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Ukraine-UE: la Russie refuse de porter le chapeau

Ukraine-UE: la Russie refuse de porter le chapeau
26 nov. 2013 à 10:40 - mise à jour 26 nov. 2013 à 16:334 min
Par AFP

En négociation depuis des mois, l'accord d'association devait être signé au sommet du Partenariat oriental de l'Union européenne jeudi et vendredi à Vilnius, en Lituanie, une ex-république soviétique désormais membre de l'UE.

Le gouvernement ukrainien a annoncé soudainement la semaine dernière suspendre ces négociations, dont une condition clé était la libération de Ioulia Timochenko, principale adversaire politique du président Ianoukovitch.

Lundi, les présidents du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et de la Commission, José Manuel Barroso, ont déclaré dans un communiqué que l'offre de l'UE était "toujours sur la table", mais ont aussi élevé le ton à l'égard de Moscou, écrivant "désapprouver fortement la position et les actions de la Russie" dans ce dossier.

Mardi, le Premier ministre ukrainien a confirmé que la Russie avait fait pression. "La Russie a proposé de reporter la signature, et d'entamer des négociations", a déclaré Mykola Azarov.

La Russie accuse l'UE de lui "faire porter le chapeau"

La Russie a estimé mardi que l'Union européenne cherchait à lui "faire porter le chapeau", faisant part de sa "perplexité" et de sa "déception". "De toute évidence, les déclarations (de l'UE) visent à mettre sur le dos de la Russie la responsabilité des problèmes de l'Ukraine à la suite des pressions politiques exercées par l'UE sur l'Ukraine et sur d'autres pays dans le cadre du partenariat oriental", ajoute-t-il.

Le ministère souligne que la Russie a déjà indiqué à maintes reprises, notamment par la voix du président Vladimir Poutine, que de telles façons d'agir étaient "néfastes".

Des négociations Ukraine-Russie-UE ?

Le Premier ministre ukrainien a cependant affirmé que rien n'avait été convenu avec Moscou sur des compensations pour cet accord avorté avec l'UE. Il affirme qu'il n'y avait notamment "pas d'accord précis" sur la révision des prix du gaz russe pour l'Ukraine. "Nous entamons des négociations début décembre avec la Russie sur le rétablissement de relations commerciales et économiques normales", a-t-il expliqué.

De son côté, l'Union européenne n'a pas offert à l'Ukraine le soutien nécessaire dans la situation économique difficile dans laquelle elle se trouve, a-t-il critiqué. "Nous n'avons pas reçu le soutien nécessaire de l'Union européenne au moment où c'était important", a déclaré le chef du gouvernement ukrainien. "L'UE n'a fourni aucune aide, à part des déclarations", a-t-il ajouté.

Il a également accusé le Fonds monétaire international (FMI) d'avoir encore durci, à la veille d'un accord, les conditions d'octroi d'un prêt. "Le FMI soit ne comprend pas la situation économique en Ukraine, soit présente sciemment des conditions inacceptables", a-t-il déclaré. "Si nous n'avions pas réglé notre conflit avec la Russie, nous aurions dû faire face à une catastrophe" économique, a-t-il assuré.

Il a cependant souligné que son pays ne souhaitait pas être un simple enjeu dans une lutte géopolitique. "L'Ukraine n'est pas un champ de bataille entre la Russie et l'UE", a-t-il déclaré, "il faut prendre en compte nos intérêts".

Il a estimé que le président Viktor Ianoukovitch allait mener, lors du sommet du partenariat oriental de l'UE à Vilnius jeudi et vendredi, des "consultations" sur la possibilité de conclure ultérieurement un accord d'association. "Nous voulons discuter des problèmes à trois" avec la Russie et l'UE, a-t-il dit. "La Russie a accepté cette proposition, la balle est dans le camp de l'UE", a-t-il ajouté.

L'Union européenne, qui a dénoncé l'attitude de la Russie dans ce dossier, s'est d'ores et déjà montrée sceptique quant à la possibilité de telles négociations.

 

Nouvelle manifestation ce mardi soir

Les opposants manifestent à nouveau sous la neige à Kiev mardi soir. Ils ont appelé les militants via les réseaux sociaux à apporter des vêtements chauds sur la place.

"L'Ukraine, c'est l'Europe", scandent des centaines de jeunes, bravant le froid et parfois les insultes : dans la foule, des Ukrainiens pro-russes les accusent d'être des "traîtres". "Je veux que l'Ukraine ait un avenir de qualité, qu'elle signe un accord avec l'UE", dit à l'AFP Vladislav, 17 ans, qui a manqué les cours mardi à
l'Université Taras Chevtchenko de Kiev pour venir manifester contre le rejet par le gouvernement ukrainien d'un accord d'association avec l'Union européenne. "C'est plus important d'être ici aujourd'hui", estime le jeune homme, qui porte un grand drapeau jaune-bleu ukrainien sur une veste épaisse.

Comme lui, des centaines d'étudiants ukrainiens à Kiev et des milliers de jeunes à Lviv et Ivano-Frankivsk, dans l'ouest du pays, ont fait l'école buissonnière mardi pour manifester leur désaccord avec la décision des autorités.
"Les étudiants veulent qu'on soit avec l'Europe, tout le monde veut qu'on soit avec l'Europe, que l'Ukraine soit une puissance indépendante, européenne", souligne Svetlana Gavrilova, 20 ans, un ruban bleu aux étoiles jaunes, le symbole de l'UE, dans une main et un verre de papier avec du thé chaud dans l'autre.

Non loin de là, environ 150 personnes restaient rassemblées mardi matin face au siège du gouvernement, exigeant que le président Viktor Ianoukovitch et le Premier ministre Mykola Azarov reviennent sur leur décision qu'ils estiment dictée par la Russie.

Grève de la faim de Ioulia Timochenko

La veille au soir, l'opposante emprisonnée et ex-Premier ministre Ioulia Timochenko a transmis un message, lu par son avocat, annonçant qu'elle entamait une grève de la faim par solidarité avec les manifestants, et appelait les Ukrainiens à se mobiliser.

"J'entame une grève de la faim pour exiger que Ianoukovitch signe l'accord d'association et de zone de libre-échange avec l'UE", a ajouté Ioulia Timochenko, qui purge une peine de 7 ans de prison mais est hospitalisée sous surveillance depuis avril 2012 à Kharkiv, dans l'est du pays, pour des hernies discales.

Par ailleurs, les services secrets ukrainiens ont promis des poursuites contre des manifestants qui s'en sont pris lundi soir à des agents effectuant une surveillance électronique depuis un minibus.

Dimanche, entre 23 000 (selon la police) et 100 000 personnes, selon les organisateurs, avaient manifesté à Kiev.


RTBF avec AFP

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