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Tribunal correctionnel de Mons : des go-fast entre l’Espagne et le Borinage

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Le Tribunal Correctionnel de Mons juge depuis mardi et pour trois jours, trente-neuf personnes (dont deux détenus), prévenus dans le cadre d’un trafic de cannabis entre l’Espagne la Belgique, et plus particulièrement dans la région de Mons-Borinage.

Le ministère public parle d’un trafic de plusieurs tonnes de cannabis, bien que les policiers n’aient saisi que cent kilos, à peine.

Mardi matin, le président Laurent Schretter a procédé à l’instruction d’audience. Les uns nient toute implication dans les faits, les autres font des aveux partiels, prenant soin de ne pas reconnaître l’association criminelle, circonstance aggravante en droit.

En début d’après-midi, Thiébaut Ruth, substitut du procureur du roi a requis dans le cadre de ce dossier, compilé dans une trentaine de cartons. Le magistrat a frappé fort, réclamant des peines lourdes.

Bar à chichas

L’affaire débute en avril 2019. La police est informée qu’un bar à chichas d’Hornu servirait de plateforme pour un important trafic de cannabis. Des jeunes de la région de Mons remontent régulièrement de la drogue d’Espagne, à bord de bolides circulant à vive allure. Des repérages sont mis en place et les suspects sont surveillés, placés sous écoute.

Un appartement sous surveillance

En novembre 2019, un appartement situé le long de la rue de l’Abbaye à Saint-Ghislain est placé sous surveillance policière. Il est loué par un homme, mais le bail a été signé par son frère. Les policiers constatent un va-et-vient important de gens connus dans le milieu des stupéfiants, et le transfert de nombreux sacs-poubelles.

Le 29 janvier 2020, un Montois est arrêté à Bayonne. Les douaniers français retrouvent 120 kilos de cannabis dans sa voiture. Selon le ministère public, il y a eu huit convois organisés entre novembre 2019 et le début de la pandémie.

Autre organisation avec le Covid

Avec le Covid, l’Espagne a fermé ses frontières. Les trafiquants ont dû changer de mode de transport. Dès juillet 2020, la drogue est cachée dans des camions, qui déchargent leurs marchandises dans un entrepôt de la rue de la Hamaide à Saint-Ghislain.

Pour le ministère public, les investigations menées en Espagne dans des villas occupées par des suspects, les écoutes téléphoniques, les écoutes directes prouvent qu’il y a eu un trafic très bien organisé. Le parquet estime que l’argent était ensuite blanchi dans un bar à chichas à Hornu, où 30.000 euros ont été investis, et dans une concession automobile nébuleuse.

Les enquêteurs découvrent aussi que certains prévenus se rendent souvent en Espagne. Les prévenus répondent qu’ils se rendaient dans la Sierra Nevada… pour skier.

Lourdes peines

Une peine de huit ans de prison ferme a été réclamée contre le dirigeant présumé de l’association, déjà condamné à trois ans avec sursis à Anvers pour avoir détenu 17 kilos de cannabis. Le prévenu conteste, arguant qu’il travaillait dans un casino et qu’il n’avait pas besoin de trafiquer de la drogue.

Une peine de six ans de prison ferme a été réclamée contre l’homme qui est considéré comme le bras droit du premier prévenu. C’est lui qui aurait organisé les transferts par camions. Le procureur regrette que ce prévenu ait été libéré par la chambre des mises en accusation, sous le motif qu’il a été embauché comme entraîneur de football dans une équipe de la région. " C’est purement opportuniste ", a déclaré le substitut du procureur.

Des peines de cinq, quatre, trois ans ont été réclamées contre les autres prévenus qui, selon le ministère public, avait un rôle bien défini dans l’organisation.

La Défense

La défense plaidera ce mercredi et jeudi. Mardi, de nombreux avocats étaient prêts à entrer dans l’arène pour démonter les arguments du ministère public. "Il n’y a rien dans ce dossier, que des suppositions", confie l’un d’eux. Lors des perquisitions, pas un gramme de cannabis n’a été saisi, a confirmé le Parquet. Il n’y a eu aucun flagrant délit non plus, sauf pour les gens arrêtés en France et jugés Outre-Quiévrain.

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