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Belgique

Tom Van Grieken et la discrète "normalisation" du Vlaams Belang

02 déc. 2020 à 10:303 min
Par Joyce Azar

Le quotidien dominical flamand, De Zondag, a accordé cette semaine une interview de deux pages au président du Vlaams Belang. Tom Van Grieken revient notamment sur la polémique créée par l’une de ses mandataires, mais aussi sur la normalisation de son parti.

Tom Van Grieken, un président "normal" d’un parti politique "normal" : c’est du moins l’image qu’il souhaite à tout prix faire passer. Et c’est donc dans la plus grande normalité que le président du parti flamand d’extrême droite raconte, en début d’interview, la naissance de son premier enfant il y a un mois et demi, et le décès, quelques heures plus tard, de sa grand-mère maternelle.

Comme tout président normal d’un parti de l’opposition, il s’en prend ensuite au gouvernement De Croo, et plus particulièrement aux ministres Frank Vandenbroucke (sp.a) et Vincent Van Quickenborne (Open Vld).


►►► Lire aussi : Qui est Tom Van Grieken, l’ambitieux président du Vlaams Belang ?


Et puis, un rien moins normal pour un président du Belang : Tom Van Grieken a salué la présidente du Parlement, Eliane Tillieux, qui "malgré le fait qu’elle est socialiste et qu’elle ne maîtrise pas bien le néerlandais", travaille selon lui de façon très correcte. Le leader du Belang, qui est également vice-président de la Chambre, semble plus particulièrement apprécier le fait qu’Eliane Tillieux le laisse prendre la relève, lorsqu’elle est absente. Une permission de remplacement qui, à ses yeux, entre dans le cadre de la "normalisation de son parti".

Hommage à un soldat SS

On le sait pourtant bien, le Belang est loin d’être un parti comme les autres. Une nouvelle polémique suscitée par l’une de ses mandataires l’a encore récemment prouvé.

L’élue en question s’appelle Carrera Neefs. A 23 ans, elle est conseillère communale à Wuustwezel (en province d’Anvers). Le jour de l’Armistice, et malgré la pandémie du Covid, elle n’a rien trouvé de mieux à faire que de se rendre en Allemagne, dans un cimetière militaire, pour poser des fleurs sur la tombe de Willem Heubel, un soldat néerlandais de la Waffen SS. Carrera Neefs s’est évidemment empressée de poster des photos sur les réseaux sociaux. Notamment pour montrer sa tenue bavaroise traditionnelle, qu’elle avait enfilée pour l’occasion, mais aussi pour exprimer sa motivation puisque selon elle, le jour du 11 novembre, il ne faut pas oublier ces personnes-là non plus.

Face à ces publications, la toile s’est évidemment enflammée. Le président du Vlaams Belang a d’abord dénoncé une hystérie médiatique. Mis sous pression, il a par la suite annoncé une procédure disciplinaire interne. Dimanche enfin, dans De Zondag, il a précisé que Carrera Neefs avait été exclue du parti.

Un acte "idiot" mais pas condamné

On pourrait logiquement affirmer que cette exclusion, suite à un hommage à un soldat SS, est plutôt une démarche normale. Mais en réalité, ce n’est pas l’acte controversé de la mandataire qui a mené à son exclusion, mais bien son manque de loyauté envers le Vlaams Belang. Dans l’interview du Zondag, Tom Van Grieken déclare en effet que Carrera Neefs "n’est pas une néonazie", que son acte n’était pas une "déclaration politique", et qu’il était pour lui acceptable qu’une personne soit en deuil.

Ce qui a mené à l’exclusion de la jeune élue, c’est son refus de signer la charte du Belang, une charte qui engage les mandataires à ne pas nuire au parti. Et c’est ainsi que Tom Van Grieken a pu se débarrasser d’une adhérente devenue gênante en se contentant de qualifier l’acte de Carrera Neefs d’idiot, sans pour autant le condamner.

Ne dites plus "extrême droite" mais "droite radicale"

On peut se demander, face à ce genre de polémique, si Tom Van Grieken parviendra un jour à rendre son parti fréquentable. Il est vrai que les incidents se sont multipliés ces derniers temps, et qu’avec ses 20.000 membres, on s’imagine mal comment un tel parti parviendra à mettre définitivement un terme aux dérapages.

Mais on constate malgré tout que des changements, plutôt positifs pour le parti, s’immiscent bel et bien dans la société. On remarquera par exemple que les médias flamands ne qualifient plus le Vlaams Belang de parti d’extrême droite, mais préfèrent utiliser le terme de "droite radicale". Une nuance qui n’est tout de même pas sans importance.


►►► Lire aussi : Vlaams Belang : une stratégie de la peur ?


Le discours du Belang est, lui aussi, de plus en plus accepté, relayé et partagé. Reste à voir si d’ici les élections de 2024, cette évolution va se poursuivre. Les résultats nous diront sans doute s’il deviendra acceptable, pour certaines formations politiques, de pactiser avec le Belang, mais aussi et surtout si voter pour le parti d’extrême droite sera devenu une normalité.

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