Guerre en Ukraine

Ukraine : 21 morts dans des frappes de bombardiers stratégiques près d’Odessa

01 juil. 2022 à 19:50Temps de lecture5 min
Par AFP, édité par Marie-Laure Mathot

Au moins 21 personnes ont été tuées vendredi lors de frappes de bombardiers stratégiques en pleine nuit sur des immeubles de la région d’Odessa, dans le sud de l’Ukraine, un nouvel acte de "terreur" russe selon le président Volodymyr Zelensky.

Selon le commandement ukrainien du front sud, ce sont des appareils de type Tupolev Tu-22, des bombardiers stratégiques datant de la guerre froide et conçus pour emporter des charges nucléaires, qui ont lâché depuis la mer Noire des missiles Kh-22 contre un immeuble d’habitation et des bâtiments touristiques.

Selon un dernier bilan publié sur Telegram par les services de secours avec des photos d’un immeuble en grande partie détruit, la frappe sur l’immeuble d’habitation a fait 16 morts et 38 blessés dont 6 enfants, celle contre le centre touristique a fait 5 morts dont un enfant, et un blessé.

Un précédent bilan faisait état de 19 morts.

L’immeuble de neuf étages où la frappe a fait le plus de victimes se trouve dans la région de Bilgorod-Dniester, à environ 80 km au sud d’Odessa, selon le porte-parole de l’administration régionale, Serguiï Bratchouk.

Une terreur russe

"C’est une frappe ciblée et délibérée de la Russie, soyons francs une terreur russe contre nos villes et nos villages, contre notre population, adultes et enfants", a dénoncé le président Volodymyr Zelensky, recevant à Kiev le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Store.

"J’appelle nos partenaires à fournir à l’Ukraine des systèmes de défense antimissiles aussi tôt que possible. Aidez-nous à sauver des vies", a de son côté écrit sur Twitter le ministre des Affaires étrangères Dmytro Kouleba, qualifiant la Russie d'"Etat terroriste".

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, interrogé sur le sujet, a assuré que "les forces armées russes n’opèrent pas sur des cibles civiles" en Ukraine.

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"La partie russe, qui parle une nouvelle fois de dommages collatéraux, est inhumaine et cynique", a commenté à Berlin le porte-parole du gouvernement allemand Steffen Hebestreit.

"Cela nous montre encore une fois de manière cruelle que l’agresseur russe accepte délibérément la mort de civils", a-t-il ajouté, appelant la "population russe (à) enfin faire face à cette vérité".

Les missiles Kh-22 employés vendredi dans ces frappes selon les militaires ukrainiens sont des missiles de croisière antinavire soviétiques datant de la guerre froide, conçus pour frapper un groupe aéronaval.

Ce sont, selon l’armée ukrainienne, des missiles du même type qui avaient frappé un centre commercial en pleine journée lundi à Krementchouk, dans le centre de l’Ukraine à 200 km du front, y faisant au moins 19 morts selon les derniers bilans.

Vendredi également, le gouverneur de la région de Mykolaïv, Vitaliy Kim, a fait état du tir de 12 missiles par les forces russes contre cette zone du sud de l’Ukraine. Il n’a pas communiqué de bilan.

Ces nouvelles frappes meurtrières surviennent au lendemain de la clôture d’un sommet de l’Otan à Madrid lors duquel les membres de l’Alliance, Etats-Unis en tête, ont assuré l’Ukraine de leur soutien indéfectible face à la Russie, et ont annoncé de nouvelles aides militaires.

10 milliards de couronnes

La Norvège a annoncé à son tour vendredi une aide de 10 milliards de couronnes (près d’un milliard d’euros) à l’Ukraine, notamment pour des armes.

Réagissant à la feuille de route stratégique que venait d’adopter l’Alliance atlantique à Madrid, qui désigne désormais la Russie comme "la menace la plus significative et directe", le ministre russe des Affaires étrangères a estimé jeudi à Minsk que c’est un nouveau "rideau de fer" qui est "en train de s’abattre" entre la Russie et l’Occident.

