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Guerre en Ukraine

Ukraine : cinq scénarios pour en finir avec la guerre

29 juin 2022 à 04:59 - mise à jour 29 juin 2022 à 10:19Temps de lecture4 min
Par Natalie Massart

Poutine voulait vaincre l’Ukraine dans une "guerre éclair". Mais plus de quatre mois après le lancement des hostilités, c’est une guerre d’usure qui s’est installée. Défiant, le Kremlin assure aujourd’hui que son offensive en Ukraine prendrait fin avec la capitulation de l’Ukraine. Mais l’issue du conflit reste incertaine. Une seule certitude : elle se jouera au Donbass, dans la partie orientale de l’Ukraine. Y aura-t-il un vainqueur et un vaincu ? Qui réussira à faire plier l’autre ? Plusieurs scénarios se profilent. Analyse avec Julien Pomarède, chercheur en sciences politiques à l’ULB.

1) Victoire de la Russie

La Russie parvient à vaincre militairement l’Ukraine. En toute logique, le président russe disposera alors de deux options politiques : installer des gouvernements fantoches dans les républiques indépendantes ou annexer purement et simplement les provinces du Donbass et les rattacher à la Russie, comme il l’a fait avec la Crimée. "Dans ce dernier cas, précise Julien Pomarède, les Russes tenteront également de poursuivre leurs opérations vers Odessa jusqu’à la frontière moldave histoire d’y rattacher le littoral de la mer d’Azov."

Dans tous les cas de figure cependant, la Russie devra mobiliser d’importantes ressources militaires pour conserver le pouvoir. Car elle s’opposera en toute vraisemblance à une forte résistance de longue durée semblable à une guérilla. La victoire serait militaire mais la paix ne régnerait certainement pas en Ukraine.

Réaliste ?

Tout à fait, confirme Julien Pomarède, chercheur en sciences politiques à l’ULB. "Tout peut se jouer d’ici l’automne. Les prochains mois seront déterminants. Les forces ukrainiennes viennent de céder Severodonetsk, usées par la puissance de feu des Russes et le manque d’approvisionnement en armes ". Un repli stratégique, un revers pour Kiev qui permet à Vladimir Poutine d’avancer dans son plan de reconquête totale du Donbass mais qui ne remet pas pour autant en cause la stratégie défensive ukrainienne.

 

2) Victoire de l’Ukraine

L’Ukraine parvient à reconquérir ses territoires. Deux options sont alors possibles selon Julien Pomarède. Soit les forces armées ukrainiennes, avec l’aide logistique des pays occidentaux, parviennent à repousser les unités russes au-delà des frontières séparatistes reconnues par Moscou ; les deux républiques continuent à exister et à être soutenues par Moscou. Soit, et c’est l’option la plus ambitieuse mais la plus improbable analyse le chercheur, les Ukrainiens prennent tout le Donbass et repoussent les Russes hors de Crimée. Tout le Donbass serait libéré.

Réaliste ?

Plausible. "Car", explique Julien Pomarède, "les troupes russes sont en grand état de fatigue, tirent beaucoup d’obus quotidiennement. L’inconnue c’est l’ampleur de leur arsenal et leur endurance matérielle. Les Russes pourraient se retrouver à sec et s’effondrer. Ce scénario inquiète les responsables politiques : Vladimir Poutine, confronté à une défaite militaire conventionnelle ne choisirait-il pas l’escalade avec le recours aux armes chimiques et nucléaires dont dispose la Russie ?

3) Escalade de la guerre

Les Russes se sont repliés dans le Donbass parce qu’ils ont réalisé qu’ils ne pouvaient pas monter en intensité dans l’état actuel de la situation analyse le chercheur de l’ULB. Un bombardement volontaire ou accidentel d’un pays de l’OTAN ou l’utilisation d’armes chimiques, biologiques ou même nucléaires entraînerait une escalade, voire une troisième guerre mondiale.

Réaliste ?

Peu probable. L’utilisation par les Russes d’armes biologiques ou nucléaires toucherait tout le monde, les ennemis comme leurs propres troupes et manqueraient donc leur but. Julien Pomarède n’y croit pas ". Les Russes ne prendront pas le risque de tout contaminer mortellement, y compris leurs unités dans un environnement aussi restreint. " En revanche, " si Poutine parvenait à étendre son avancée jusqu’aux frontières de l’OTAN, ce risque d’escalade involontaire pourrait à nouveau augmenter de manière significative et intensifier encore la pression politique sur l’OTAN ".

4) Enlisement

La guerre pourrait se poursuivre pendant des mois, voire des années. Une guerre de "positions" plutôt que de "mouvement" pourrait s’installer alors qu’aucun des deux camps n’est prêt à abandonner. Le chef du Kremlin pense avoir tout à gagner à faire preuve d’une patience stratégique. En attendant patiemment que la fatigue gagne les Occidentaux, Vladimir Poutine mettrait sous sa coupe les régions occupées avec tous les bénéfices économiques et démographiques qui en découlent.

Réaliste ?

"L’enlisement on y est déjà, affirme Julien Pomarède, surtout du côté russe. La situation dans le Donbass est une situation d’enlisement à proprement parler et il faudra du temps avant qu’elle ne se décante ". Mais alors que les experts militaires estiment qu’aucun des belligérants n’a démontré sa capacité à porter un coup stratégiquement décisif, la Russie reste défiante. Elle affirme aujourd’hui qu’elle arrêtera son offensive quand l’Ukraine capitulera. La partie ukrainienne peut mettre fin au conflit dans la journée juge le Kremlin. Il faut, dit-il, ordonner aux unités nationalistes de déposer les armes, il faut ordonner aux soldats ukrainiens de déposer les armes et il faut mettre en œuvre toutes les conditions fixées par la Russie. Alors tout sera fini en une journée estime Dmitri Peskov, le porte-parole de Vladimir Poutine.

5) Issue négociée

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky déclarait fin mai encore que la guerre ne pourrait prendre fin que par des biais "diplomatiques".

Réaliste ?

Souhaitable mais peu probable pour le moment. " La Russie ne peut ni ne doit gagner " déclarait le chef de l’État français ce lundi 27 juin à l’issue de la réunion du G7 en Allemagne. Les chefs d’État et de gouvernement des économies mondiales les plus avancées assurent ne pas vouloir une victoire de la Russie et promettent d’accroître la pression sur Vladimir Poutine. "Supprimer totalement l’approvisionnement en gaz russe serait une mesure drastique de la part des Occidentaux estime Julien Pomarède. Elle porterait un vrai coup dur à l’économie russe. Mais cette option est peu réaliste ajoute-t-il, en raison des répercussions impopulaires de telles mesures sur leurs opinions publiques. Les Européens ne parviendront pas à se mettre d’accord ".

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