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"Triangle of Sadness", un film de Ruben Östlund Palme d’Or au dernier Festival de Cannes

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27 sept. 2022 à 04:00Temps de lecture2 min
Par L'Agenda Ciné

Karl Marx revisité par les Marx Brothers

Carl et Yaya. Ils sont beaux. Ils sont mannequins. Et ils sont en couple. Carl court les castings plus ou moins humiliants où se pressent tout un tas de beaux gosses comme lui et où il peine à faire la différence. Yaya s’en sort beaucoup mieux, car c’est bien connu (et rare pour le souligner !), dans le mannequinat les femmes sont mieux payées que les hommes. En bonne influenceuse qu’elle est également, Yaya vit une vie pratiquement tous frais payés. C’est d’ailleurs le cas pour cette croisière de luxe où, au lendemain de la Fashion Week, elle est Carl sont invités.

Sur ce superbe yacht, le commandant de bord est aux abonnés absents. Il préfère la compagnie de ses bouteilles d’alcool à celle des passagers. Pendant ce temps-là, le personnel, corvéable à merci, est drillé et se démène pour satisfaire la moindre demande de ces riches clients, fût-elle complètement saugrenue.  

Alors qu’une tempête s’annonce, c’est le moment que choisit le commandant de bord pour que prenne place le dîner du Capitaine, la soirée de gala qu’il est de tradition de proposer aux passagers…

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Tout se vend, tout s’achète

Découpé en trois actes, le film suit le parcours en dent de scie de Carl et Yaya.

On les découvre en tête à tête dans un restaurant 3 étoiles. Le moment de régler l’addition venu, la conversation tourne au vinaigre, Carl ne supportant visiblement pas que Yaya gagne plus que lui.

Ce séjour sur ce yacht de luxe, où on les retrouve, pourra peut-être recoller les morceaux. En attendant nos deux gravures de mode vont faire la connaissance de quelques beaux spécimens de parvenus : un oligarque russe, un vendeur d’engrais, accompagné de sa femme et de sa maîtresse, clamant haut et fort qu’il " vend de la merde ", un couple âgé d’Anglais ayant fait fortune dans le commerce d’armes, et un Suédois, golden boy de la high tech.

À l’issue d’un repas de gala apocalyptique, Carl et Yaya éprouveront leur couple sur une île déserte, en compagnie de quelques rescapés, après que le bateau a fait naufrage et que les pauvres ont pris leur revanche (?).

Copyright Bac Films

Sale gosse

Après l’autopsie d’un couple dans Snow Therapy et celui du monde de l’art contemporain dans The Square, qui lui valut la Palme d’or en 2017, Ruben Östlund continue à mettre joyeusement les pieds dans le plat. En ayant plus que jamais dans son viseur notre société moderne, le réalisateur suédois décoche cette fois-ci ses flèches, trempées dans un bain d’humour caustique, en direction des riches, soulignant leur indécence, leur vacuité et le fossé qu’ils creusent outrageusement et non sans cynisme avec les laissés pour compte d’un capitalisme déviant. Avec un remarquable sens du récit et du rythme, sa charge féroce et absolument jouissive contre ces riches imbus d’eux-mêmes, usant et abusant de leur position dominante, nous vaut quelques scènes d’anthologie… Ruben Östlund n’hésitant pas à pousser le curseur très, très loin (la scène du repas de gala au centre du film est en cela un morceau de bravoure inoubliable).

C’est féroce, c’est noir, c’est inconfortable, c’est hilarant, c’est extrêmement bien joué (Harris Dickinson, la regrettée Charlbi Dean Kriek, Woody Harrelson et tous les autres acteurs et actrices sont justes parfaits) … et c’est le monde tel qu’il va ! 

Ruben Östlund n’a pas volé sa deuxième Palme d’or… ne vous en privez surtout pas !

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