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Tramhaus, punks à l’hollandaise

Tramhaus, post-punk de Rotterdam.
16 août 2022 à 10:30Temps de lecture3 min
Par Renaud Verstraete

Dans une ville défigurée par les travaux du tram, la venue de Tramhaus à Liège paraîtrait presque ironique. Depuis Rotterdam, la réputation de la jeune formation hollandaise circule à toute vitesse. Des guitares aussi sautillantes que dissonantes, une basse tendue et une esthétique post-punk décomplexée : la recette est plus qu’efficace et risque bien de marquer 2022. Rencontre avec Jim Luijten (batterie) et Micha Zaat (guitare), quelques minutes après une prestation haute en sueur lors du Microfestival.

"C’était vraiment une sexy party (rires)". Lorsqu’on leur demande de résumer leur prestation en 1 mot, Jim et Micha comptent jusqu’à 3. "Sexy" répond le premier, "Party" répond, en même temps, le second. Et on ne saurait leur donner tort.

Sur la scène du Microfestival, le quintet de Rotterdam vient de livrer un show à la hauteur de leur réputation, électrique. "On s’est super bien marré. J’avais une vraie gueule de bois mais elle est passée maintenant. Le concert m’a bien aidé (rires)" confie Jim, encore transpirant. Quelques minutes plus tôt, c’est avec "I Don’t Sweat", du nom de leur tout premier single et véritable hymne, que le groupe haranguait la foule.

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Tramhaus, c’est avant tout une esthétique nonchalante tout droit tirée des 90’s, un leader à la coupe mulet et l’envie d’en découdre avec des influences qu’on leur colle à la peau. "Perso, je n’écoute pas de post-punk. Quand j’ai rejoint le groupe et qu’on m’a demandé si je voulais faire partie d’un groupe "à la Viagra Boys", j’ai répondu que je n’avais jamais entendu leur musique. Mais je me suis dit que ça allait être fun, alors j’ai tenté le coup" se souvient Jim, le batteur du groupe.

"Rotterdam, make it happen"

On pourrait s’y méprendre. Tramhaus a en effet tout du nouveau groupe anglais à la mode. Le look, la voix, les guitares… Les 5 musiciens pourraient fréquenter le Windmill de Londres et être potes avec Shame et toute la clique.

Pas question cependant d’être comparés à cette scène britannique : "Les groupes anglais sont en vogue. Parce qu’un groupe vient d’Angleterre, on pense qu’il doit toujours être super génial. Ce n’est pas toujours le cas. Il y a aussi plein de super groupes partout en Europe" répond Micha sans langue de bois. "Come to Rotterdam" ironise-t-on d’ailleurs dans les commentaires de leur session live.

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Rotterdam, son port, ses industries. Jumelée avec Liège (vous suivez toujours ?), la deuxième ville la plus peuplée des Pays-Bas abrite une scène rock insoupçonnée. "On a de très chouettes groupes à Rotterdam. Je vois ici (ndlr : sur une ancienne affiche du Microfestival) que Lewsberg a joué à Liège il y a quelques années. Rats on Rafts, c’est vraiment le groupe le plus connu de la ville mais on a de jeunes groupes qui percent comme Library Cards" explique Jim.

Si Tramhaus commence à s’exporter en France et en Belgique ("et c’est tant mieux vous avez de meilleures bières que nous"), ils restent attachés aux valeurs DIY, eux qui ont joué dans toutes les salles alternatives de la ville. "On vient tous de l’underground. On y vit et on y travaille toujours. Il y a un vrai esprit de communauté à Rotterdam. On se soutient beaucoup les uns les autres. On va souvent voir les concerts de nos potes et eux viennent aux nôtres. On se connaît tous bien" confie Micha.

La vitesse grand v

Tramhaus est un pur produit du Covid et n’existe que depuis septembre 2020. "Notre guitariste Nadya voulait commencer un groupe durant le confinement. On jouait tous dans d’autres projets à Rotterdam et on s’est dit que ce serait fun de commencer quelque chose ensemble" se souvient Micha.

Sur papier, cette nouvelle formation avait de quoi surprendre les habitués des salles de Rotterdam : le chanteur Lukas Janssen était auparavant batteur dans le groupe Pig Frenzy, la guitariste Nadya van Osnabrugge est également batteuse dans le duo doom Vulva, la bassiste Julia Vroegh n’avait elle pratiquement jamais touché une basse avant la première répétition.

Le mélange est pourtant authentique et irrésistiblement efficace.

Tramhaus, en live session au Roodkapje à Rotterdam.
Tramhaus, en live session au Roodkapje à Rotterdam. - MICHELE MARGOT

On s’ennuyait à mourir et là d’un coup on se retrouve à jouer toutes les semaines.

Si tout semble aller aussi vite pour Tramhaus, c’est sans doute parce que le groupe a bénéficié du confinement pour roder leur projet. "D’habitude quand tu lances un groupe à Rotterdam, cela ne prend même pas une semaine avant que tu ne joues ton premier concert. Donc tu dois tout faire à la va-vite. Ici, on a pu prendre notre temps. On a filmé une belle session live et tout est parti de là."

Et la suite ? Le groupe se prépare à sortir un EP en novembre 2022, enregistré l’année dernière et repoussé suite aux délais d’attente pour le pressage de vinyles. "Cette fois-ci, on ne va pas se laisser oublier et attendre une année supplémentaire avant de sortir quelque chose de nouveau. On part en studio lundi pour enregistrer des singles prévus pour l’année prochaine. On ne s’arrêtera pas en si bon chemin (rires)" conclut Jim.

Oserait-on dire que Tramhaus semble partir sur de bons rails ?

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