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Tensions autour de l'Ukraine: « La proposition de Poutine est loin d’être mauvaise. Il faut une zone tampon aux portes de la Russie »

Tensions autour de l'Ukraine: « La proposition de Poutine est loin d’être mauvaise. Il faut une zone tampon aux portes de la Russie »
08 déc. 2021 à 17:15 - mise à jour 08 déc. 2021 à 20:045 min
Par Ghizlane Kounda

"Constructif", c’est ainsi que le président russe Vladimir Poutine a qualifié son échange hier, avec son homologue américain, Joe Biden, notamment sur la situation en Ukraine. Et d’ajouter, "La Russie mène une politique extérieure pour la paix, mais elle a le droit de protéger sa sécurité".

Le conflit en Ukraine et la sécurité en Europe est à la table des discussions depuis une bonne semaine. D’abord à Riga en Lettonie, lorsque les ministres des affaires étrangères de l’Otan se sont réunis et ensuite lors d’un sommet de l’OSCE, l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération, à Stockholm en Suède.

En marge de ce sommet, le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken et son homologue russe Sergueï Lavrov s’étaient rencontrés dans une ambiance tendue.

En cause ? Washington affirme avoir des "preuves" que Moscou prépare une invasion militaire, prochainement, en Ukraine. Probablement en février. Moscou dément.

Que sait-on de cette menace présumée sur le terrain ?

D’après les renseignements ukrainiens, la Russie a déployé plus de 110.000 militaires à l’Est de l’Ukraine. Depuis octobre, des vidéos circulent sur les réseaux sociaux. Des images qui laissent montrer des mouvements de troupes et de chars russes, en direction de la frontière ukrainienne. Tout ça, affirme Kiev, pour aider les séparatistes pro-russes de l’Est de l’Ukraine, dans le Donbass. Là où se poursuit un conflit armé entre les forces ukrainiennes et les séparatistes pro-russes, depuis l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014. Non loin de là, à deux pas de la Pologne, la Biélorussie effectue des manœuvres militaires conjointes avec la Russie. Bref, l’Ukraine se sent encerclée, menacée et réclame le soutien de l’Otan.

Soutien qu’elle a obtenu, lors de la réunion à Riga. Les ministres des affaires étrangères de l’Otan ont validé la demande ukrainienne, de menacer Moscou d’appliquer un "ensemble complet de mesures de dissuasion comprenant des sanctions économiques sévères", en cas d'"agression" contre l'Ukraine.

Le président russe Vladimir Poutine lors d'une réunion avec le président américain Joe Biden via un appel vidéo dans la station balnéaire de la mer Noire de Sotchi, le 7 décembre 2021.
Le président russe Vladimir Poutine lors d'une réunion avec le président américain Joe Biden via un appel vidéo dans la station balnéaire de la mer Noire de Sotchi, le 7 décembre 2021. © Tous droits réservés

Sanctions économiques

Menaces réitérées par Joe Biden, hier, lors de l’entretien avec son homologue russe. Et d'ailleurs, Washington dit avoir déjà reçu de Berlin des garanties qu'il prendrait des mesures contre le gazoduc Nord Stream 2 (NS2), qui relie la Russie à l'Allemagne, si jamais Moscou passait à l’acte.

Le nouveau chancelier allemand Olaf Scholz s'est exprimé lors de sa première interview après sa prise de fonction. "Notre position est très claire, nous voulons que l'inviolabilité des frontières soit respectée par tous, chacun comprend que cela aurait des conséquences si tel ne devait pas être le cas".


►►► À lire aussi : Conflit Ukraine-Russie : en cas d'invasion, Scholz menace de possibles "conséquences" pour le gazoduc Nord Stream II


Il faut dire que les Etats-Unis s'opposent depuis longtemps à ce gazoduc. D'une part, parce que NS2 renforcera la dépendance européenne à l'égard du gaz russe. D'autre part - et surtout - parce qu’il va à l’encontre des intérêts économiques américains. Or en réduisant l'accès au gaz russe, Washington pourrait augmenter ses propres exportations de gaz naturel liquéfié (LNG) vers le continent européen.

On fait bouger les troupes comme si on faisait bouger les pièces sur un échiquier

De son côté, Vladimir Poutine nie tout projet d'attaque contre l'Ukraine. Il ne confirme pas la présence russe dans le Donbass mais il confirme la présence de soldats en Crimée, qu’il considère comme un territoire russe.

