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Tourisme durable et "Disneylandisation" du monde

Tourisme durable et "Disneylandisation" du monde
29 juin 2018 à 10:18 - mise à jour 29 juin 2018 à 10:18Temps de lecture3 min
Par RTBF

On parle de slow tourisme, de tourisme durable, éthique et équitable. Un phénomène réel, mais qui reste marginal. Et qui a ses côtés sombres, lorsque le voyage "éthique" se fait en avion.

Professeur à l’ULB en géographie, tourisme et démographie, Jean-Michel Decroly déplore le manque d’information sur l’importance du phénomène. "Si je prends les voyages de découverte dans des destinations lointaines où la découverte d’un petit marché au Costa Rica, c’est certainement très modeste. Ça doit représenter tout au plus quelques pour cent des séjours que les Belges effectuent au cours d’une année, simplement parce que d’abord les voyages lointains sont, contrairement à notre imaginaire, très peu nombreux ". Au-delà de l’Europe, c’est à peu près 10 à 15% maximum.

Voyage en avion et gaz à effet de serre

Mais paradoxalement, ces voyages lointains sont ceux qui ont le plus grand impact environnemental pour une raison toute simple: ces voyages se font par voie aérienne et ils vont donc se traduire par des émissions de gaz à effet de serre qui seront plus importantes que toute autre forme de déplacement.
C’est le paradoxe de ce qu’on appelle l’écotourisme, Il respecte les populations et les cultures locales sur place mais il y a une émission de gaz à effet de serre importante, reconnaît Jean-Michel Decroly.  " Cet aspect n’est pas assez souligné. Certes, ces voyages sont conçus pour limiter les impacts environnementaux sur place, pour essayer dans certains cas de maximiser les retombées économiques pour les populations locales, mais de fait, ils engagent des modes de déplacement qui sont très polluants." 

Les critères du tourisme durable ?

L’un des critères de tourisme durable, explique Jean-Michel Decroly, est celui l’idée que "la diversité fait la complexité, dans la mesure où il y a un très grand nombre de normes qui existent en la matière, que ce soit pour les hébergements ou les voyages conçus par les tour-opérateurs. Et finalement, vis-à-vis du consommateur, ça manque de clarté."

Des parcs à thème au cœur d’une forêt

La tendance actuelle est de se dire que partir plus loin assurera des sensations plus intenses et un dépaysement plus important. Pourtant, explique le professeur, lors de voyages vers des destinations lointaines, les cultures ou les territoires que l’on découvre sont un peu mis en scène. Si on parle d’une " Disneylandisation " du monde, ce n’est pas pour rien. Cette " Disneylandisation " est l’idée de généraliser des principes de mise en scène d’aménagement qu’on voit dans des parcs à thème, mais au cœur d’une forêt ou dans le cadre de fêtes soi-disant rituelles, mais qui sont mises en scène de type culturel."

Le bonheur est dans le "près de chez soi"

Le vrai tourisme durable n’est-t-il finalement pas celui qui nous emmène près de chez nous, à quelques kilomètres, dans des régions qu’on ne connaît peut-être pas encore très bien ?  C’est ce pour quoi milite Jean-Michel Decroly : " Ça fait à peu près d’une dizaine d’années que je dis que sur le plan environnemental, il vaut mieux faire du camping à Blankenberge que du trekking au bout du monde."

2017, année du tourisme durable

2017 avait été décrété année du tourisme durable par les Nations unies. Pour Jean-Michel Decroly, Cette campagne n’a pourtant eu qu’un impact à la marge sur les pays qui pratiquent l’écotourisme. " Cela a encouragé des initiatives qui vont dans le sens de la mise en place des circuits de visite ou des modes d’accueil peut-être plus respectueux de l’environnement, mais en même temps ça n’empêche pas la croissance des déplacements aériens qui sont générateurs de polluants. "

Du tourisme ou des vacances?

Pour Jean-Michel Decroly, il existe une sorte la confusion entre les vacances et le tourisme. " Ce sont deux choses différentes. Les vacances sont un temps suspendu, un temps vide en dehors de ses activités habituelles, qu’elles soient scolaires ou professionnelles. Le tourisme est une forme d’occupation de ce temps libre, c’est une forme d’occupation qui repose sur la mobilité, qui repose sur les différentiels entre les lieux et cette forme d’occupation génère une série de stress qui sont liés aux préparatifs, aux réservations, au travail que le consommateur fait aujourd’hui pour réserver ses billets. C’est paradoxalement une forme d’occupation des vacances moins reposante, moins moins agréable que celle qui consisterait peut-être simplement à rester chez soi"