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Ukraine: Kiev annonce avoir "libéré" une ville de l'Est, la Russie menace d'intervenir

Le 22 avril 2014, les obsèques des victimes d'une fusillade le 20 avril à Slaviansk, en Ukraine
23 avr. 2014 à 05:31 - mise à jour 23 avr. 2014 à 17:15Temps de lecture6 min
Par AFP

Cette "libération", annoncée dans le cadre de "l'opération antiterroriste" en cours dans la région, s'est faite "sans victime", a indiqué le ministère dans un communiqué, qui présente la ville comme un point "stratégique" à la frontière de trois régions russophones: Donetsk, Lougansk et Kharkiv.

Un journaliste de l'AFP n'a constaté la présence d'aucune troupe ni forces de l'ordre dans cette petite ville de 5000 habitants, et les habitants interrogés se sont étonnés de l'annonce de Kiev, affirmant qu'elle n'était pas contrôlée par les insurgés pro-russes.

"C'est très calme et cela a toujours été très calme", a indiqué un habitant, Miron, qui n'a remarqué aucune opération des forces de l'ordre.

"Un groupe d'hommes armés a été repéré mercredi dans la ville de Sviatoguirsk", a indiqué de son côté le ministère.

La confrontation reprend

"Chaque jour qui passe (...) rend une solution de plus en plus difficile", a reconnu le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier lors d'une visite en Moldavie.

Après quelques jours d'espoir d'apaisement nés de la signature d'un compromis international à Genève, le ton est monté de nouveau entre Moscou et les Occidentaux, qui s'accusent mutuellement d'orchestrer les actes de leurs partisans et déploient leurs troupes près des frontières ukrainiennes.

"Si nos intérêts légitimes, les intérêts des Russes étaient attaqués directement, comme par exemple ils l'avaient été en Ossétie du Sud (territoire séparatiste en Géorgie, NDLR), je ne vois pas d'autre manière que de répondre, dans le respect du droit international", a expliqué le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. "Une attaque contre les citoyens russes est une attaque contre la Russie", a-t-il ajouté.

En 2008, une guerre éclair avait opposé la Russie à la Géorgie, à l'issue de laquelle Moscou a reconnu l'indépendance de deux territoires séparatistes pro-russes dans ce petit pays du Caucase, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie.

Les autorités russes ne cessent de dire les populations ukrainiennes d'origine russe menacées par les nationalistes qui soutiennent le pouvoir pro-occidental en place à Kiev depuis la destitution de Viktor Ianoukovitch.

Cet avertissement vient en réponse à la relance de la part des autorités ukrainiennes pro-européennes, juste après une visite du vice-président américain Joe Biden, de l'"opération antiterroriste", auparavant suspendue pour Pâques. "Je n'ai aucune raison de ne pas croire que les Américains dirigent ce spectacle de la manière la plus directe", a estimé M. Lavrov.

Kiev revendique la "libération" d'une ville

Son ministère a demandé ensuite le retrait des troupes ukrainiennes de l'Est afin de permettre "un réel dialogue inter-ukrainien". A Kiev mardi, le vice-président américain Joe Biden a menacé mardi la Russie d'"isolement" si elle continue de "soutenir" les insurgés.

Après son départ, Washington a annoncé l'envoi de 600 soldats en Pologne et dans les pays baltes, dont 150 hommes de la 173e brigade aéroportée sont arrivés dès mercredi à la base polonaise de Swidwin (nord-ouest). Le secrétaire d'Etat John Kerry a menacé Moscou de nouvelles sanctions.

Kiev a de son côté revendiqué la "libération" de Sviatoguirsk, une ville de 5.000 habitants au nord de Slaviansk dans le cadre de son "opération antiterroriste", sans victime.

Le président par intérim Olexandre Tourtchinov a justifié la reprise de l'opération par la découverte de deux corps portant des traces de torture près de Slaviansk.

Les deux corps ont été retrouvés samedi au bord d'une rivière proche de Slaviansk. L'un deux a été identifié comme appartenant à Volodymyr Rybak, élu local du parti pro-occidental de Ioulia Timochenko, Batkivchtchina (Patrie).

Conseiller municipal de Gorlivka, dont la mairie est contrôlée par les pro-russes, il avait disparu jeudi dernier après avoir participé à une manifestation en faveur de l'unité de l'Ukraine, selon le ministère de l'Intérieur, mettant en cause les séparatistes de Slaviansk.

"Son corps portait de multiples coups de couteau. C'est horrible", a indiqué mercredi Olena Rybak, l'épouse du conseiller qui va être enterré jeudi.

Les services de sécurité (SBU) ont accusé un haut gradé des renseignements de l'état-major des armées russes (GRU) d'avoir commandité le meurtre.

Journaliste américain "enlevé"

Contrôlée par des hommes en armes, certains cagoulés et portant des uniformes sans insigne, Slaviansk, ville de plus de 100.000 habitants au nord de Donetsk, est devenue la place forte des séparatistes dans l'est de l'Ukraine.

