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Thaddée Adam, coach sportif: "Avec le confinement, les gens ont compris qu'ils pouvaient faire du sport à la maison!"

14 mai 2020 à 14:295 min
Par Samuël Grulois

Dès le début du confinement obligatoire, un paquet d'initiatives ont fait leur apparition sur les réseaux sociaux pour vous aider à garder la forme. Des coachs sportifs ont notamment proposé des sessions live sur Facebook, des capsules vidéo sur Instagram aussi. Maintenant que le déconfinement sportif est lancé en Belgique, le nombre de ces entraînements virtuels va logiquement diminuer. Avec quelques questions. Que va-t-il en rester sur le long terme ? Nos pratiques sportives vont-elles évoluer de façon pérenne ? Samuël Grulois en a parlé avec Thaddée Adam, un préparateur physique tournaisien qui a proposé avec succès ces dernières semaines quarante sessions de renforcement musculaire sur les réseaux sociaux, sous l’intitulé " Thaddée Adam Challenge ".

Thaddée, vous avez réagi dès les premiers jours du confinement…

" Au départ, pas mal des sportifs dont je m’occupe m’ont sollicité pour recevoir des séances à faire la maison. Il a fallu rebondir après la fermeture rapide des salles de sport. C’était un vrai problème. J’ai donc commencé à me renseigner auprès de ‘mes’ athlètes pour savoir ce qu’ils avaient comme matériel chez eux, de quelle place ils disposaient à domicile… et j’ai vite compris que ce serait compliqué d’un point de vue logistique. J’ai donc choisi l’option la plus simple : travailler sur le corps en général, sans cibler les abdos lors d’une séance ou les épaules lors d’une autre. J’ai décidé que je travaillerai à chaque fois l’ensemble du corps, sans avoir recours à du matériel pour que cela reste accessible à tout le monde. "

La première vidéo a été vue plus de 3000 fois ! C’était le début et ça a logiquement fait beaucoup de bruit. Mais on a pu remarquer une réelle assiduité les semaines suivantes. Les ‘lives’ ont super bien fonctionné.

Directement, les gens ont donc mordu à l’hameçon !

" Oui ! Ça a directement déclenché une bonne dynamique. La première vidéo a été vue plus de 3000 fois ! C’était le début et ça a logiquement fait beaucoup de bruit. Mais on a pu remarquer une réelle assiduité les semaines suivantes. Les ‘lives’ ont super bien fonctionné. Les participants n’ont qu’à lancer la vidéo et suivre la séance du début à la fin sans devoir réfléchir. J’étais là pour les accompagner. "

Le sport sur les réseaux sociaux a ses limites car il est difficile de corriger les sportifs à qui vous donnez cours…

" C’est certain… La correction, c’est le gros problème, entre guillemets, qu’on pouvait rencontrer. Mais forcément, en réalisant moi-même les exercices, je ciblais rapidement les erreurs à devoir potentiellement corriger. Par expérience, on peut les deviner à l’avance. Et donc, j’ai essayé le plus souvent possible de proposer des pistes de remédiation pour travailler en qualité. Mais c’est vrai qu’on ne peut pas corriger en direct. "

Comment préparez-vous ce genre de prestations ? Est-ce que le fait d’être en " live " procure un stress particulier ?

" Non, pas de stress… Comme pour toutes les séances, en virtuel ou en réel, il suffit d’être organisé, construit, structuré. En tant que préparateur physique, je maîtrise évidemment les cours que je donne. Mais, en revanche, il y a un vrai travail de recherche au quotidien ! Il y a quand même eu quarante séances avec, à chaque fois, dix exercices différents… Au total, j’ai donc proposé 400 exercices différents, à chaque fois sans matériel spécifique ! Ça demande un gros travail de réflexion. "

Dans la plupart des vidéos postées, vous entrez dans le champ de l’image de façon originale, souvent en réalisant avec vos jambes un ciseau… devenu votre marque de fabrique, votre signature.

