Turquie: les méga chantiers du président turc Erdogan au ralenti

Le Président turc Recep Tayyip Erdogan en plein meeting le 19 septembre dernier à Ankara.

© ADEM ALTAN - AFP

22 sept. 2018 à 06:30Temps de lecture2 min
Par Alexandre Billette

La crise économique frappe durement la Turquie. L’inflation explose, la devise turque s’est effondrée cet été. Une crise qui menace aussi les grands projets d’infrastructure voulus par le président Recep Tayyip Erdogan.

L'aéroport d'Istanbul

Les effets de cette crise sont notamment visibles sur le chantier du méga aéroport d’Istanbul qui devrait ouvrir dans quelques semaines et où des ouvriers se plaignent des mauvaises conditions de travail. Ils ont manifesté et des dizaines d’entre eux ont été écroués.

Des centaines de personnes ont ainsi été placées en garde à vue après une manifestation pour dénoncer les mauvaises conditions de travail et 24 ont été écrouées pour atteinte aux propriétés de l’état et résistance aux forces de l’ordre.

De vives tensions se sont cristallisées autour de ce projet qui est très important aux yeux de Recep Tayyip Erdogan. C'est le plus gros aéroport au monde et près de 40.000 personnes ont participé à son chantier. Les conditions de travail y sont catastrophiques selon certains syndicats qui dénoncent 400 accidents mortels parmi les travailleurs. 

Contexte grave

La contestation, assez rare en Turquie, s’inscrit dans une période de début de profonde crise économique. Une crise dont on commence à voir les effets aujourd’hui et qui risque justement de frapper très fort les grandes infrastructures lancées par Recep Tayyip Erdogan. 

Est-ce que cette crise pourrait aller jusqu’à compromettre la livraison de ces méga projets voulus par le président turc ?  Recep Tayyip Erdogan a annoncé il y a une semaine qu’il n’y aurait pas d’autres méga projets lancés en Turquie et, pour ce qui est des projets en route, les autorités affirment que seuls les chantiers qui ont été complétés à plus de 70% seront maintenus. 

Pour le nouvel aéroport d’Istanbul mais aussi par exemple, pour le Canal Istanbul qui doit être lancé en janvier, Ankara confirme qu’ils seront portés à terme. Mais ce gel des projets indique à quel point Ankara commence à prendre la mesure de l’ampleur de la crise économique qui menace.

Conséquences sur la population

Les effets de la crise ne se limitent pas aux grands chantiers : inflation, fermeture d’entreprises… Les Turcs commencent à sentir concrètement, au quotidien, qu’ils s’enfoncent dans la crise.

Les prix flambent sur les produits importés puisque la livre turque s’est effondrée… Et comme la Turquie importe beaucoup, cela donne des produits de consommation courante avec une hausse de parfois 25-30 % sur par rapport à cet été. 

Enfin, c’est le début d'une vague de fermetures aussi : des entreprises mettent la clé sous la porte ou font de nombreuses restrictions. Un exemple parmi d’autres : plusieurs journaux ont décidé de réduire leur pagination de moitié, pour faire face à la hausse des prix du papier.