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Tensions en RDC, trois morts au sein de la Monusco: "La mission de l'ONU y est contestée depuis ses débuts"

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27 juil. 2022 à 07:21Temps de lecture3 min
Par Catherine Tonero

Les manifestations contre la Mission des Nations Unies au Congo (Monusco) ont fait quinze morts et 61 blessés dans plusieurs villes de la province du Nord-Kivu, dans l'est troublé de la RDC. La contestation de cette mission onusienne, accusée d'inefficacité dans la lutte contre les groupes armés, est loin d'être un fait nouveau. 

Décryptage avec le politologue spécialiste de la République démocratique du Congo, Dieudonné Wamu Oyatambwe.

3 morts au sein de la Monusco

Des centaines de manifestants sont descendus ces lundi et mardi dans les rues de Goma, Butembo ou encore Nyamilima, avec des pancartes indiquant "Nous ne voulons plus de la Monusco", "bye bye Monusco".

Les manifestations ont rapidement fait place aux violences. Plusieurs installations de la mission onusienne ont été saccagées, pillées et détruites. Bilan: quinze morts parmi lesquels douze manifestants, un Casque bleu et deux membres de la police des Nations Unies.

"En aucun cas la violence n'est justifiée", a déclaré le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya à Kinshasa, lors d'une conférence de presse conjointe avec la Monusco qui a fermement condamné "cette attaque que rien ne justifie". 

Mission coûteuse et vite contestée

Présente en RDC depuis 1999, la Monuc (Mission de l'ONU au Congo) qui est devenue la Monusco (Mission de l'ONU pour la stabilisation en RDC) en 2010, compte actuellement plus 14 000 soldats de la paix. C'est l'une des plus importantes et des plus coûteuses missions de l'ONU au monde, avec un budget annuel d'un milliard de dollars.

Ce n'est pas la première fois qu'elle est contestée. Le président du Sénat avait encore récemment appelé au départ de ses Casques bleus, accusés d'inefficacité dans la lutte contre des dizaines de groupes armés locaux et étrangers qui déstabilisent l'est du pays depuis près de 30 ans.

"Lorsque cette mission a été instituée, la population a placé énormément d'attentes dans la présence de ces troupes sur le terrain, pour combattre la violence des groupes armés et offrir la pacification", explique Dieudonné Wamu Oyatambwe, "mais les gens au Congo ont toujours dénoncé le fait que malgré la présence de ces troupes, beaucoup de violences ont continué à être commises. C'est un ressentiment qui date de longtemps. A l'époque de Joseph Kabila, il était déjà question du retrait de la force onusienne à la demande du gouvernement congolais, mais il n'y a jamais eu de consensus".

"L'implication d'agents de la Monusco dans des stratégies d'exploitation a ajouté au discrédit pesant sur la mission". 

Le politologue ajoute cet élément: "parmi les pourfendeurs de la présence de la Monusco, il y a aussi le pouvoir rwandais. Paul Kagame a toujours dénoncé l'inefficacité de ces troupes qui selon lui coûtent trop cher pour rien. Il y a une sorte de convergence de position entre Rwandais et Congolais, alors que ces deux pays sont en tensions, pour dire que cette mission n'est pas utile sur le terrain".

Outre d'inefficacité, elle est aussi accusée au Congo de complicité avec des réseaux exploitant les ressources naturelles du pays. "Il y a de plus en plus de cas connus ou dénoncés, impliquant des agents de la Monusco dans des stratégies d'exploitation de certains groupes, ce qui a encore ajouté au discrédit qui pèse sur la mission", explique le spécialiste de l'Afrique.

Contexte régional

Si la contestation de cette mission n'est pas neuve, jamais elle n'avait été aussi violente. "Cela intervient dans un contexte de ressentiment et de colère généralisée, depuis la réapparition du mouvement M23 et les tensions avec le Rwanda. Il ne faut pas non plus oublier les mouvements de contestation de la présence de certaines forces étrangères dans d'autres pays comme au Mali et en Centre-Afrique, dont les résultats ne sont pas à la hauteur des espoirs de la population. Tout cela fait tâche d'huile et a un impact sur ce qu'on observe aujourd'hui en RDC", poursuit Dieudonné Wamu Oyatambwe.

Pour lui, il faudrait redéfinir cette mission de l'ONU et ses axes d'intervention sur le terrain, "pour qu'elle soit plus opérationnelle, plus au front, avec des résultats plus tangibles. Si c'est pour rester là 20 ans, avec une présence symbolique et contre-productive qui n'apporte pas de résultats, elle va continuer à être décriée. Il faut redéfinir on garde quoi, où et pourquoi".

Pour l'heure, le gouvernement congolais et la Monusco ont annoncé avoir ouvert une enquête conjointe afin de faire la lumière sur ces violentes manifestations. Au moment d'écrire ces lignes, nous apprenons qu'elles ont encore fait quatre morts lors d'un rassemblement anti-ONU dans le Sud-Kivu, portant le bilan total à 19 décès.

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