Trop nombreux à Bruxelles et en Wallonie, les patients Covid pas assez répartis, dénoncent les professionnels de la santé

Trop de malades Covid à Bruxelles et en Wallonie, pas assez de répartition dans l'ensemble du pays. Les professionnels de la santé tirent la sonnette d'alarme

© PATRICIA DE MELO MOREIRA - AFP

23 oct. 2020 à 14:24 - mise à jour 23 oct. 2020 à 14:24Temps de lecture4 min
Par Lucie Dendooven

A l’annonce des nouvelles mesures décidées par le Comité de concertation, beaucoup de professionnels de la santé ont réagi négativement.  Leila Belkir  est virologue à l’hôpital universitaire Saint-Luc, à Bruxelles. Elle ne comprend pas l’ordre de priorité du Gouvernement: " Nous attendions des mesures beaucoup plus fortes que celles prises aujourd’hui. Nous ne comprenons pas le maintien de certaines activités. aussi peu essentielles  que les visites de zoo ou les compétitions sportives. Aujourd’hui, nous devons reprendre, ensemble, le contrôle de cette épidémie. La situation dans les hôpitaux est grave. Il faut faire un break par rapport à ce qui n’est pas essentiel dans la vie quotidienne. "

Philippe Devos, Président de l'Absym: "Nous réfléchissons au scénario du pire"

Philippe Devos est le Président de l’association belge des syndicats médicaux mais également le chef des soins intensifs du CHC de Liège. Aujourd’hui, comme beaucoup de ses confrères, il se dit résigné en voyant la masse de patients qui déboulent dans son service.

Aux dernières décisions politiques, il réplique : " J’espère que le premier ministre a raison car il fait un pari sur la vie des personnes. Je sais que la capacité maximale à soigner dans mon unité de soins intensifs sera atteinte dans 15 jours si les mesures prises échouent. Hier, mes infirmières après avoir passé huit heures en service de soins intensifs, ont passé huit autres heures pour monter une nouvelle unité de soins intensifs. Nous bossons, c’est tout. Aujourd’hui, j’en appelle au bon sens individuel. J’espère les gens s’abstiendront de voir d’autres personnes s’ils présentent des symptômes. "

La semaine dernière, son service a pu évacuer un certain nombre de patients vers d’autres hôpitaux, notamment à Tongres, Tirlemont, Leuven ou Hasselt. Il n’empêche, il constate toujours une différence énorme de prise en charge des patients covid : "Si nous comparons Liège et le Limbourg, il existe encore un ratio 4/1 au niveau du nombre de malades covid aux soins intensifs. Il y a donc toujours un gros déséquilibre et une forte disponibilité de lits dans le Limbourg. Mon objectif reste le même : ne pas déborder et ne pas devoir trier les patients. Aujourd’hui, nous réfléchissons à un scénario Lombardie. Nous réfléchissons au scénario du pire. Ce serait une erreur de ne pas y songer. L’idée d’ouvrir un hôpital en concertation avec la ville de Liège est sur la table.".

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Pas assez de répartition des malades Covid dans l'ensemble des services hospitaliers

Même son de cloche au CHU Saint-Pierre à Bruxelles. Isabelle Loeb, sa directrice médicale ne cache pas son inquiétude : " Il est évident que si nous continuons à être noyés de patients covid, tout le reste de la santé va être négligé. C’est un vrai problème de santé publique. Aujourd’hui, la prise en charge des pathologies courantes est à nouveau remise en question ".

Mais cette fois, contrairement à la 1ère vague épidémique de mars dernier, les hôpitaux continuent à accueillir les deux types de patients : les patients Covid et les autres. En somme, ils doivent jongler avec deux balles dans leurs mains et l’une des deux devient de plus en plus lourde. Isabelle Loeb s’interroge aussi sur la répartition de la prise en charge des patients entre les différents hôpitaux. " Nous savons qu’il y a aujourd’hui entre 30% et 35% d’occupation de lits par des malades Covid dans l’ensemble du pays mais à Bruxelles et Liège , nous approchons déjà les 50%.. Il est donc clair que dans d’autres parties du pays, ils sont plus proches des 10 à 15%. Demain, notre hôpital devra arrêter de soigner d’autres patients sinon nous serons complètement dépassés. La régulation des transferts de patients existe mais il n’y a pas d’autorité pour imposer le transfert. Nous travaillons sans pilote fédéral. Il n’y a pas d’autorité qui tranche et impose. Nous demandons une sorte de cellule de gestion de la répartition de l’occupation des lits dans l’ensemble du pays. Si nous voulons une solidarité dans le pays, nous devons réguler le flux de malades et répartir la charge sur l’ensemble du pays".

" Garder des lits et ne pas les mettre à disposition c’est du passé !

S’il n’y a pas de cellule de gestion en mesure de trancher et imposer des transferts, il existe bel et bien un service de facilitation au SPF Santé.  

Marcel Van der Auwera, est le président de " Hospitals and transport search capacity. Aidé de deux militaires, il veille à la facilitation des transferts de patients d’un hôpital à l’autre mais il précise qu’il n’a pas de capacité contraignante. Il nous explique : " La loi de 1964 nous permet de réquisitionner un hôpital pour l’accueil et les soins en urgence. Dès que le patient a intégré un service d’urgence, nous n’avons plus de pouvoir d’imposition. Aujourd’hui les demandes de transfert se font par facilitation et négociation. Cependant , depuis début octobre, nous avons pu faciliter 250 transferts. Les hôpitaux s’arrangent aussi entre eux sans que nous intervenions. Nous voyons qu’il reste une capacité en Flandre qui n’est pas encore remplie. Quant à parler de refus de transfert, nous ne pouvons pas dire ça. Beaucoup de critères interviennent pour qu’un patient puisse être transféré, le feu vert du médecin traitant, de la famille et ensuite l’hôpital qui pourrait accueillir. Souvent, il y a des refus de transfert pour des raisons médicales et familiales. Certains hôpitaux ont refusé d’accueillir des patients par le passé mais aujourd’hui, c’est du passé, les institutions sont aujourd’hui solidaires. "

Quant à savoir s’il estime nécessaire de légiférer pour imposer des transferts de patients covid , l’homme juge que ce serait une bonne solution en théorie mais pas en pratique car les décisions appartiennent toujours en dernier ressort au médecin et à la famille. . Il conclut :  " Nous ne pouvons l’imposer que lorsque nous voyons qu’il faut soulager une région et transférer là où il reste de la disponibilité.

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