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Ukraine : le secrétaire d'Etat américain décrit le scénario catastrophe d'une attaque russe

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Le président américain a jugé jeudi "très élevé" et imminent le risque d'une attaque russe contre l'Ukraine, balayant les assurances de Moscou sur un retrait partiel de ses forces positionnées depuis des semaines à la frontière ukrainienne

La Russie a, selon les Occidentaux, déployé plus de 100.000 soldats et leurs équipements dans le voisinage de l'Ukraine en vue d'une offensive.

Britanniques et Américains considèrent que Moscou pourrait être en train de préparer un prétexte dans le conflit entre Kiev et des séparatistes dans l'Est ukrainien pour justifier son intervention, les affrontements s'étant intensifiés jeudi dans la région.

"Toutes les indications que nous avons, c'est qu'ils sont prêts à entrer en Ukraine, à attaquer l'Ukraine", a dit Joe Biden, jugeant l'offensive possible "dans les prochains jours". 

Le secrétaire d'Etat Antony Blinken a de son côté appelé la Russie à "abandonner la voie de la guerre", devant le Conseil de sécurité de l'ONU.

"Nos informations montrent clairement que" les forces russes aux frontières ukrainiennes, "y compris des forces terrestres et des avions, se préparent à lancer une attaque contre l'Ukraine dans les prochains jours", a dit le secrétaire d'Etat.

Le scénario catastrophe d'une attaque russe

Il a décrit le scénario auquel s'attend le renseignement américain, et "qui se déroule dès à présent, aujourd'hui, tandis que la Russie avance vers la guerre et renouvelle sa menace d'action militaire".

Selon lui, Moscou va d'abord "fabriquer de toutes pièces un prétexte pour son attaque", qu'il s'agisse d'un "événement violent que la Russie imputera à l'Ukraine", un "attentat soi disant terroriste en Russie", ou "la découverte inventée d'un charnier, une frappe de drone mise en scène contre des civils, ou une fausse, voire une vraie attaque à l'arme chimique".

"La Russie peut décrire cela comme relevant du nettoyage ethnique, ou d'un génocide", a-t-il encore prévenu, relevant que ces "fausses alarmes" s'étaient intensifiées ces derniers jours et encore jeudi dans les médias publics russes.

Le gouvernement russe va ensuite, selon Antony Blinken, "proclamer que Moscou doit riposter pour défendre les ressortissants russes ou les habitants russophones en Ukraine".

"Ensuite, l'attaque va commencer", a encore alerté le chef de la diplomatie américaine.

"Des missiles et des bombes russes vont tomber sur l'Ukraine, les communications seront coupées, des cyberattaques vont bloquer des institutions ukrainiennes clés", a-t-il énuméré, sans apporter les preuves pour étayer ce scénario catastrophe. "Puis des chars et soldats avanceront contre des objectifs-clés qui ont déjà été identifiés", y compris la capitale ukrainienne, Kiev, a-t-il accusé.

Antony Blinken a aussi fait état d'"informations indiquant que la Russie va cibler des groupes spécifiques d'Ukrainiens", sans plus de précisions.

Mesure exceptionnelle, les Etats-Unis ont fermé cette semaine leur ambassade à Kiev.


Ecole bombardée 

De son côté, la Russie a annoncé de nouveaux retraits militaires des abords de l'Ukraine, diffusant des images de trains chargés d'équipements et annonçant le retour d'unités dans des casernes du Caucase russe et de la région de Nijni-Novgorod, loin de l'Ukraine.

Américains et Britanniques ont cependant accusé Moscou de mises en scène dissimulant un renforcement de ses troupes. Washington et Londres ont estimé que "jusqu'à 7.000" soldats supplémentaires avaient été déployés dans la zone frontalière.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a indiqué ne pas avoir vu de diminution des troupes russes aux frontières de l'Ukraine, mais de "petites rotations".