" En fait, pendant ces deux mois, de petits évènements ont marqué les vidéos. Lors de la première séquence, je portais des chaussettes un peu particulières qui laissaient croire que j’avais des sandalettes ! Certains ont bien rigolé. Dès ce jour-là, il y a eu une sorte de défi concernant les chaussettes… avec des sportifs qui, chaque jour, m’envoyaient une photo de leurs chaussettes pour essayer de rivaliser. Et c’est vrai aussi que mes entrées dans l’image ont bien fait sourire les gens. J’ai donc décidé, pour garder de l’humour dans les entraînements, de préserver ces ‘entrées en scène’ spéciales. "

Ce qui a permis à vos abonnés de découvrir l’ensemble de votre garde-robe… sportive !

" C’était marrant d’essayer d’avoir une association au niveau des vêtements. Au départ, on comptait faire une dizaine de présentations, le temps qu’on sorte de la phase de confinement… Mais vu les différentes prolongations, il a fallu progressivement faire tourner l’ensemble de la garde-robe pour tenter d’innover quotidiennement oui. "

Ce qui est très intéressant, c’est que des personnes qui n’étaient pas sportives ont découvert le sport via ces capsules. J’espère d’ailleurs qu’elles poursuivront la pratique par la suite. Les gens se sont rendu compte qu’il était possible de faire du sport à la maison, de se dépenser et de travailler en qualité. Il y a un créneau à prendre.

40 séquences, 400 exercices différents… Thadée Adam a fait preuve d'imagination pendant le confinement!

Vos séquences ont eu un " effet buzz " au début. Ça a très bien fonctionné. Mais qu’en est-il après quarante prestations ?

" Clairement, la phase de départ a très bien donné. Les gens se retrouvaient du jour au lendemain enfermés à la maison. Il a fallu leur trouver des occupations. Ce qui est très intéressant, c’est que des personnes qui n’étaient pas sportives ont découvert le sport via ces capsules. J’espère d’ailleurs qu’elles poursuivront la pratique par la suite. Mais c’est vrai que, forcément, comme tous les effets de mode, il y a des hauts et des bas. Et on a constaté la dernière semaine, une semaine marquée par le début du déconfinement, une grosse diminution du nombre de vues. Moi, je retiens que c’était une superbe expérience de préparer tout ça depuis le mois de mars. "

Avez-vous l’impression que, dans la période post-confinement, la pratique sportive va évoluer ? Et plus particulièrement, la pratique sportive de monsieur et madame tout-le-monde à domicile ?

" Oui, les gens se sont rendu compte qu’il était possible de faire du sport à la maison, de se dépenser et de travailler en qualité. C’est très bien pour celles et ceux qui n’en avaient pas l’habitude. Évidemment, au niveau de l’ambiance et du suivi, ça ne vaudra jamais une séance dans un centre, une salle de sport ou un club. Mais je pense que ça va évoluer et qu’il y a un réel potentiel. Les spécialistes de la publicité et du marketing ont bien compris qu’il y a là un créneau à prendre. Pas mal d’applications vont sortir et de nombreux coaches vont tenter de poursuivre sur leur lancée. D’autant plus dans cette période où la reprise du sport est loin d’être complète. "

Qui a suivi vos entraînements sur les réseaux sociaux ? Uniquement de jeunes sportifs aguerris ou bien également des mères de famille ou des personnes plus âgées ?

" Il y avait beaucoup d’athlètes que j’entraîne régulièrement avec parfois leur papa ou leur maman. Ils étaient contents de pouvoir partager ça, de faire du sport ensemble à la maison, de se retrouver autour de ces séances. Une personne m’a confié qu’elle adorait l’initiative car cela permettait d’occuper son fils de quatre ans, attirés par les exercices, pendant une heure ! Je crois avoir touché une population assez large. Les gens sont suffisamment imaginatifs pour adapter les exercices qui seraient trop compliqués pour eux. "

Vous avez donc fait de la garderie à distance sans le savoir ?

(Rires) Oui, je pense que pour certains, c’était un soulagement d’avoir une bulle d’une heure avec une activité pendant laquelle tout le monde pouvait se défouler ! C’était intéressant pour moi mais aussi pour les parents heureux d’avoir un petit soutien… "

"Salut les amis! La séance de sport, c'est maintenant!"

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