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Monde

Ukraine : quelles sont vraiment les intentions de la Russie avec sa liste de conditions ?

19 déc. 2021 à 18:00Temps de lecture3 min
Par Corentin Laurent

Les tensions ne cessent leur escalade à la frontière entre l’Ukraine et la Russie, où l’armée russe continue de s’amasser. Selon les services de renseignements occidentaux, la présence des troupes russes se chiffrerait à 100.000 hommes.

Un match diplomatique est engagé entre les différentes parties, les Etats-Unis, l’OTAN, la fédération de Russie et dans une moindre mesure l’Union européenne. Dans ce cadre, les Russes ont transmis aux Américains une liste de huit conditions pour envisager une désescalade. Dans ce document, la Russie demande aux Etats-Unis de ne pas permettre à l’Ukraine ou à la Géorgie d’intégrer l’OTAN mais aussi de ne pas se déployer dans les pays de l’ex-bloc soviétique.


►►► Des troupes russes se massent à la frontière ukrainienne : la menace d’une guerre aux portes de l’Europe ?


"Nous sommes prêts à discuter", ont rétorqué les Etats-Unis même si "les documents comprennent certaines choses que les Russes savent inacceptables". La messe est dite, les revendications de la Russie sont irréalistes. "C’est quand même relativement extravagant, si l’on regarde ce qu’ils demandent", commente Nina Bachkatov, journaliste et politologue spécialiste de la Russie. "Je crois que n’importe quel Russe, même un peu illuminé ne peut pas imaginer un seul instant que l’OTAN va aller aussi loin dans les garanties qu’elle peut donner", ajoute l’experte. Dès lors, comment interpréter cette proposition de traité ?

Pas une simple provocation

Transmettre une liste de conditions tout en sachant que l’autre partie n’accédera véritablement qu’à une version très édulcorée de ces demandes, c’est "une technique de négociation qui consiste à élever le niveau des demandes pour pouvoir alors revenir à quelque chose de plus réaliste. Et cette version plus réaliste, c’est précisément ce que la Russie voulait depuis le départ, c’est-à-dire d’arrêter l’élargissement du nombre de membres dans l’OTAN et de limiter le nombre de base militaire américaine ou de l’OTAN trop proches des frontières de la Russie", analyse Nina Bachkatov. Ces garanties sécuritaires font donc partie à part entière de la stratégie du Kremlin pour faire avancer son agenda géopolitique, et il faut le comprendre en tant que tel.

Et les Européens dans tout ça ?

La proposition de traité est écrite par la Russie à l’attention des Etats-Unis, et à travers eux, l’OTAN. On remarque donc que le dialogue en ce qui concerne l’influence des deux blocs sur le continent européen se déroule entre Washington et Moscou, sans que l’Union européenne ne soit vraiment impliquée.

Pourtant, l’Union européenne "aurait un rôle à jouer mais jusqu’à présent, elle le refuse", constate la spécialiste. "Je trouve le comportement de l’Union européenne extraordinaire. D’un côté vous avez toutes ces déclarations officielles qui disent que l’Union européenne doit reprendre le contrôle de sa sécurité sur son territoire […] Et dans le même temps quand il y a un évènement qui affecte directement la stabilité aux frontières de l’Union européenne, on se contente d’agiter des menaces, des sanctions, sans les préciser, etc.", pour Nina Bachkatov, cela "reflète l’incapacité de l’Union européenne d’avoir une vraie politique étrangère. Cette politique étrangère reste finalement l’addition des politiques étrangères nationales".

Une guerre inévitable ?

La liste d’exigence n’étant pas vraiment de nature à engager un dégonflement des torses à la frontière, les tensions sont-elles condamnées à évoluer vers un conflit armé ? "Je ne pense pas qu’il y aura une invasion", prévoit Nina Bachkatov, "il y a des choses artificielles dans cette crise". En clair, personne ne souhaite vraiment en venir aux échanges de tirs mais la surenchère pousse les parties à se trouver dans des positions où ils n’avaient pas prévu d’être. A l’image de l’OTAN et de l’Union européenne qui font sentir à l’Ukraine qu’un soutien militaire pourrait être envisageable en cas de guerre, mais dans la réalité "les Occidentaux se contentent d’armer et d’entraîner l’armée ukrainienne".

Un basculement de l’Ukraine vers l’un ou l’autre "bloc" pourrait trouver son issue dans les urnes. Les Ukrainiens sont en campagne et la politique étrangère et économique est au cœur des programmes avec d’un côté les candidats en faveur d’un rapprochement avec l’Union européenne, et de l’autre, les candidats en faveur d’un rapprochement avec la Russie. "C’est un élément qui pollue la vie politique de toutes les républiques de la région et cela empêche la création de vrais partis politiques", contextualise l’experte.

Les victimes de ces jeux géopolitiques sont les citoyens de ces pays qui voient le développement économique de leur pays et leur bien-être passer au second plan. "Il n’y a pas de personnes qui arrivent à émerger en parlant de l’intérêt de l’ensemble de la population", conclut l’experte.

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