Réseaux sociaux

Terrorisme: Facebook, Twitter et YouTube ont un train de retard

Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook, collabore avec d'autres réseaux sociaux dans la lutte contre le terrorisme.

© RODRIGO BUENDIA - AFP

06 déc. 2016 à 17:14Temps de lecture2 min
Par Dominique Delhalle

Avec Microsoft, Twitter et YouTube, Facebook a conclu un accord destiné à mieux et à plus rapidement identifier les contenus (écrits, photos, sons, films) à caractère terroriste. Libre à chacune de ces sociétés d'évaluer si leurs propres règles sont enfreintes. Trois questions à Thomas Renard, expert en terrorisme à l'Institut Egmond.

Cette alliance vient-elle en temps et en heure?

"Depuis quelque temps déjà, des organisations, des pays demandaient ce genre de démarche. Il était grand temps que ces acteurs prennent une initiative collective et non plus individuelle. Chacune de leur côté, ces sociétés ont déjà retiré des contenus qui, à leurs yeux, ne respectaient pas leurs propres règles liées notamment à des propos extrémistes ou à des images de violence. Ce type de coalition semble plus adapté à un problème qui se pose dans le cadre de la menace terroriste, de la radicalisation, mais aussi plus largement de contenus jugés inadéquats dans le cadre des sociétés démocratiques ou de nos valeurs. Pour ces réseaux sociaux, le débat est plus large que le terrorisme. A présent, ils ont une certaine responsabilité éditoriale, sans se qualifier pour autant de media d'informations. Un individu va devoir prendre une décision. La crainte est aussi de censurer des contenus que certains pourraient juger extrêmes, sans être problématique dans nos sociétés démocratiques au nom de la liberté d'expression, sous certaines conditions évidemment".

L'utilisateur ne pourrait-il pas se retourner contre le réseau social? Du coup, ces sociétés ne vont-elles pas se protéger juridiquement?

"Oui, mais il faut surtout que ces sociétés protègent leur image. Elles tournent au point de vue économique grâce à leurs utilisateurs. Il est important pour elles de maintenir l'image d'un outil neutre. D'ailleurs, elles annoncent se limiter à des messages extrêmement violents et troublants, sur lesquels le débat n'est pas possible sur le caractère anti-démocratique et non-conformes aux valeurs de nos sociétés. Maintenant, c'est un peu ouvrir la boîte de Pandore et c'est peut-être pour cela qu'elles ont mis autant de temps à se coaliser. Un exemple: des images filmées lors de protestations, de grandes manifestations. Des gens filmeraient des débordements ou, comme on l'a vu aux Etats-Unis, des policiers qui tirent sur des individus... Ces contenus seront-ils jugés comme violents, parce que ne respectant pas certaines règles, alors que ces images-là ont servi à attirer l'attention sur un véritable problème de société?  Donc il y aura tout un débat pour savoir jusqu'où ces opérateurs vont pouvoir ou vouloir aller dans la gestion de contenus sans porter atteinte à leurs propres valeurs et à leur image de marque et c'est sans doute cela qui à leurs yeux est le plus important évidemment".

Une telle association suffit-elle dans la traque aux contenus à caractère terroriste?

"Depuis quelques mois, la propagande de l'Etat islamique, notamment mais pas seulement, au travers de ces réseaux sociaux, est en nette diminution. Il y a quelques années, les messages quotidiens se comptaient par dizaines de milliers! Aujourd'hui, la propagande djihadiste a migré vers d'autres types de messageries, notamment les cryptées, voir le darknet, l'internet non accessible à tout un chacun. Il était donc temps qu'une telle association soit créée, mais on peut regretter que cela ne se soit pas réalisé plus tôt".

 

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