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Cinéma

"The Innocents" : de terrifiants jeux d'enfants au Offscreen Film Festival

Le film d'horreur d'Eskil Vogt, sélectionné au festival bruxellois Offscreen, nous renvoie une représentation troublante, et parfois effrayante, de l'enfance.

Dans la voiture qui l'emmène vers son nouvel appartement, Ida pince sa grande sœur qui souffre de troubles autistiques. N'obtenant aucune réaction, elle la pince de plus belle, tout en guettant des yeux ses parents — une manière pour elle de tester ce qui est bien ou mal, mais surtout de découvrir ce qu'elle peut commettre sans conséquence. Parfaitement consciente que cet acte lui serait reproché si elle était prise sur le fait, elle n'en est que plus fière d'être passée inaperçue.

Son geste est quelque part anodin, mais il installe d'emblée un malaise dans le film. Il est plus facile d'envisager les enfants comme de charmants innocents que comme des êtres cruels et parfois vicieux. Cette nature sadique des plus jeunes a été à de fréquentes occasions un terreau fertile pour le cinéma d'horreur. Parfois représentés comme de dangereuses hordes ("Les Révoltés de l'an 2000", "Le Village des Damnés"), les enfants ont aussi saisi les spectateurs par leurs facettes obscures dans des films comme "Ça" ou "La Malédiction", et plus récemment la co-production norvégienne "The Innocents". Présenté dans le cadre du festival Offscreen, ce long-métrage du cinéaste Eskil Vogt n'a cependant pas besoin de surenchères de surnaturel pour transformer ses bambins en menaces. Quelques touches de fantastique suffisent. Le film fait d'ailleurs économie de ses effets spéciaux.

Les quatre voisins prépubères sur lesquels "The Innocents" fixe sa froide attention se découvrent au contact des uns et des autres des dons de télékinésie et de télépathie — des pouvoirs fascinants qu'ils emploient à des fins récréatives, avec toute la candeur de l'enfance, et à l'insu de leurs parents, trop absents, préoccupés ou distraits pour les remarquer. Lorsqu'un enfant vous dit qu'il communique avec la voisine par la pensée, il semble naturel d'y voir le produit de son imagination. Et lorsque divers actes violents sont commis, il ne vient à l'esprit d'aucun adulte que cela pourrait être l'œuvre d'un enfant. De ces terrifiants jeux enfantins, "The Innocents" ne fait pas un grand spectacle, préférant jouer sur l'épure, la distance et la lenteur pour créer la tension. Avec un certain succès.

Même si ses effets de style sont devenus monnaie courante dans le cinéma d'horreur contemporain, le film parvient tout de même à susciter l'angoisse et l'effroi, surtout dans ses premières éruptions de violence. Passé leur choc, le récit s'étiole quelque peu, peinant à justifier ses incohérences, à faire sens de certains de choix de représentations douteux, et surtout à créer véritablement la surprise. Du film, on gardera surtout en mémoire quelques plans saisissants, dont ceux qui mettent en valeur le visage innocent de sa remarquable actrice principale, Rakel Lenora Fløttum. C'est dans ses yeux que se joue tout le film  : la peur, l'amusement, la culpabilité, le doute et la fascination pour le mal.

"The Innocents" est à découvrir au cinéma Nova le mercredi 9 juin à 18h30 et à 21h30. Sa sortie dans les salles belges est prévue pour le 16 mars. 

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