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Romane

Tom Lanoye propose sa version française du célèbre "Les Boîtes en carton", aux Editions de la Différence

Tom Lanoye propose sa version française du célèbre "Les Boîtes en carton", aux Editions de la Différence
15 janv. 2013 à 14:322 min
Par Christine Pinchart

Rencontre avec Tom Lanoye

Aviez-vous des appréhensions quant à la sortie de ce roman, 22 ans après la version originale. L’histoire vous semblait-elle suffisamment intemporelle ?

Je dois dire qu’il y a " La langue de ma mère ", qui est une sorte de successeur involontaire, où l’on retrouve quelques personnages, comme ma mère et mes frères et sœurs, qui sont repris dans un tout autre contexte, alors maintenant le tableau est complet. Pour moi c’était une découverte comme presque toujours comme quand on relit un livre en traduction et quand la traduction est si belle. Celle de Alain van Crugten qui est un ami et un traducteur formidable, et quand on relit c’est toujours un choc parce qu’on connaît déjà le livre, mais c’est comme  s’il était nouveau. Et j’étais surpris, et je ne sais pas si maintenant j’écrivais l’histoire ce serait différent. J’avais 32 ans, et j’avais un ton léger et jeune. Et puis c’était l’âge de mon frère quand il est mort, et c’était important pour moi. Maintenant j’ai 54 ans, et ce serait dommage d’ écrire un livre dans le même style ; mais c’est une double rencontre avec un personnage qui est moi-même, et celui d’un jeune écrivain qui connaît son premier grand succès.

A quel âge vous êtes-vous demandé si vous étiez capable d’écrire ?

Ca c’est très étrange pour moi aussi. Il n’y avait jamais un moment où je ne me suis pas dit que je ne serais pas écrivain.  Et en même temps j’étais convaincu de devoir écrire pour le théâtre. Je trouvais bien naturel d’être sur scène avec mes propres textes, mais je ne connaissais pas les circonstances ; j’étais juste convaincu que ça se produirait. Et avoir cette conviction c’est une motivation énorme. Mais je ne peux pas me rappeler un seul instant où je ne me suis pas vu comme écrivain.

Vous avez évoqué l’homosexualité, la famille, les amours de jeunesse, la masturbation… Tout cela en fait un livre sans frontières ?

Tous les livres doivent être sans frontières. Je serais triste qu’on le trouve choquant. C’est l’adolescence, c’est humoristique, ça parle de la douleur de l’amour à cet âge, et ce que je dis sur les nationalistes flamands ce n’est pas choquant non plus. C’est un portrait doux-amer de l’école dans ce temps-là.

Cette part d’autobiographie représente un exutoire, ou du plaisir, ou encore une part de nostalgie ?

Je n’aime pas tellement la sensation de nostalgie. Pour moi c’est une analyse et je pense que c’est ce que l’écrivain doit faire. Le pays, l’endroit, le langage, le temps et tout ce qui est autour de ce personnage.  Pour moi "Les Boîtes en cartons" c’est aussi une analyse de mes racines littéraires. Quels sont les gens à part ma mère, qui m’ont aidé à trouver ma propre voie et ma volonté de vivre pour la littérature. C’est mélangé tout cela, comme la vie est mélangée. On ne peut pas diviser l’endroit et l’homme. On doit mélanger les deux et accepter le chaos dans lequel ça se passe. Un ouvrage sociologique pourrait faire autre chose, et chiffrer avec des sondages, ce que ça veut dire, devenir un ado en Flandre dans les années 70.  Mais on peut aussi écrire un livre comme les boîtes en carton ; un cas individuel, et qui, s’il est bien écrit, devient un cas universel et exemplaire.

Pour les gens qui reconnaissent des choses, comme les valises en carton des mutualités, c’est vraiment pour la Belgique. C’est anecdotique et on pourrait dire, nostalgique bien sûr. Pour les étrangers ça devient quelque chose d’exotique, voire inventée.  Les thèmes sont universels, et la musique un peu nouvelle.

Christine Pinchart

Les Boîtes en carton

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