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Tournai: Une vingtaine de mères adolescentes accueillies aux Marronniers

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13 janv. 2015 à 05:30 - mise à jour 13 janv. 2015 à 10:174 min
Par Charlotte Legrand

Nous l'appellerons Guénaëlle. Elle a 17 ans. Ce sont ses touts premiers jours dans l'unité Ylang-Ylang. A ses côtés gazouille Gabriel, mignon bébé de 5 mois, un bébé "qui n'a pas eu beaucoup de chance, à la naissance", précise Zico, le papa (21 ans). "Il est né à 27 semaines, c'est un grand prématuré". Jusqu'il y a peu, Guénaëlle et son bébé séjournaient dans un centre d'accueil, à Bruxelles. "Il y avait beaucoup de mamans, dans le même bâtiment. Et les papas ne pouvaient pas rester..." Guénaëlle n'imaginait pas rentrer dans sa famille, bébé sous le bras. "J'ai eu une enfance compliquée. Je n'ai pas de très bons contacts avec ma mère".

Le biberon se donne au salon

Depuis quelques jours, les voilà donc installés dans la plus grande chambre du pavillon, et soumis aux règles de vie en communauté. "On doit rentrer avant 20h", nous explique Zico, "et couper la TV à 23h, pour éviter que l'on soit trop fatigué et que l'on s'occupe moins bien du bébé". Autre impératif, dans ce service: le biberon se donne dans la pièce de vie. "Au début, ça fait bizarre", nous confie en riant le papa. "On se sent comme observé par...des explorateurs! Mais on sait pourquoi ils font ça. Le biberon, ça dit beaucoup, sur la relation avec le bébé, y'a des regards, des contacts, des preuves d'amour...c'est le moment le plus important!"

A pas de loup, nous quittons la chambre de Gabriel, pour rejoindre l'équipe. Anne-Sophie et Béatrice, tout d'abord, les deux infirmières, qui reviennent sur ce moment-clé du "bibi". "Une fois par semaine, on filme ce contact entre la maman et son bébé", explique Anne-Sophie. "On peut ainsi visionner en réunion ces enregistrements, analyser le lien qui se crée entre la maman et le bébé, on fait des arrêts sur image, des ralentis...ça dit beaucoup de choses!"

Des infirmières qui font la police

Toutes les deux participent au projet depuis ses débuts. "On apprend tous les jours!", s'exclame Béatrice. "Beaucoup sur nous aussi", renchérit sa collègue. "Ca nous renvoie à notre vie de petite fille, de maman. Et travailler avec des adolescentes, pour moi qui ai des enfants de cet âge, c'est très enrichissant!". Il y a deux ans, Anne-Sophie ne s'attendait tout de même pas à "faire la police" si souvent. Petit bémol de la vie en communauté, parfois très...agitée. "Ce sont des ados, alors elles se disputent, elles se jalousent, elles se comparent...Y'a de l'ambiance, par moments!".

18 bébés sont passés par ici, pesés, soignés, suivis par les deux infirmières. Au premier anniversaire de l'enfant, c'est l'heure des adieux. "Beaucoup partent avant", précise Anne-Sophie. Elle ajoute que les adieux sont parfois difficiles."Ca dépend des cas. Parfois on a plus de mal à se séparer du bébé, un cas n'est pas l'autre". Pour Béatrice, "c'est une page qui se tourne. Quand ces mamans partent, elles vont vers quelque chose qui les attend. On a fait un bout de chemin ensemble, le chemin s'arrête. Evidemment, on espère que la suite sera positive, mais ce sont elles qui ont les cartes en main".

Les visites de la famille? Très rare...

De ces 18 mamans accueillies en deux ans, "la plupart étaient mineures", complète Sara Barbera, le médecin psychiatre du service. "La plus jeune maman avait 14 ans, nous pouvons héberger des mamans âgées de 21 ans maximum. La moyenne tourne autour des 16-17 ans". Ce sont des mamans très jeunes, très souvent en rupture scolaire, familiale. "Ces jeunes filles traînent souvent une histoire très lourde derrière elle, faite de traumatismes, de placements..." Et la plupart des bébés auraient été placés, sans l'existence d'une structure comme Ylang-Ylang.

A l'origine, l'équipe pensait travailler beaucoup plus en collaboration avec les familles. "Dans la réalité, nos mamans reçoivent très peu de visites. Certaines sont complètement lâchées par leur famille, certaines ont été mises dehors de chez elles. Donc peu de possibilités de ce côté-là. Il y a heureusement des exceptions, comme une grand-mère par exemple, qui manifeste une envie de s'investir. Alors, on profite de cette opportunité, évidemment!", poursuit Sara Barbera.

De ces deux ans passés au service, le Docteur retient "beaucoup de belles histoires. Cette maman dont le bébé avait été placé, un bébé qui accusait un retard de développement terrible...Elle a récupéré son bébé puis on a créé du lien. Des mamans retournent à l'école. L'une d'elles a passé son CEB avec son tout petit bébé dans les bras. On a des accompagnements à l'accouchement magnifiques..."

De "jeune en danger", devenir une "mère potentiellement dangereuse"

Les accompagnements à l'accouchement...des moments très intenses que Véronique ne risque pas d'oublier. Assistante sociale depuis un an au pavillon Ylang-Ylang, elle a suivi une jeune fille jusqu'à la salle d'accouchement. "Moment magique. Juste inoubliable!", nous dit-elle, des trémolos dans la voix. Pourquoi Véronique, ou d'autres de l'équipe? "Parce qu'elles n'ont personne d'autre!". Véronique se charge aussi de préparer "l'après". Trouver un logement, par exemple. "C'est la pire chose qu'on puisse demander à une assistante sociale, à l'heure qu'il est". Elle enchaîne les refus. "Les propriétaires ne veulent pas de ces jeunes filles comme locataires, parce qu'elles sont mineures, parce qu'elles n'ont personne dans leur famille qui puisse se porter garant, parce qu'elles n'ont pas de travail..." Véronique nous explique à quel point ces adolescentes lui semblent cataloguées, "par tout le monde, dès le départ! Elles sont déjà jugées avant d'avoir pu faire leurs preuves". Le Docteur Barbera renchérit: "Souvent je dis aux mamans suivies par le Service d'Aide à la Jeunesse qu'à partir du moment où elles tombent enceintes, de 'jeune en danger' elles passent à 'mère potentiellement dangereuse'. Véronique nous raconte une situation vécue à l'hôpital. "Je me suis présentée aux urgences avec un bébé du service Ylang Ylang. Le personnel, dès qu'il a entendu que je venais des Marronniers, m'a soupçonnée de maltraitance. J'ai eu droit à cette violence verbale que ces mamans peuvent subir".

Guénaëlle nous en avait parlé, elle aussi, tout en s'occupant de son petit Gabriel. "Y'a des regards, en rue. Des regards malveillants, des gens qui se disent 'elle est jeune, elle a foiré sa vie' ". "Moi je m'en fous", conclut Zico. "C'est vrai, j'aurais bien voulu attendre 25 ans, pour avoir un bébé. Profiter un peu...Mais il est là. Dans 5 ans, dans 10 ans, je sais qu'on sera encore là ensemble, qu'on s'aimera encore. Et quand il sera grand, je serai toujours plein d'énergie pour m'occuper de lui. Ce sera un peu comme un petit frère. Hein, Gabriel? "

 

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