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Cyclisme

Tim Declercq: "Oui, j'espère gagner au moins… une course professionnelle avant la fin de ma carrière!"

18 juin 2020 à 06:00Temps de lecture4 min
Par Samuël Grulois

La saison cycliste 2020 " bis " approche à grands pas. La reprise officielle est programmée le 1er août avec les Strade Bianche, en Italie. Il est donc temps pour les coureurs d'enfin entamer une vraie préparation après une période de confinement vécue différemment selon leurs pays d’origine.

L'équipe Deceuninck-Quick Step, par exemple, organise depuis lundi (et jusque ce jeudi soir) un stage d'entraînement dans les Ardennes flamandes, principalement pour ses spécialistes de classiques. Pour limiter les risques sanitaires, les cyclistes (excepté les "locaux" qui dorment chez eux) et le staff ne sont pas logés à l'hôtel mais vivent " en bulle " dans une grande maison louée pour l'occasion à Kaster (dans l’entité d’Anzegem, en Flandre occidentale). Après le concept du " Wolfpack ", voici celui de la " Wolfhouse " !

Dix-neuf des vingt-huit coureurs sous contrat sont de la partie : Bob Jungels, Fabio Jakobsen, Julian Alaphilippe, Kasper Asgreen notamment, mais aussi les neuf Belges du groupe. Parmi eux, et on a déjà pu apercevoir sa grande carcasse sur les photos et les vidéos publiées sur les réseaux sociaux ces dernières heures, Tim Declercq, son mètre 90 et ses 78 kilos... qui n'est pas surnommé "El Tractor", "Le Tracteur", par hasard. 

Ce Louvaniste de 31 ans, champion de Belgique chez les espoirs en 2011, a repris dans la structure de Patrick Lefevere le rôle occupé précédemment par Julien Vermote. Un rôle très spécifique : assurer en tête du peloton un tempo régulier pour éviter que l'échappée ne prenne trop d'avance et pour ainsi provoquer un sprint massif. Un travail de l'ombre mais un travail gratifiant, semble-t-il. Samuël Grulois en a parlé avec le toujours souriant Tim Declercq, élu deux fois "meilleur équipier belge" lors de la cérémonie du Vélo de Cristal et qui, pendant le confinement, a remporté un référendum identique réalisé à l'échelle planétaire !

Tim, votre rôle dans l’équipe est ingrat, non ?

" D’abord, je suis vraiment content de faire ce boulot-là et d’être dans une équipe comme Deceuninck-Quick Step. C’était un rêve quand j’étais tout petit. Physiquement, je suis capable de faire de très longs efforts mais avec peu d’intensité. Sur papier, quand tu as de telles qualités, tu es un… grimpeur. Mais je suis trop lourd pour être un grimpeur évidemment ! Donc, la seule solution pour moi, c’est de faire ce travail spécifique en tête du peloton. "

Vous n’avez gagné aucune course chez les professionnels (NDLR : Il est devenu pro en 2012 au sein de l’équipe Topsport Vlaanderen-Baloise) mais, grâce à votre job particulier, vous êtes désormais connu dans le monde cycliste.

" Oui, et c’est vraiment bon de sentir ce respect. Je sais que je ne suis pas un coureur qui remportera beaucoup de courses. Mais j’aime aider les autres à gagner ! S’ils gagnent, c’est un tout petit peu… grâce à moi. Et c’est un sentiment agréable. "

Quand j’ai discuté d’un possible transfert avec Patrick Lefevere, je lui ai dit que je n’avais aucun rêve personnel et que mon seul rêve était d’aider les autres à gagner. Souvenez-vous du Grand Prix Samyn 2019 : j’étais bien placé dans le final mais à partir du moment où j’ai commencé à penser à la victoire, mes jambes ont d’un coup pesé 1000 kilos ! Là, tu comprends que tu n’as pas les qualités pour t’imposer toi-même… Je dois l’accepter.

Tim Declercq apprécie son surnom d'"El Tractor", reçu d'un journaliste argentin lors d'une participation au Tour de San Juan.

En fait, vous avez vite compris qu’avec vos qualités, si vous vouliez rouler dans une grosse équipe, vous deviez accepter ce travail de l’ombre.

" Oui, c’est ça ! Il y a quatre ans, quand j’ai discuté d’un possible transfert avec Patrick Lefevere, je lui ai dit que je n’avais aucun rêve personnel et que mon seul rêve était d’aider les autres à gagner. Ça fait du bien d’extérioriser cela. Je suis conscient que gagner est compliqué pour moi. Souvenez-vous du Grand Prix Samyn 2019 : j’étais bien placé dans le final mais à partir du moment où j’ai commencé à penser à la victoire, mes jambes ont d’un coup pesé 1000 kilos (NDLR : Il termina finalement septième de cette course remportée par son équipier français Florian Sénéchal) ! Là, tu comprends que tu n’as pas les qualités pour t’imposer toi-même… Je dois l’accepter. C’est déjà super bien de pouvoir pratiquer le cyclisme à haut niveau dans une équipe comme Deceuninck-Quick Step. "

Malgré tout, rêvez- vous dans un coin de votre tête de lever un jour les bras au ciel ? La nuit, faites-vous parfois des rêves de victoire ?

" Ma priorité, c’est d’assurer le boulot qui m’a permis d’être engagé dans cette équipe. Mais oui, avant la fin de ma carrière, j’espère qu’il me sera possible de gagner… une fois. Ce serait super (NDLR : Il a notamment terminé cinquième du Nieuwsblad 2019, troisième de la Gullegem Koerse 2017, septième de la Coupe Sels 2016 et trois fois dans le top-10 du Samyn). "

Avant vous, c’est Julien Vermote qui assumait ce travail chez Quick Step. Finalement, dans le cyclisme mondial, peu de coureurs font ce job-là. Ou du moins, peu de coureurs le font aussi bien.

" C’est vrai et c’est valorisant pour moi. L’hiver dernier, pour la deuxième fois, j’ai gagné le ‘Kristallen Zweetdruppel’ (NDLR : Littéralement la " Goutte de sueur de cristal ", le trophée du meilleur équipier). Que c’est bon d’être reconnu de la sorte ! "

Dans le vélo, je suis un défenseur. Mais quand tu es défenseur dans la meilleure équipe du monde, c’est parfait ! La seule différence, c’est que je ne suis pas payé comme un défenseur aligné dans la meilleure équipe de foot du monde…

Ne dit-on pas… "fort comme un tracteur"?

Si vous étiez footballeur, vous seriez sans doute défenseur : rester derrière, discret et rarement marquer…

" C’est une bonne comparaison, oui. Il y a vingt ans, j’ai joué au football et j’étais… attaquant et j’aimais vraiment inscrire des buts. Alors, j’imagine que gagner une course cycliste professionnelle doit provoquer la même sensation. En revanche, dans le vélo, je suis un défenseur. Mais quand tu es défenseur dans la meilleure équipe du monde, c’est parfait ! La seule différence, c’est que je ne suis pas payé comme un défenseur aligné dans la meilleure équipe de foot du monde… Franchement, je souhaite à tout le monde de prendre autant de plaisir que moi en travaillant. "

Qui vous a surnommé " Le Tracteur " ?

" Un journaliste argentin lors de ma première participation au Tour de San Juan. Les responsables de l’équipe et moi aussi, nous sommes d’accord sur le fait que ça me ressemble bien ! Je sais que je ne suis pas une Ferrari mais que je suis plutôt formaté pour aider les autres. "

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