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The Crown : une zone grise entre fiction et réalité autour de la famille royale d’Angleterre ?

The Crown : cette zone grise entre fiction et réalité autour de la famille royale d’Angleterre
30 nov. 2020 à 15:46 - mise à jour 30 nov. 2020 à 15:47Temps de lecture4 min
Par Clément Larue

La saison 4 de la série The Crown provoque des remous au Royaume-Uni. Une série diffusée par le géant de la vidéo en ligne Netflix et qui traite de la famille royale britannique depuis le début du règne d’Elisabeth II.

La série est créée par l’Anglais Peter Morgan, qui avait écrit le scénario du film The Queen avec Helen Mirren, c’était en 2006. 10 ans plus tard, il proposait l’œuvre d’une vie : raconter les petites et les grandes histoires contemporaines de la famille régnante en Grande-Bretagne.

Sa récente saison sortie en novembre 2020 mettant en scène Lady Di et Margaret Tatcher était sans conteste la plus attendue suite à la manière dont intégrer la princesse de Galles à l’écran. Une quatrième saison qui suscite des réactions du côté du public comme dans celui de la famille royale. The Crown n’a jamais été approuvée, avant ni même après diffusion, par le Palais Royal. Bien qu’elle traite d’éléments historiques voir actuels, elle n’en reste pas moins une fiction sur beaucoup de points.


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Pourtant, le prince Charles et son épouse Camilla (duchesse de Cornouailles) ont été obligés de fermer leurs comptes Twitter et l’espace commentaire de leurs comptes Instagram suite à l’avalanche de critiques à leur égard après diffusion de cette nouvelle saison.

Suite au succès de la série et aux réactions évoquées, le ministre de la culture compte demander à Netflix qu’un avertissement soit apposé à chaque épisode afin de signaler le caractère fictif. "Sans cela, je crains qu’une génération de téléspectateurs qui n’ont pas connu ces événements prennent la fiction pour la réalité", a commenté Oliver Dowden.

Une fiction très actuelle

The Crown demeure une fiction, certes qui tente de s’approcher au plus près de la réalité, où les dialogues viennent de son créateur Peter Morgan. Mais tenter de mettre en image les discussions de personnages toujours en poste dans leur fonction quand elles font partie de la famille royale la plus célèbre du monde, peut influencer la perception que l’on a d’elle.

Deux éléments, combinés au fait que l’on soit dans de l’histoire actuelle, peuvent légèrement brouiller le signal de la fiction selon Mathieu de Wasseige, professeur à l’IHECS, chercheur et auteur d’un livre sur les séries : "Souvent lorsque l’on raconte des histoires c’est à propos de l’histoire au passé et pas de l’histoire au présent, c’est dans nos habitudes de parler de l’histoire contemporaine ou moderne plutôt que des éléments qui se déroulent encore actuellement".

celle-ci tend à refléter au mieux les personnes dans la vie réelle

Les désapprobations concernent surtout les points les plus discrets et intimes des membres de la famille. L’évolution de la relation entre Charles et Diana, mais la manière dont le prince de Galles est dépeint pourrait avoir des conséquences.

Selon Mathieu de Wasseige : "Dans The Crown, il y a une recherche de réalisme qui passe par un processus de recherche et d’identification. Même si l’on se trouve dans une fiction, celle-ci tend à refléter au mieux les personnes dans la vie réelle".

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Une série déstabilisante ?

Le contexte dans lequel sort cette série influence aussi sur la perception et les critiques face à celle-ci. La position relayée en communiqué par la couronne, souhaitant bien signaler son désaccord, est "une défense face à de nombreux éléments sociopolitiques en cours et peut-être aussi une réaction assez insulaire propre au Royaume-Uni", estime le professeur.

La volonté d’indépendance de l’Ecosse, la potentielle union des deux Irlande en cas de Brexit, mais aussi le caractère fédérateur de la royauté autour des quatre nations plus le Commonwealth et ses nombreux autres pays indépendants politiquement. La série est potentiellement vue comme un danger qui pourrait selon Mathieu de Waseige : "Venir endommager le ciment que représente Elisabeth II et la famille royale".

Voilà qui expliquerait la distance que prenait le palais en 2019 dans un article du Guardian : "Nous apprécions que les lecteurs de The Guardian puissent apprécier cette interprétation fictive des événements historiques, mais ils devraient le faire en sachant que la maison royale n’est pas complice des interprétations faites par le programme".

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Un manque d’éducation aux médias ?

Il n’y a pas de réelle recherche scientifique derrière The Crown et celle-ci ne se qualifie pas comme un documentaire ou ne prétend pas à une recherche d’objectivité des faits. Pour Mathieu de Wasseige il y a une preuve d’un manque d’éducation aux médias suite aux évènements dont ont été victimes le prince Charles et sa femme : "Toute histoire a un angle, une manière dont on va raconter et exposer les choses. Bien que j’ai évoqué plusieurs éléments qui peuvent porter à confusion, je pense que c’est aux téléspectateurs et téléspectatrices à comprendre qu’il s’agit bien d’une fiction".

on ne se trouve pas dans un documentaire qui est réalisé avec une certaine déontologie

Un sens critique à garder en tête pour comprendre et mieux voir quel est l’impact de cette série, où dans quelle mesure les dialogues peuvent être sincères. Ils relèvent ici de l’imaginaire de Peter Morgan ainsi que des éléments qu’il a pu récolter afin de réaliser cette oeuvre. "Même s’il y a une recherche de réalité, on ne se trouve pas dans un documentaire qui est réalisé avec une certaine déontologie bien qu’il soit là aussi impossible d’être parfaitement objectif", explique l’expert en séries tout en insistant sur le fait de garder du recul et jeter un regard critique sur les œuvres.

The Crown n’est évidemment pas la seule qui mélange fiction et réalité, en 2019 la minisérie de HBO intitulée Chernobyl avait également créé des tensions. La série n’avait pas été appréciée côté russe même si elle se basait sur des récits de survivants et avait bénéficié d’un travail de reconstitution historique.

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