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“The Painter and the Thief”, un documentaire intime et imprévisible

“The Painter and the Thief”, un documentaire intime et imprévisible
14 juil. 2021 à 08:472 min
Par Adrien Corbeel

Le documentaire de Benjamin Ree nous place au cœur de la relation étrange entre une peintre et sa muse.
 

C'est sur un fait divers que démarre le documentaire “The Painter and the Thief”. Un vol pour être exact, dans une galerie d'art d'Oslo où deux tableaux de l'artiste tchèque Barbora Kysilkova ont été dérobés. Des images dignes d'un film true crime se succèdent pour nous raconter l'affaire, mais l'enquête ne dure pas très longtemps. Les deux voleurs, dans un état second au moment du cambriolage, ont été filmés par des caméras de surveillance. Malheureusement pour la peintre, qui a été particulièrement affectée par le vol, ils affirment ne pas savoir ce qui y est arrivé à leur butin. Le fait divers aurait pu en rester là, mais Barbora Kysilkova demande à l'un des deux coupables, un toxicomane du nom de Karl-Bertil Nordland, de poser pour lui. Une étrange proposition qu'il accepte, sans doute mû par un sentiment de culpabilité. De là se tisse une fascinante relation, où se mêlent admiration mutuelle, co-dépendance, amitié et peut-être même amour.

Pour le réalisateur Benjamin Ree, cette rencontre entre une artiste et sa muse est une aubaine – le genre dont rêvent les documentaristes. Pendant plusieurs années, il a filmé ces deux personnages à travers l'évolution de leur relation, qui germe d'abord dans l'atelier de Kysilkova. Utilisant l'anglais comme langue commune, ces deux êtres abîmés parlent de leur vie et s'apprivoisent, alors que l'artiste pose ses coups de pinceau. Une certaine tension est palpable dans leurs échanges, qui prennent une forme saisissante lorsque le tableau est achevé. Faisant pour la première fois face à une œuvre qui le représente, Norland est pris d'une émotion intense, visiblement bouleversé d'être vu et perçu de la sorte. La séquence est poignante. D'autres suivront, au fur et à mesure que le film progresse et que leur relation se métamorphose. Ils s'entraident, profitent de la situation, s'inquiètent du sort de l'autre, se méfient. Beaucoup de choses les séparent, mais l'intérêt et l'attirance (platonique ?) qu'ils ont l'un pour l'autre crèvent l'écran. Plaçant sa caméra près de leurs corps, le cinéaste nous installe aux premières loges pour observer ces deux personnages que des pulsions autodestructrices rattrapent trop souvent.

Cette tendance commune à l’artiste et au voleur est fréquemment mise en avant par le réalisateur, qui en fait le moteur narratif de son long-métrage. L'impression qu'une supercherie est sur le point d'être révélée plane tout au long du film, nous laissant avec le sentiment qu'il suffirait d’un élément pour transformer "The Painter and the Thief" en un thriller. Mais c'est lorsque le documentaire nous plonge dans l'intimité de ses protagonistes qu'il est le plus puissant. Le duo émouvant et troublant que forment ces deux-là se suffit à lui-même.

 

Le film est à découvrir dans les salles à partir du 14 juillet.

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