La situation y était calme mercredi et des hommes masqués, sans arme apparente, montaient la garde devant la mairie cernée de barricades. Son "maire" autoproclamé Viatcheslav Ponomarev, qui a demandé à Vladimir Poutine d'envoyer des troupes russes pour protéger la population des nationalistes ukrainiens, y a décrété un couvre feu depuis dimanche après une fusillade qui a fait au moins trois morts.

Un journaliste se trouvant sur place pour le site américain Vice News, Simon Ostrovsky, y est retenu depuis mardi par les séparatistes. "Il se trouve dans une cellule de détention provisoire", a expliqué mercredi Viatcheslav Ponomarev. "C'est un journaliste provocateur", a-t-il ajouté.

A Washington, le département d'Etat s'est dit "très inquiet" de "l'enlèvement" du journaliste, qui a travaillé plusieurs années pour l'AFP en Azerbaïdjan. Les Etats-Unis qui accusent Moscou d'être derrière les troubles dans l'Est ont produit des photos prouvant la supposée implication des forces russes sur place, ce que dément la Russie.

Le Kremlin a en revanche reconnu avoir massé ses troupes à la frontière ukrainienne en raison des tensions en Ukraine. Moscou et Washington s'attribuent mutuellement la responsabilité de l'échec de l'accord de Genève. Signé la semaine dernière entre l'Ukraine, la Russie, les Etats-Unis et l'Union européenne, le document prévoit notamment le désarmement des groupes illégaux et l'évacuation des bâtiments occupés, aussi bien de la part des pro-occidentaux à Kiev que des séparatistes dans l'Est.

 

Moscou prêt aux sanctions

Les Etats-Unis ont déjà appliqué des sanctions contre de hauts responsables russes, dans l'entourage du président Vladimir Poutine. Ils menacent désormais de s'en prendre à des secteurs entiers de son économie, déjà au bord de la récession, fragilisée par de massives fuites de capitaux.

"C'est une voie sans issue", a tranché mardi le Premier ministre russe Dmitri Medvedev. "Mais si certains de nos partenaires occidentaux décident tout de même de s'y engager, nous n'aurons pas d'autre choix que faire face avec nos propres forces. Et nous gagnerons", a-t-il poursuivi.

Un espoir de désescalade dans la pire crise entre Moscou et les Occidentaux depuis la Guerre froide était né jeudi à Genève avec la signature surprise d'un accord entre l'Ukraine, la Russie, les Etats-Unis et l'Union européenne.

Le document prévoit notamment le désarmement des groupes illégaux et l'évacuation des bâtiments occupés, aussi bien de la part des pro-occidentaux à Kiev que des séparatistes dans l'Est.

Mais l'accord est resté lettre morte et les séparatistes ont même étendu leur contrôle sur de nouveaux bâtiments publics lundi à Kramatorsk, au sud de leur place forte de Slaviansk, dont le poste de police.

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, qui a déployé des observateurs sur place, a indiqué que le chef de la police était détenu par les pro-russes et s'est élevée contre des "provocations" de nature à "aggraver les tensions existantes".

Le président par intérim Olexandre Tourtchinov a estimé que les actions, attribuées à "la Russie et ses unités terroristes", "mettent une croix" sur l'accord de Genève.

Peu après le départ de M. Biden, il a annoncé la reprise de l'opération antiterroriste lancée dans la région mais qui avait tourné à la déroute, des chars se trouvant saisis par les pro-russes et d'autres terminant bloqués par des villageois. "Les terroristes qui ont pris en otage toute la région de Donetsk ont franchi la ligne rouge en torturant des patriotes de l'Ukraine", a lancé le président par intérim. "Ces crimes sont commis avec le soutien total de la Russie", a-t-il affirmé.

Référendum à Lougansk?

Washington affirme, photos à l'appui que des forces russes sont impliquées dans l'Est séparatiste, ce que dément Moscou et le "maire" autoproclamé de Slaviansk, qui avait appelé dimanche Vladimir Poutine à envoyer des troupes de maintien de la paix après une fusillade meurtrière.

Un avion de reconnaissance militaire qui survolait ce bastion des séparatistes a été visé par des tirs. Touché, il a pu atterrir sans encombre.

A 150 kilomètres plus à l'est, à Lougansk, les insurgés pro-russes, qui occupent les locaux des services de sécurité (SBU), ont nommé lundi un "gouverneur populaire". Ils ont décrété l'organisation d'un référendum le 11 mai afin de déterminer si la région doit continuer de faire partie de l'Ukraine ou proclamer son indépendance, avant de se prononcer sur un éventuel rattachement à la Russie.

Cette décision rappelle l'organisation du vote, le 16 mars, qui a débouché sur le rattachement de la Crimée au territoire russe.

Mais l'organisation d'un scrutin semble plus complexe dans l'Est de l'Ukraine où le contrôle des séparatistes se limite à certains bâtiments publics.


AFP

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