L'ensemble des protagonistes de cette crise russo-occidentale, qui menace de dégénérer chaque jour depuis des semaines, se sont inquiétés d'échanges de tirs à l'arme lourde accrus jeudi dans le Donbass, où les forces ukrainiennes sont confrontées depuis huit ans à des séparatistes pro-russes.

Mais les deux camps se sont rejeté la responsabilité des heurts, avec le soutien de leurs alliés respectifs. Ces affrontements ravivent la crainte d'une escalade.

L'armée ukrainienne a dénoncé jeudi une attaque contre Stanitsa Louganska qui a privé la moitié de cette localité d'électricité et laissé un trou d'obus dans le mur d'une école, des briques jonchant une pièce au milieu de jouets d'enfants.

Le président Zelensky a dénoncé une "provocation" et le Premier ministre britannique Boris Johnson a accusé la Russie de vouloir se servir de cette évènement "pour créer un prétexte" pour "une action russe".

L'OSCE, qui a une mission d'observation dans la région, a appelé à éviter toute "escalade", tandis que l'ONU a appelé les parties prenantes "à la retenue".

Les séparatistes de Lougansk ont en retour accusé Kiev d'être responsable d'une multiplication des bombardements à l'arme lourde pour eux-mêmes "pousser le conflit vers une escalade".

Réaction russe 

Le Kremlin a jugé à son tour la situation "extrêmement dangereuse" du fait de la "concentration extrême des forces ukrainiennes". 

La Russie n'a en outre cessé de dénoncer le soutien militaire accru de l'Otan à l'Ukraine.

Kiev a reçu un nombre croissant de livraisons d'armes occidentales, nourrissant la colère de Moscou qui estime en retour que Kiev veut lancer une offensive contre les séparatistes.

Dans ce contexte, le président Zelensky a assuré jeudi que son pays n'avait "pas besoin" de soldats occidentaux sur son sol pour faire face à la menace russe, soulignant et ne pas vouloir "donner une raison supplémentaire" à la Russie d'intervenir.

Les Occidentaux affirment que leur réponse à une invasion russe serait composée de sanctions économiques dévastatrices, mais qu'il n'y aurait pas de réponse militaire. 

Pour sa part, Moscou considère que l'ambition ukrainienne d'intégrer l'Otan représente un risque suffisant de déploiement occidental en Ukraine, et donc de guerre.

Dans une réponse à des contre-propositions américaines pour des négociations sur l'architecture sécuritaire de l'Europe, Moscou a réaffirmé jeudi la totalité de ses exigences, déjà rejetées par l'Otan, l'UE et les Etats-Unis.

En cas de refus, "la Russie sera forcée de réagir, notamment par la mise en oeuvre de mesures à caractère militaire et technique", a menacé la diplomatie russe. 

Le président bélarusse Alexandre Loukachenko, allié de la Russie, a ainsi déclaré jeudi que son pays, aux portes de l'UE, serait désormais prêt à accueillir désormais des "armes nucléaires", dont il ne dispose pas depuis la chute de l'URSS.

Moscou insiste sur "le retrait de toutes les forces et armements des Etats-Unis déployés en Europe centrale et orientale, en Europe du Sud-Est et dans les pays baltes" et attend également des propositions des Occidentaux un "renoncement à tout élargissement futur de l'Otan", à l'Ukraine en particulier. 

La diplomatie russe estime rejette aussi une énième fois les accusations quant à son projet d'invasion de l'Ukraine. 

En début de semaine, le Kremlin et la Maison Blanche avaient pourtant signifié leur disposition à un dialogue approfondi sur l'architecture sécuritaire européenne.

Ce début d'apaisement venait parachever des efforts diplomatiques européens, en particulier la double navette des dirigeants français et allemand Emmanuel Macron et Olaf Scholz entre Moscou et Kiev.

Illustration des tensions en cours, le département d'Etat américain a révélé jeudi que la Russie avait expulsé le numéro deux de son ambassade à Moscou, le diplomate Bart Gorman, disant étudier une "riposte".

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