C’est aussi jeudi que les Ukrainiens ont infligé un camouflet aux forces russes en mer Noire, en les contraignant sous le feu de leur artillerie à abandonner l’Ile aux serpents, un îlot rocheux ukrainien au sud-ouest d’Odessa et face à l’embouchure du Danube, essentiel pour contrôler le trafic maritime notamment nécessaire pour exporter les millions de tonnes de céréales qui dorment dans les silos ukrainiens.

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"L’île aux Serpents est un point stratégique et cela change considérablement la situation en mer Noire", a estimé M. Zelensky.

En revanche, il a admis que la situation demeurait "extrêmement difficile" à Lyssytchansk, ville du bassin industriel du Donbass, région de l’Est où se concentre la majeure partie des combats.

"Les forces (russes) sont arrivées aux portes de Lyssytchansk. L’armée ukrainienne subit de lourdes pertes", a affirmé le ministère russe de la Défense dans un communiqué vendredi.

Les Russes "tentent d’encercler notre armée par le sud et l’ouest" près de la ville, a confirmé sur Telegram Serguiï Gaïdaï, gouverneur de la région de Lougansk.

De jour comme de nuit

"Ça bombarde de jour comme de nuit", a témoigné, à Siversk, à une vingtaine de kilomètres de Lyssytchank une habitante qui refusait d’être nommée, au pied de son immeuble.

Lyssytchansk est la dernière grande cité à ne pas être encore aux mains des Russes dans la région de Lougansk, l’une des deux provinces du Donbass, que Moscou entend entièrement contrôler.

Dans la région de Kharkiv (nord-est), le gouverneur Oleg Sinegoubov a signalé vendredi quatre morts et trois blessés ces dernières 24 heures.

A Kherson, dans le Sud, des hélicoptères ukrainiens ont frappé "une concentration de troupes et équipement militaires de l’ennemi" près de Bilozerka, a indiqué vendredi l’armée ukrainienne, faisant état de "35 morts" parmi les soldats russes et de blindés ennemis détruits.

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Sur le front diplomatique, la présidente de la Commission européenne Ursula van der Leyen, s’adressant vendredi par vidéo au Parlement ukrainien, l’a appelé à accélérer ses réformes contre la corruption, dans le cadre de sa candidature à l’UE acceptée la semaine dernière par les dirigeants des 27 Etats membres de l’Union.

Elle a aussi salué l’adoption d’une loi visant à défaire "l’influence excessive des oligarques sur l’économie", et demandé l’adoption d’une "loi sur les médias, qui rende la législation ukrainienne conforme aux normes de l’Union européenne".

"Maintenant nous sommes ensemble" et c’est "un grand honneur et une grande responsabilité", a déclaré le président Zelensky devant le parlement, soulignant que "l’Ukraine se bat pour choisir ses valeurs, pour être dans la famille européenne".

Enfin, Kiev a remporté vendredi une bataille symbolique sur la Russie, l’Unesco reconnaissant que l’invasion russe mettait en péril la culture ukrainienne du borchtch, une soupe aux betteraves et à la viande préparée des deux côtés de la frontière.

L’organisme des Nations-Unies pour la culture a placé le borchtch ukrainien, sur sa liste du patrimoine mondial immatériel en péril.

"L’existence de cette soupe en elle-même certes n’est pas en péril en soi, mais c’est le patrimoine humain et vivant qui est associé au borchtch qui est lui en péril immédiat" à cause de la guerre, selon l’Unesco.

"A nous la victoire dans la guerre du borchtch", a réagi sur Telegram le ministre ukrainien de la Culture Oleksandr Tkatchenko.

Moscou a dénoncé une illustration culinaire du "nationalisme kiévien".

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