet sur le long terme d’acquérir de l’expérience, de montrer ce que l’on vaut en entreprise et finalement, après plusieurs années, d’être enfin payé à sa juste valeur.

Et de l’autre côté, il y a les économistes qui estiment que non, la surqualification ne se résout pas avec le temps et qu’accepter un premier emploi pour lequel vous êtes trop qualifié est s’enfermer en quelque sorte dans un piège de sous-rémunération.

"Nous avons regardé si ça améliore la position des immigrés en fonction de leurs années d’ancienneté dans l’entreprise et nous constatons que oui, il y a une amélioration pour ces immigrés. Cependant, la pénalité à être suréduqué ne devient pas nulle, donc cette pénalité à être suréduqué persiste", explique Valentine Jacobs.

Globalement, le temps et l’expérience améliorent la rémunération des personnes a priori trop qualifiées pour leur emploi, mais une certaine probabilité de continuer à être trop peu payé par rapport au niveau d’éducation persiste.

Et à cet égard, comme à d’autres d’ailleurs, il apparaît que la situation des immigrés sur le marché du travail belge est moins enviable que celle des travailleurs natifs belges de naissance.

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