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Week-end Première

Toute ma vie, j'ai rêvé d'être... prêtre

Mario Giacomelli, Priests, 1961-1963
25 août 2021 à 08:053 min
Par RTBF La Première/Olivier Marchal

Avec Olivier Marchal, sociologue et directeur de la Cité des Métiers de Charleroi, on explore chaque mois un métier. L’occasion parfois de s’attarder sur des fonctions plus insolites. Sa chronique s'intéresse cette fois à celle du prêtre.

Prêtre, un vrai métier ?
En tant que travail reconnu par la société et dont on peut tirer des moyens de subsistance, par définition, il s'agit bien d'un métier. Mais c’est surtout une vocation, un sacerdoce, une croix que l’on porte joyeusement tout au long de son existence, nuit et jour, et ce, jusqu’à son dernier souffle.

"Avec 2.800 prêtres en Belgique sur environ 415.000 dans le monde, le métier de prêtre est même reconnu d’utilité publique, puisqu’il est pris en charge par notre bienveillant Ministère de la Justice, au même titre que la fonction d’imam, de pasteur ou de rabbin."
 

Un métier riche d’histoire

Porteur d’un long passé, positif comme négatif, il faut reconnaitre qu’au temps où le pouvoir politique et moral était aux mains de la religion, les prêtres en étaient les plus fidèles supporters.

Mais ce serait oublier, à tort, leur contribution positive, rappelle Olivier Marchal. Car à travers de leur grande diversité culturelle et leur indécrottable indiscipline, ils furent aussi porteurs de changements et de révoltes. Avec l’Abbé Pierre et sa soif de justice sociale, le Père Damien, Guy Gilbert ou encore les nombreux prêtres ouvriers, résistants, révolutionnaires, incarnant tous, à leur manière et avec la force de la contradiction, la tension créatrice d’humanité qui nous traverse toutes et tous, et qui va de l’obéissance servile à la désobéissance civile.
 

Une fonction aux exigences parfois rédhibitoires

Avec à peine 4 recrutements par an, le métier peine à convaincre. Et aucun des vocables à la mode – métiers en pénurie, en tension, ou d’avenir – ne convient pour décrire une situation littéralement aporétique, qui trouve sa source à la fois dans un contexte général de sécularisation des pratiques, du langage et des valeurs chrétiennes, et de rétrécissement du nombre de pratiquants.

Mais également dans des exigences à tout le moins anachroniques, telles que l’obligation d’être un homme, ou encore la chasteté et le célibat, qui en ont rebuté plus d’un, dont les illustres Martin Scorsese et Tom Cruise, qui se destinaient pourtant tous deux à la prêtrise.
 

Tout sacrifier pour la fonction : pas une obligation !

Si la fonction demande beaucoup de sacrifices, elle n’a pas empêché, par le passé, de nombreux prêtres ou ecclésiastiques à continuer à exercer un art, un talent, ou à servir une cause.

Comme le Père Pire, prix Nobel de la paix en 1958, belge et prêtre, ou encore Antonio Vivaldi, prêtre lui aussi et brillant compositeur. Ou certains d’être de grands scientifiques, qui ont bouleversé notre compréhension du Monde et de l’Univers, tels Copernic et l’héliocentrisme, ou bien George Lemaitre et le big bang.

"D'autres encore ont transformé notre quotidien en inventant le champagne, grâce au Père Pérignon, les lunettes, le four solaire ou encore celui vers qui se porte toute mes faveurs : l’Evêque de Marseille qui inventa le principe de la cafetière. Invention qui lui vaudrait bien le tendre surnom de 'Père Colateur'."
 

Un métier varié

Dans une paroisse, le prêtre célèbre la messe, participe aussi à l'éducation religieuse des jeunes, accompagne les adultes dans leur foi, administre les sacrements (baptême, mariage, réconciliation), célèbre les funérailles tout en s’occupant de l’animation de la vie de sa paroisse.

Certains prêtres sont plus actifs dans les mouvements de jeunesse, d’autres auprès des malades, d’autres encore, auprès des plus pauvres. Chacun peut se spécialiser. Jusqu'à certaines 'options de carrière' aussi fantastiques que réelles, comme celle de prêtre exorciste.
 

Une fonction sociale proche de celle du pasteur, de l’imam ou du rabin

N’ayant plus l’aura du passé, mais devenant médiateur, conseiller personnel ou conjugal, animateur, faiseur de lien social, le prêtre n’est plus en position de donner de leçon mais de donner du sens à ce qui arrive de bon et de moins bon. Tant et si bien que si l’on devait rapprocher la prêtrise d’un médicament, on pourrait dire qu’elle est à la fois un antidouleur, un anxiolytique et un antidépresseur. Le tout enrobé d’une bonne couche de placébo et remboursé à 100% par la sécurité sociale.

Pour devenir prêtre, il faut entrer au séminaire et étudier de longues années durant.

"Et pour votre future carrière, liberté de conscience oblige en ces matières, je ne vais pas vous conseiller de contacter vos Cités des Métiers préférées, ni même d’aller sur www.miti.be, la plateforme gratuite de conseil en orientation en ligne qui vient de rouvrir ses portes.

Mais simplement vous partager cette phrase en latin : Ama et fad quod vis, que l’on pourrait traduire par Aime et fais ce que tu veux. Car comme conseil en orientation professionnelle, franchement, il n’y a pas mieux !", conclut Olivier Marchal.

 

Week-end 1ère - Olivier Marchal - Toute ma vie j’ai rêvé d’être… prêtre !

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