RTBFPasser au contenu

Scène - Accueil

Trois performances magistrales pour inaugurer le KFDA 2014.

KFDA 2014 100% Bruxelles Rimini Protokoll
09 mai 2014 à 16:415 min
Par Christian Jade

 

Critique.

100% Bruxelles ou la statistique fait bon ménage avec l’humour. :****

Le pari me laissait sceptique : rassembler une centaine de Bruxellois de toutes origines, âges, sexes, familles, résidences pour rendre "concrètes", humaines les données mathématiques. Eh bien ça marche ! Pour les différences sexuelles, le casting a même trouvé un "transgenre"! Bien joué. Première étape: après l introduction sobre d’un vrai statisticien, chacun des 100 se présente brièvement, puis des groupes se forment et se déforment selon un questionnaire bien rythmé.

Seuls bémols: chacun se présente dans trois langues, français, néerlandais ou anglais. Dommage , avec autant de nationalités à Bruxelles (plus de 170), qu’on n’ait pas "entendu" un peu d’arabe, de turc, de farsi de japonais ou de lingala, puisqu’un panneau de traduction était disponible. Et la "couleur" d’une langue, quel bel atout supplémentaire. Le panel semblait également "surreprésenter" la langue néerlandaise, les 10% actuels de Bruxelles multipliés par trois : une préfiguration de Bruxelles 2030 où tous les étrangers "adoptés" parleront le néerlandais? Puisque le directeur du KFDA a mis son festival dans la perspective des élections du 25 mai, voilà mes observations de spectateur "citoyen"! Mais trêve de remarques journalistiques "objectives".

Ce spectacle vaut le déplacement parce qu’il est chaleureux, professionnellement très bien mené, informatif et drôle.

Chaleureux

car comment résister non seulement aux frimousses des marmots incroyablement "sages" pendant deux heures mais à ces ados, adultes, vieux et vieilles qui viennent étaler avec un naturel confondant leurs contradictions et leurs différences. Il émane de ce spectacle une empathie vraiment communicative pour ce " patchwork humain".

Professionnellement impeccable

Si cette empathie fonctionne c’est que cette masse de non-professionnels se meut dans un dispositif scénique simple, donc facile à pratiquer et nuancé. Une caméra prend la foule de haut et visualise de façon précise, poétique et rythmée et les 19 communes et les grands écarts d’opinion dans le groupe sur quelques questions pointues, dont le racisme, la démocratie, le sexe, la mort, la prison. Quand l’intérêt de ces questions parfois répétitives faiblit un orchestre vient soutenir le rythme.

Informatif

Les statistiques -nuancées par le témoignage d’individus bourrés de naturel, d’hésitations et de douleurs/joies exprimées, prennent une tout autre allure : on lit l’information à même la peau, le regard, le vécu, outre la visualisation plus mathématique des groupes par vidéo. Ce mélange des genres, abstraction des chiffres, vécus par des corps est la clef de notre plaisir collectif.

Humoristique

Enfin, rien n’est définitif, affirmatif, didactique. On nous propose un jeu intelligent, mais qui ne se prend pas au sérieux : cette distance humoristique finale a achevé de me conquérir, comme la salle, enthousiaste, renvoyant sa bonne humeur à ces 100 Bruxellois, témoins touchants des contradictions du tissu urbain, humain.

Christian Jade (RTBF.be)

100% BRUXELLES (Rimini Protokoll) jusqu’au 11 mai. www.kfda.be

 

 

"Quarante-et-un" : Transquinquennal s’attaque à la «beauté». Un «catalogue» souvent drôle.

