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Ukraine: consternation en Europe suite aux menaces d'intervention russe

Des manifestants pro-autorités ukrainiennes manifestent à Marioupol le 23 avril 2014
24 avr. 2014 à 04:27Temps de lecture5 min
Par AFP

"Chaque jour qui passe (...) rend une solution de plus en plus difficile", a reconnu le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier.

Après quelques jours d'espoirs d'apaisement nés de la signature d'un compromis international à Genève, le ton est monté de nouveau entre Moscou et les Occidentaux, qui s'accusent mutuellement d'orchestrer les actes de leurs partisans et déploient leurs troupes près des frontières ukrainiennes.

"Si nos intérêts légitimes (...) étaient attaqués directement, comme par exemple ils l'avaient été en Ossétie du Sud (territoire séparatiste en Géorgie, NDLR), je ne vois pas d'autre manière que de répondre, dans le respect du droit international", a expliqué le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

"Une attaque contre les citoyens russes est une attaque contre la Russie", a-t-il ajouté.

En 2008, une guerre éclair avait opposé la Russie à la Géorgie, à l'issue de laquelle Moscou a reconnu l'indépendance de deux territoires séparatistes pro-russes dans ce petit pays du Caucase, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie.

Les autorités russes ne cessent de dire les populations ukrainiennes d'origine russe menacées par les nationalistes qui soutiennent le pouvoir pro-occidental en place à Kiev depuis la destitution de Viktor Ianoukovitch.

L'Otan a exprimé sa "préoccupation" après les menaces d'intervention russe en Ukraine, condamnant la "rhétorique enflammée" de Moscou et l'appelant à soutenir la mise en oeuvre de l'accord de Genève.

La main des Américains

L'avertissement russe vient en réponse à la relance de la part des autorités ukrainiennes pro-européennes, juste après une visite du vice-président américain Joe Biden, de l'"opération antiterroriste", auparavant suspendue pour Pâques.

"Je n'ai aucune raison de ne pas croire que les Américains dirigent ce spectacle de la manière la plus directe", a estimé M. Lavrov.

"En Ukraine, les Etats-Unis et l'Union européenne (...) ont tenté de mener une nouvelle 'révolution de couleur', une opération de changement de régime contraire à la Constitution", a encore déclaré le ministre russe des Affaires étrangères qui s'exprimait à l'Institut des relations internationales (MGIMO), cité par les agences russes.

Moscou appelle "révolution de couleur" les changements de pouvoir comme la "révolution orange" en 2004 en Ukraine ou la "révolution de la Rose" en 2003 en Géorgie, qu'elle a accusé les Occidentaux d'avoir provoquées dans ces ex-républiques soviétiques.

"Par ailleurs, peu d'analystes sérieux doutent du fait qu'il ne s'agit pas du destin de l'Ukraine, on a simplement utilisé et on continue d'utiliser l'Ukraine comme un pion dans le jeu géopolitique", a ajouté M. Lavrov.

"Nos partenaires occidentaux, et avant tout les Etats-Unis, tentent de se comporter en vainqueurs de la Guerre froide et faire comme si on pouvait ne pas tenir compte de la Russie dans les affaires européennes et faire des choses portant directement préjudice aux intérêts de la Russie", a-t-il déclaré.

Il s'agit selon lui de poursuivre "la politique d'endiguement de notre pays, à laquelle dans le fond l'Occident n'a jamais renoncé".

Affirmations "ridicules"

Washington a réagi en qualifiant de "ridicules" les affirmations du ministre russe. "Les actions du gouvernement ukrainien sont une réponse légitime des autorités en réaction à la saisie illégale et armée de bâtiments et de plusieurs villes dans l'est de l'Ukraine", a souligné la porte-parole du département d'Etat Jennifer Psaki.

L'administration du président Obama étudie une requête du gouvernement intérimaire à Kiev qui souhaite recevoir une assistance armée de Washington. Mais "notre approche est plutôt à la désescalade, nous ne pensons pas qu'il y a une solution militaire sur le terrain", a insisté Mme Psaki.

L'opération antiterroriste, qui avait tourné à la déroute la semaine dernière, n'affiche pour l'instant qu'un succès modeste: la "libération" selon Kiev de Sviatoguirsk, une ville de 5000 habitants où les habitants incrédules n'avaient observé aucune occupation séparatiste.

Moscou a ensuite exigé le retrait des troupes ukrainiennes de l'Est et jugé "destructrice" l'organisation d'une élection présidentielle le 25 mai, comme prévu actuellement, sans dialogue avec les pro-russes.

Gazprom hausse le ton

A Kiev mardi, le vice-président américain Joe Biden a menacé la Russie d'"isolement" si elle continue de "soutenir" les insurgés.

Après son départ, Washington a annoncé l'envoi de 600 soldats en Pologne et dans les pays baltes, dont 150 hommes de la 173e brigade aéroportée sont arrivés dès mercredi à la base polonaise de Swidwin (nord-ouest). Le secrétaire d'Etat John Kerry a menacé Moscou de nouvelles sanctions.

De son côté, la société russe Gazprom a de nouveau brandi la menace gazière dénonçant les impayés "intolérables" de l'Ukraine, qui devraient atteindre 3,5 milliards de dollars début mai et risquent d'entraîner une coupure pure et simple des livraisons.

Le président par intérim Olexandre Tourtchinov a justifié la relance des opérations antiséparatistes dans l'Est par la découverte samedi de deux corps portant des traces de torture près de Slaviansk. L'un d'eux a été identifié comme étant celui de Volodymyr Rybak, élu local du parti pro-occidental de Ioulia Timochenko, Batkivchtchina (Patrie).

"Son corps portait de multiples coups de couteau. C'est horrible", a indiqué mercredi Olena Rybak, l'épouse de l'élu qui va être enterré jeudi.

Les services de sécurité (SBU) ont accusé un haut gradé des renseignements de l'état-major des armées russes (GRU) d'avoir commandité le meurtre.

Contrôlée par des hommes en armes, certains cagoulés et portant des uniformes sans insigne, Slaviansk, ville de plus de 100.000 habitants au nord de Donetsk, est devenue la place forte des séparatistes dans l'est de l'Ukraine.

Son "maire" autoproclamé Viatcheslav Ponomarev, qui a demandé à Vladimir Poutine d'envoyer des troupes russes pour protéger la population des nationalistes ukrainiens, y a décrété un couvre-feu depuis dimanche.

Un journaliste se trouvant sur place pour le site américain Vice News, Simon Ostrovsky, y est retenu depuis mardi par les séparatistes.

"Il se trouve dans une cellule de détention provisoire", a expliqué mercredi Viatcheslav Ponomarev. "C'est un journaliste provocateur", a-t-il ajouté.

A Washington, le département d'Etat s'est dit "très inquiet" de "l'enlèvement" du journaliste, qui a travaillé plusieurs années pour l'AFP en Azerbaïdjan.

Les Etats-Unis, qui accusent Moscou d'être derrière les troubles dans l'Est, ont produit des photos prouvant la supposée implication des forces russes sur place.

"Des photos truquées par ordinateur", a répliqué M. Lavrov. "Tout le monde utilise des armes légères russes en Ukraine, des kalachnikov et des pistolets Makarov, donc ce n'est pas très convaincant", a-t-il ajouté.

Le Kremlin a en revanche reconnu avoir massé ses troupes à la frontière ukrainienne en raison des tensions en Ukraine.


AFP

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