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"Trilogie de l'Enfer" (Martine Wyckaert) : filiation, lyrisme planétaire et sarcasme.

Yvette Poirier dans Trilogie de l'enfer de Martine Wyckaert
15 févr. 2014 à 19:182 min
Par Christian Jade

Martine Wyckaert est multiple : metteuse en scène mythique de la "Pilule Verte" de Witkiewicz, fondatrice et directrice de la Balsamine puis artiste associée, elle est devenue écrivaine /metteuse en scène. Depuis 2005 (Table des matières) elle ne met plus en scène que ses propres textes. Elle y projette dans un imaginaire meublé de fulgurances poétiques son "histoire de famille", plus mythique que réelle, avec des éclats de tendresse, noyés dans des vagues de trivialité biologique.

Dans la première partie, "En dessous de l’enfer, l’amour" Simone, une mère morte, sur le point d’être enterrée, enfermée dans un petit intérieur flamand en trompe l’œil, mais parlant du fond de son cercueil- dialogue pour la dernière fois avec sa fille Béatrice, qui surgira ensuite en …éléphanteau. Chez Wyckaert la famille humaine est un zoo comme les autres, plutôt comique, dans ce cas. Une remarquables actrice s’approprie un texte polyphonique : Yvette Poirier, voix rauque, robe fleurie, en mère, joue la monotonie, avec et une scansion du texte qui oblige à prêter l’oreille.

" Ce céleste acrobate, ce singe héroïque, jailli tout droit de la pénombre du quotidien, c’était ton père…il m’a séduite à l’âge de 14 ans…qu’est-ce que le cœur de l’amour ?...Le cœur est une viande qui se mange, un muscle rouge et compact. …Mais enfin, toi qui n’a ni foi ni amour…voilà que tu te mets à me poser ce genre de question, toi, Béatrice. ".

Dialogue aigre doux avec la mère qui se poursuivra dans la deuxième partie, "L’enfer, l’alcool", où le décor bascule : une immense table renversée, de grands verres de vin au sol et des apparitions cosmiques accompagneront le rêve non plus mortel mais éthylique de "l’éléphant gris…qui se voir en rose". Incarnée par Véronique Dumont, toute gouaille dehors, pour poser sur le plateau son avatar, Béatrice, la fille, règle son compte avec le cercueil de sa mère: ".sortez donc le corps profané de là, séchez et briquez de neuf la caisse et laissez l’autre au trou qu’elle a elle-même souillé, lancez-lui de la chaux vive sur le râble et une bouteille de gnôle pour la route… "

Le dialogue fictif avec le père, dans l’antichambre du néant est un peu plus complice, presque tendre : " Tu as dû, mon enfant, gaspiller toute ta durée, ratant toutes tes cibles…c’est précisément dans cet échec à la cible que nous conversons enfin, cher ange…ta chère vieille tête imbibée de gnôle et de tabac vulgaire vient réclamer une si tardive créance filiale…"

.Dans la troisième partie, " Au-dessus de l’Enfer, la guerre ", une nouvelle interprète, Héloïse Jadoul, incarne " la toute jeune Béatrice " et s’envole dans un lyrisme cosmique, soutenue, comme dans les deux autres parties, par une scénographie d’une inventivité de chaque instant de Valérie Jung : elle permet au texte de Martine Wyckaert, parfois aride, volontairement ésotérique de rattraper notre écoute, parfois dispersée.

En somme, Martine Wyckaert projette les fulgurances d’une langue éclatée, dynamisée par de grandes interprètes, nous emportant dans le rêve d’une scénographe d’exception, Valérie Jung.

Parmi les spectateurs, beaucoup d’appelés, peu d’élus: il faut s’accrocher, se laisser apprivoiser par l’ensemble qui réserve de belles surprises.

Trilogie de l’enfer, de Martine Wyckaert,

- à la Balsamine jusqu’au 15 février.

www.balsamine.be

-du 11 au 15 mars au Théâtre de Liège, www.theatredeliege.be

Christian Jade (RTBF.be)

 

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