KFDA 2014."Quarante et un". Transquinquennal

Critique : ***

La spécialité de Transquinquennal c’est de s’attaquer à un sujet "cliché" et de retourner le gant, avec un goût du paradoxe qui réjouit, des illogismes feints, des contradictions voulues et une "gouaille" souvent bienvenue. Gouaille appliqué à Transquinquennal, un paradoxe de plus ? Vous avez dit "gouaille"? Esprit frondeur français "populaire", style Gavroche ? Eh bien ça leur va comme un gant. Le petit Robert confirme: "effronterie, goguenardise, insolence, moquerie ".Ca commence avec le titre qui ne veut rien dire sinon qu’il est leur "opus 41" et que leur ligne de bus préférée est la ligne 41 parce que l’arrêt central s’appelle "Bien-Faire". "Bien-Faire" comme but final du groupe ! Ah bon ! De fait le spectacle, qui porte ouvertement sur le "Beau" commence et finit sur un cliché : une ravissante asiatique en costume exotique chante 5 mn puis s’arrête. Cinq minutes pour laisser entrer… les retardataires et se distancier, of course, du beau. La chute sera à l’image de l’accroche : la jolie chanteuse devient une danseuse et on propose au public de quitter la salle pendant qu’elle danse, que le "beau"/cliché défile. Le public ne s’est pas fait prier tout comme il a répondu "favorablement" à une autre " provocation", une question au public : ce spectacle est-il " beau "?: 1 oui. Est-il "bon": 6 oui (sur 300 spectateurs). Dans l’interview au KFDA, le groupe confirme que son esthétique c’est celle de la "liste" : de fait on verra "41" propositions scéniques de longueur et d’intensité variable avec trois ou quatre moments forts : les trois "surfeurs" méditant sur l’esthétique et la logique sociétale de leur passion, un morceau d’anthologie. Une Venus de Boticelli "tombée" de son cadre et qui, vivante, incarnée, rappelle plutôt la "naisssance du monde" de Courbet. Facile? Efficace! Un trio de filles délicieuses méditant sur la "pipe", non de Magritte mais la préparation du phallus à son action "traditionnelle". Ou la grivoiserie transformée en méditation….esthétique. Accessibles à tous les publics ces "gags". Et puis ce discours final, plus difficile, porté par la grande Nathalie Cornet, sorte de parodie du discours esthétique prétentieux. Entre ces moments forts un tissu de petites performances où chaque acteur a son moment de beauté ou d’insolence. Un "opus" de Transquinquennal qui dépasse la cible de ses "habitués".

Christian Jade (RTBF.be)

 

Quarante-et-un : Transquinquennal jusqu’au 8 mai au KFDA. Repris au Varia une saison prochaine ?

"The monk from the Tang Dynasty" : éloge de la lenteur.

"The monk from the Tang Dynasty" . Tsai-Ming-liang

Tsai-Ming-liang, cinéaste taiwanais, invité vedette de ce festival, est honoré sous trois formes : une projection de la majorité de ses films au cinéma Galeries, pendant le festival. Une installation, dans ce même cinéma, Walker où on voit un moine bouddhiste se déplacer avec lenteur dans un environnement urbain saturé qu’il défie par sa seule présence.

La performance The monk from the Tang Dynasty, dans l’espace surprenant du cinéma Marivaux désaffecté vise à nous communiquer le même message : la lenteur et la méditation comme remède spirituel et concret à la précipitation de nos vies. Une performance comme une invitation à la prière, à la concentration, à la création artistique aussi. Ici la réflexion sur la beauté n’est ni sarcastique, comme avec Transquinquennal, ni esthétique mais philosophique. La rigueur de ce spectacle qui nous sort de nos habitudes a fasciné presque deux heures un public qui n’a pas émis un seul toussotement. Un moine s’endort sur une grande feuille blanche et un artiste dessine autour de lui au fusain des formes élégantes puis une sorte d’arbre de vie. Dans un second tableau plusieurs assistants dessineront sur une autre grande feuille blanche des lignes traçant le voyage imaginaire du moine à travers un immense espace chinois pour y prêcher la bonne parole bouddhique. Puis le moine s’éloigne, laissant à notre imaginaire le soin de conclure. C’est beau, d’une douce intensité : on entre ou pas dans cette proposition qui dérange nos habitudes.. C’est pour ce genre de spectacle qu’on aime le Kunsten.

The monk from the Tang Dynasty: de Tsai-Ming-liang.jusqu’au 7 mai.

Voir aussi la performance Walker au cinéma les Galeries et une rétrospective de ses œuvres ciné aux Galeries, les deux jusqu’au 24 mai www.kfda.beChristian Jade (RTB F.be)

Christian Jade (RTBF.be)

Articles recommandés pour vous