En même temps, il renvoie la balle à l’Otan et en particulier aux Etats-Unis. Il les accuse d'attiser les tensions avec des exercices militaires en mer Noire, avec la livraison d’armes modernes à Kiev. Il assure ainsi avoir déployé des troupes à des fins défensives.

"Tout ça, fait partie d’un jeu diplomatique classique", analyse Emmanuel Dupuy, Président de l'Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE). "Antony Blinken a raison d’accuser Moscou de préparer une invasion au moment où il va rencontrer son homologue au sommet de l’OSCE. Et cela pour arriver à un modus operandi selon lequel, lui aura eu l’assurance que la Russie n’envahira pas l’Ukraine, tandis que la Russie aura eu la confirmation que l’Ukraine n’adhérera pas à l’Otan. C’est un jeu. C’est comme ça que ça fonctionne dans les guerres hybrides, ce sont des mots et on fait bouger les troupes comme si on faisait bouger les pièces sur un échiquier".

Emmanuel DUPUY, Président de l'Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE).
Emmanuel DUPUY, Président de l'Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE). © Tous droits réservés

Les ‘lignes rouges’ de Moscou

Si la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie et les Etats-Unis, réaffirment leur détermination à garantir la souveraineté, la stabilité et la sécurité de l'Ukraine, de son côté, Vladimir Poutine, met en garde contre le franchissement de "lignes rouges".

En premier lieu, pas question pour l'Ukraine de récupérer la Crimée.

Autre ligne rouge, Vladimir Poutine veut obtenir des "garanties juridiques" que l'Alliance ne déploiera pas de systèmes d'armement offensifs dans des pays proches de la Russie. Et aussi, que Kiev ne rejoindra pas l’Otan. Sur ce point, les ministres des affaires étrangères de l’Otan, à Riga, ont confirmé qu’il n’y a pas d’avancée dans ce sens.

En visio-conférence, Joe Biden n'a pas fait de "promesses ni de concessions".

Il faut une zone tampon aux portes de la Russie

"Cette ligne rouge imposée par la Russie, qui est en fait la demande d’une zone tampon, est une bonne chose", analyse Tanguy Struye, professeur en relations internationales à l’UCLouvain. "Je trouve que la proposition de Vladimir Poutine est loin d’être mauvaise. Il faut une zone tampon aux portes de la Russie. Or cette zone tampon a tendance à disparaitre de plus en plus. L’Ukraine doit recevoir un statut neutre. C’est-à-dire, un état qui prend l’engagement de ne devenir ni l’allié de la Russie, ni l’allié de l’Union européenne ou de l’Otan. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne peut avoir des relations économiques avec l’un ou l’autre, mais qu’il ne se met pas dans une alliance".

Pour les Russes, comme pour les américains, la diplomatie, affirme-t-on, est "la seule manière de résoudre cette crise". Washington appelle Moscou et Kiev à revenir dans le cadre d'accords signés en 2014 et 2015 – les accords de Minsk - destinés à mettre fin au conflit dans le Donbass.

Et c'est l’OSCE qui est chargée de contrôler le respect de ces accords de paix.

Tanguy Struye, professeur en relations internationales à l’UCLouvain.
Tanguy Struye, professeur en relations internationales à l’UCLouvain. © Tous droits réservés

Ça ne peut pas se régler en dehors de l’OSCE

Pour Emmanuel Dupuy, c’est bien l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération et pas l’Otan qui est le lieu de cette diplomatie. "Ça ne peut pas se régler en dehors de l’OSCE", insiste-t-il, "parce que c’est la seule organisation dans laquelle siège à la fois la Russie, l’Ukraine et les Etats-Unis. Ce n’est pas l’Otan qui va régler la question dans le Donbass. Le principe de l’OSCE est de construire de la confiance, de bâtir une approche compréhensive des questions sécuritaires. Et Vladimir Poutine le dit à chaque fois qu’il rencontre Emmanuel Macron, la défense européenne doit se faire au niveau de l’OSCE".

Vladimir Poutine et Joe Biden sont convenus de la nécessité pour Washington et Moscou de continuer de dialoguer, mais rien ne semble indiquer, dans les comptes-rendus de l'entretien virtuel effectués par la Maison blanche et par le Kremlin, un rapprochement des positions américaine et russe.

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